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Ignorance ou mauvaise foi

La société nous donne souvent l’impression que nous la connaissons parce que nous finissons par nous familiariser à elle à travers ses manifestations.
Un sociologue doit en réalité se dire qu’il ignore autant la société que le biologiste reconnaît ignorer la biologie ; c’est le fondement même de la recherche.
Nous devons toujours admettre notre ignorance du passé à cause de sa complexité. Pour donner son avis aujourd’hui sur les phénomènes de société, l’individu doit tenir compte de l’opacité du passé et mener une recherche de longue haleine sur ces phénomènes à travers leurs diverses formes de manifestations, et faire une étude en lien avec ses prédécesseurs.
La nature est étrange et les phénomènes qui la constituent sont complexes ; d’où la nécessité de toujours se situer en chercheur et non en connaisseur. Prendre la décision d’ignorer est une force de caractère qui prend valeur de précaution. Elle nous permet de prendre du recul pour mieux observer les phénomènes de société dans leurs manifestations essentielles. C’est seulement au prix de cette qualité qu’on arrive à distinguer ce que l’on sait de ce que l’on ne sait pas.

La Guinée :

– Quelle réconciliation ?
– Quelle vérité ?
– Quel pardon ?

Quelle réconciliation ?

Je suis un internaute mais peut être simplement quelqu’un qui, avec ses deux doigts tape sur les boutons d’un clavier pour que ce graphisme devienne un langage accessible à tous. Je refuse la polémique dans laquelle nous sommes consciemment ou inconsciemment engagés désormais.
Au nom de l’amour pour notre famille, notre ethnie, notre chère Guinée, nous nous insultons, nous nous traînons dans la boue, nous empêchons à nos morts le repos éternel. Ils sont souvent secoués par nos cris, nos injures, nos mensonges, nos inutiles verbiages, nos accusations et aussi, nos pleurs et nos lamentations.
Ces agissements se font souvent et malheureusement sur le Net à travers les sites que des compatriotes ont créés et alimentés pour que nous pussions communiquer entre nous. Cependant, ce formidable outil de communication libre de scrupule, de pudeur et de sentiment devient par l’usage que nous en faisons actuellement, une arme porteuse d’un redoutable venin. C’est pour cela que nous qui avons de la pudeur, du scrupule et des sentiments devrions apprendre à le dompter, à le maîtriser et à l’utiliser pour l’unité nationale et non comme arme de déchirure du tissu social déjà très fragilisé.
Le peuple a une force dont aucun homme qui le compose ne dispose : c’est qu’en vieillissant, au lieu de mourir, il se régénère et cela d’une façon permanente. C’est pour cela qu’il faut l’aider à se séparer de la haine, de la méchanceté et des rancœurs. C’est l’impétueuse mission que chaque individu, que chaque citoyen guinéen notamment les intellectuels, les chef religieux, les hommes politiques et la jeunesse doivent accomplir. C’est cela notre devoir.

Aucune existence n’est innocente à moins qu’elle ne soit qu’inefficience et inessentielle.

Chaque homme soumis au processus dont je viens de parler, laissera derrière lui une trace sur cette terre. Naïvement, l’histoire l’enregistrera non pas pour la vengeance mais pour la mémoire.

Ce que je vois sur le Net sous les plumes de certains de nos compatriotes à l’extérieur et à l’intérieur de la Guinée est à l’opposé de ce que je remarque dans la Guinée profonde, comme si nous ne parlions pas de la même Guinée et du même peuple. Là-bas, ils sont peut-être dix ou douze millions, je n’en sais rien mais ils sont très nombreux et la plupart très pauvres. Quand certains comptent leurs biens en millions, en milliards, d’autres trouvent à peine de quoi manger une seule fois par jour. Certains viennent contrôler le plombage de leur molaire en occident quand d’autre sont en train de mourir d’un excès de paludisme. J’arrête la comparaison pour ne pas faire ce que je combats.
Malgré cette inégalité qui résulte de nos disfonctionnements, je trouve après tout, à l’intérieur de la Guinée, des guinéens, toutes ethnies confondues, toutes obédiences confondues, qui se marient entre eux, font des enfants, s’éduquent, s’entraident et se soignent. Cette réalité est observable de l’Est à l’Ouest et du Nord au Sud du pays. Ils s’efforcent de se comprendre, de se surpasser ou en tout cas ils font tout pour s’aimer. Ils vivent dans l’harmonie comme s’ils sont dans une autre Guinée qui n’est pas celle de nous les intellectuels et autres acteurs sociaux qui parlent souvent avec hargne et mépris les uns, des autres.

