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Ibrahima N’diaye : “la politique environnementale de notre pays est caduque”

Cinq mois avant la tenue de la conférence internationale sur le climat en Pologne, ce journaliste et spécialiste de questions minières tire la sonnette d’alarme sur les conséquences de la destruction de l’environnement. Ibrahima N’diaye attire l’attention des décideurs sur la déforestation qui favorise l’avancée du désert dans notre pays.

Il fustige par la même occasion l’absence d’une politique environnementale pouvant lutter contre le dérèglement climatique dont la Guinée commence à subir les conséquences notamment la diminution de la pluviométrie pendant la saison pluvieuse. Au cours de l’entretien exclusif qu’il nous a accordé, l’expert apporte ses conseils sur les principales priorités du nouveau ministre d’Etat à l’environnement. Lisez.

Aminata.com : Monsieur N’diaye, présentez-vous à nos milliers de lecteurs

Ibrahima N’diaye : je suis journaliste d’investigation et spécialiste des questions minières, économiques, énergétiques et environnementales et président de l’Association des journalistes pour la transparence dans les industries extractives et économiques. Avec une expérience de près de 15 ans dans le domaine des mines.

Le président de la République a nommé un nouveau ministre de l’environnement. Le département est érigé en ministère d’Etat. Selon vous quelles sont les principales priorités du nouveau ministre ?

D’abord, c’est de mettre fin la sédentarisation des cadres aux différents postes, former les cadres qui seront aptes à négocier dans l’intérêt de la Guinée, chercher à avoir rentré beaucoup de fonds ici des cotisations et les taxes et les subventions payées par les institutions onusiennes. A savoir le fonds mondial pour l’environnement, le fonds carbone, les taxes liées à l’environnement, et enfin, chercher à faire réveiller le fonds séquestres issue des pollutions faites par les sociétés minières etc. ; interdire l’occupation des Domaines Publics Maritimes par l’ensemble des couches sociales de la Guinée.

Vous savez, depuis des années nous assistons aux différentes COP, mais au retour on ne fait pas de communication sur la politique du gouvernement pour combattre le dérèglement climatique. Il serait mieux pour le Ministre Oyé Guilavogui, de faire une soft liste de participants à ces conventions cadres des nations unies sur les climats ; Il faut qu’il y ait une politique hors pair cette fois-ci dans le cadre de la résilience climatique, je vais vous dire une chose qui m’a toujours préoccupée dans le cadre du déplacement de notre participation à ces COP, on envoie plus de figurant que de travailleurs, et de négociateurs. Posez-vous la question de savoir, nous disposons combien de négociateurs en Guinée pour ces questions de climats ? En tout cas, moi je ne connais que Joseph Sylla, qui est d’ailleurs le point focal d’adaptation pour le changement climatique en Guinée, que vous l’aimez ou pas, ce monsieur a une parfaite maîtrise de ces questions. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois à l’extérieur pendant les grandes rencontres liées au monde de l’environnement, donc, il faut que le ministre d’Etat à l’environnement songe à envoyer une délégation participative aux questions de résilience et non une délégation de promenade à travers le pays hôte, c’est à dire à la COP 24, pour le bien de la Guinée.

En République de Guinée, le constat est amer, la faune est sauvagement détruite, les longs de lits de rivières sont déboisés. L’une des conséquences, même la pluie fait rare. Quelles sont les mesures que le gouvernement doit prendre pour juguler cette menace contre l’environnement ?

Avant de répondre à votre question, permettez-moi de vous dire que c’est une évidence ce que vous dites à propos de la rareté des pluies et le tarissement des marigots etc… Faisons un tour dans la partie nord-ouest du pays, à Boké et à Faranah en Haute Guinée, nous assistons à un assèchement de nos cours d’eau, des marigots et cela fait appel à la sécheresse et aux changements climatiques. Nous sommes menacés aujourd’hui, si nous ne faisons pas attention, nous verrons notre pays à l’image des pays qui connaissent le désert. Alors, pour répondre à votre question, les mesures qu’il faille prendre par le gouvernement, c’est d’abord interdire la coupe du bois, comme vient de faire le nouveau ministre de l’environnement, M. Oyé Guilavogui pour l’intérêt de tous ; favoriser l’utilisation du gaz dans les foyers, faire du reboisement comme on pouvait le voir au temps de la révolution avec le feu président, le camarade Ahmed Sékou Touré. Faire une nouvelle politique environnementale adaptée à l’ère que nous vivons, parce que la politique environnementale est caduque.