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Je ne cesserai de parler de mon émerveillement devant l’outil informatique d’ailleurs, je pense en être émerveillé parce que je l’ignore et que j’en suis conscient.

En République de Guinée, il n’y a pas un besoin de réconciliation mais plutôt, un réel besoin de dialogue et de partage pour qu’enfin tout le monde détienne la même version des faits que nous reprochons les uns aux autres. La Guinée est certainement une famille ; j’en suis convaincu et c’est pour cela que j’invite tous les historiens guinéens les intellectuels, les sages, bref, toute la société civile à participer au lavage du linge sale en famille et non à sa brûlure sur la place publique.

Quelle vérité ?

De quelle vérité nous voulons parler puisque personne ne la connaît. Notre pays a raté un rendez-vous majeur le jour où la deuxième république est née. Autant la sagesse a conduit les opérations du changement sans effusion immédiate de sang, autant notre équipement juridique à fait défaut pour nous aider à comprendre ce qui s’était réellement passé. Soyons prudent, l’histoire n’est souvent écrite que par les vainqueurs et puisque les vainqueurs c’est en premier chef les vivants ou les survivants, c’est bien eux seuls qui ont la liberté absolue de mettre tout sur le dos des morts. C’est bien ce que je crains chaque fois qu’il sera question de parler de la vérité.
En ce qui concerne les périodes douloureuses que notre pays a connues mais je dirais la même chose pour les périodes heureuses aussi, il manque crucialement au chapelet de notre histoire quelques anneaux qu’il aurait fallu égrener pour bien comprendre ce qui s’est vraiment passé.
Nous avons raté un rendez-vous le jour où nous avons constaté que les dignitaires du premier régime n’étaient plus de ce monde. Chacun décrit leur fin à sa manière. Nous apprenons tantôt qu’ils ont été passés aux armes, tantôt qu’ils sont morts suite à une diète ou simplement de vieillesse ou de maladie. Les seules réalités observables dans cette situation à ma connaissance sont qu’ils n’ont pas bénéficié de procès équitable et qu’ils ne sont pas en majorité sortis de leur prison. C’est à dire que nous leur avions fait, ce que nous leur avions reproché.
Dans un jugement primesautier des faits, nous dirons qu’ils ont mérité ce qui leur est arrivé. Mais dans un jugement des valeurs, nous sommes là aussi, largement en dessous de ce que le monde civilisé et les droits de l’homme attendaient de nous.
Encore je demanderais le dialogue et non un débat stérile qui ne nous avancera pas.
Nous devons être des citoyens «post-it » c’est à dire des femmes et des hommes qui savent se coller à leur histoire et se décoller sans faire mal. Ceux qui exhortent sur le Net les douleurs que leurs compatriotes vivent dans leur chair d’une façon permanente, ne font du bien à personne. On ne peut pas, on ne veut pas et on ne doit pas oublier les morts. C’est pour cela qu’il faut les laisser reposer en paix sans les oublier. Chaque fois qu’à travers un discours ou un écrit qu’on éveille en nous les circonstances gravissimes de la disparition d’un être qui nous est cher, un parent, un ami, ou simplement un compatriote, on éveille aussi en nous par la même occasion, un sentiment de révolte et de haine. Comment alors parler de cette ou de ces périodes de barbarie sans heurter notre quiétude collective ? Comment dire les choses en préservant la paix sociale ? En respectant la mémoire des disparus et en réhabilitant la dignité de leurs ayants droit ? Voilà la nouvelle pédagogie que nous devons apprendre ensemble. Nous devons dire ce que nous savons sans commentaire. Nous devons avoir la sagesse de ne dire que ce que nous savons en acceptant notre ignorance du reste. La recherche que nous devons faire pour retrouver toutes les pièces qui nous manquent pour faire jaillir la vérité, devrait être une de nos préoccupations majeures. L’Internet, cet outil merveilleux, peut y contribuer pour la bonne cause.

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Quel pardon ?

De quel pardon s’agit-il ? Qui doit pardonner quoi, à qui ? Je pense que tous les guinéens aujourd’hui savent, qu’il s’est passé des choses d’une très rare gravité dans ce pays. Heureusement, avec le temps, cette question est à moitié résolue ou du moins circonscrite. Avec le temps, les uns ont appris à vivre avec les autres dans une certaine forme de tolérance collective. On ne distingue point les bourreaux des victimes. Ils ont réussi là où nous les intellectuels ou prétendus intellectuels avons échoué.
Là-bas au pays, la Guinée se conjugue au singulier et les guinéens s’efforcent de sauvegarder la notion de famille. A lire certains de nos compatriotes, on se demanderait s’ils veulent éteindre ou allumer le feu pour brûler ce pays ?
On peut exiger dans la courtoisie, dans le respect, dans un projet dynamique de sauvegarde de nos liens ancestraux, le pardon.
Le pardon n’est pas forcement l’émanation de la vérité, le pardon c’est d’abord un état de souveraineté interne et une force exceptionnelle de capacité à pouvoir aimer et encore aimer sans préalable.
Les internautes guinéens à travers le monde, ont une obligation morale qui est de dire la vérité et de s’abstenir d’écrire chaque fois qu’ils n’ont pas toutes les preuves de leurs déclarations. C’est le mensonge ou l’expression de nos sentiments personnels qui agitent aujourd’hui la paix sociale dans notre pays.

« Si vous chercher une main secourable, elle se trouve au bout de votre bras ».

Allez aussi souvent que possible en Guinée ; allez voir les Guinéens à l’intérieur du pays et discutez avec eux ; vous constaterez qu’ils ne parlent ni de complot peulh, ni de l’agression du 22 novembre, ni de la chefferie traditionnelle. Ils ne parlent même pas de Soussou, de Malinké, de Peulh, de Toma ou de Kissi et que sais-je encore ? En Guinée, ils n’ont rien oublié mais ils se sont pardonné pour avancer ensemble ; c’est pourquoi là-bas, ils ne parlent essentiellement que de leurs conditions de vie qui sont très insupportables : pas d’eau, pas d’électricité, pas de bonnes écoles, pas d’hôpitaux, pas de nourriture etc.…

Puisque je vous disais plus haut qu’ils vivent en harmonie là-bas, je vous assure aussi qu’ils ont appris à partager leur douleur et leurs maigres joies. La preuve éloquente de ce que je vous dis là se trouve dans la révolte des femmes contre la police économique sous la première République ; les grandes grèves de 2006 et 2007 sous la deuxième République et aussi, les multiples grèves qui jaillissent de tous les côtés depuis 2008 et qui sont souvent réprimées dans la douleur par la violence.

Mes chers compatriotes internautes, écrivains, ou intellectuels simplement, la paix sociale est entre nos mains. Nous pouvons nous inscrire dans une autre lutte en abandonnant celle que nous sommes en train de faire actuellement qui n’est que de la délation et de la calomnie et dont les effets pervers renforcent ce que nous pensons combattre : la haine.

Moussa Kanté
Professeur de phytopathologie à la retraite
Ingénieur d’ETAT du travail social
+33768992469 / 00224 662109437

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