Comment vous expliquez malgré différentes mesures entreprises par les autorités notamment le redoublement du nombre de gardes forestiers, notre environnement est de plus en plus menacé ?

C’est tout à fait vrai ce que vous dites sur les menaces que notre environnement subisse aujourd’hui, en ce sens que ceux qui doivent faire appliquer la loi sur ces questions sont les premiers à la violer par des méthodes peu catholiques.

En clair, même si vous voulez faites quadrupler ce nombre qui existent aujourd’hui, tant qu’on ne donne pas un salaire décent aux cadres du pays, nous assisterons à la violation de ces mesures. Donc pensez-y pour éviter que notre pays ne soit un pays désertique. Vous savez ce qui est grave dans tout ça, vous vous tapez la poitrine en disant que nous sommes le château d’eau de l’Afrique occidentale et nous continuons à connaître la rareté de la pluie.

Certains experts préconisent la subvention de gaz pour lutter contre la déforestation, qu’en dites-vous ?

C’est une bonne chose, en ce sens qu’elle pourra contribuer à réduire le réchauffement climatique, il faut que notre Etat prenne cette subvention au sérieux, puisque cela a toujours été exprimé lors des rencontres et les ateliers sur les questions environnementales. C’est nécessaires pour le bien-être des populations guinéennes et celles dans le monde.

Notre pays a été présent dans toutes les dernières conférences internationales sur le climat. Qu’est-ce que la Guinée peut gagner de ces différentes COP ?

Comme je le disais plus haut, pour moi, la Guinée n’a rien gagné pour le moment de ses différentes participations à la COP. Imaginez, vous partez à ces rencontres à dimensions internationales sans en  avoir un minimum de projets sous la main pouvant vous permettre de faire lever des fonds pour la construction des centrales à énergie renouvelable comme on peut le voir au Maroc, au Sénégal et tant d’autres pays à travers le monde. Il y a des milliards à travers le système des nations unies dans la lutte contre le dérèglement climatique.

M. N’diaye, malgré les manifestations des activistes de l’environnement, le gouvernement tient à exploiter la forêt classée de Ziama. Quelles sont les conséquences de cette exploitation ?

Madame, vous savez, on ne pourra pas dénombrer le nombre de conséquences liées à une quelconque exploitation anarchique de cette forêt de Ziama, mais en clair, il y a une déforestation et cela risque de réduire la pluviométrie en région forestière. Donc, il est temps pour les gouvernants de songer à cela pour nous faire éviter les conséquences futures.

Votre mot de la fin.

Pour mon mot de la fin, j’invite la jeunesse à accorder un maximum de temps à l’environnement afin de réduire l’avancement du niveau de la mer, du désert et surtout le taux de carbone qui se volatilisent à travers la nature dans le pays. En plus, j’invite l’Etat d’être beaucoup plus conséquent avec les sociétés minières qui font de la violation flagrante et la pollution de l’environnement dans les zones minières où elles exploitent de la Bauxite. C’est vrai qu’il y a le principe de pollueurs payeurs (PPP). Je me demande s’il y a encore le fonds séquestre lié à ce principe

Enfin, j’exhorte le Ministre Oyé à faire participer ou de permettre à des journalistes spécialisés sur les questions environnementales et Minières d’être présent à cette rencontre pour mieux couvrir la COP et dénoncer les failles.

Entretien réalisé par Fatoumata Binta Diallo pour Aminata.com

Alpha Oumar Diallo

Alpha Oumar Diallo est journaliste de formation. Issu de l'Institut Supérieur de l'Information et de la Communication (ISIC), ce jeune pétri de talents et d'objectivité a travaillé dans de nombreuses rédactions en Guinée et a collaboré avec de médias étrangers. Passionné de l'écriture, il traite régulièrement des sujets d'actualité en toute impartialité et fait des analyses objectives.

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Alpha Oumar Diallo

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