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Madame Doukouré Asmaou Bah secrétaire générale du syndicat national des travailleurs de maison de Guinée et Présidente du Réseau africain des travailleurs domestiques a lancé cet appel au gouvernement guinéen dans une interview exclusive qu’elle a accordée à Aminata.com à l’occasion de la fête des travailleurs. Au cours de cet entretien, Madame Doukouré a parlé entre autres, de la fête des travailleurs, de sa structure syndicale, des travailleurs domestiques de Guinée et leurs conditions de travail, de la convention 189 de l’OIT, de l’excision, de la recrudescence du viol dans le pays des mariages forcés

Aminata.com: Ce lundi 1er mai 2017, l’humanité célèbre la fête des travailleurs. Quels sont vos sentiments?

Asmaou Bah: Nous célébrons haut et fort avec fierté le 1er mai 2017. Cette journée internationale des travailleurs est le jour où nous célébrons notre passé, notre présent et notre futur en revendiquant nos droits et en disant que nous sommes prêts à nous battre pour les obtenir. Je profite de votre micro pour souhaiter bonne fête à tous les travailleurs du monde entier.

Parlez-nous de votre structure syndicale?

Nous sommes un syndicat qui défend les travailleurs domestiques de Guinée depuis 2011. Notre objectif est de défendre les intérêts moraux et matériels des travailleurs de maison. Aujourd’hui nous avons deux mille deux cent vingt et neuf membres. Nous rencontrons beaucoup de difficultés du fait que la majorité des travailleurs ne sont pas instruits. Les 90% de nos membres sont des femmes et des petites filles. Défendre une personne qui ne connaît pas l’importance de son travail et qui ne connaît pas la gravité de ce qu’elle est en train de subir est très difficile. Nous continuons la lutte et ça va venir petit à petit.

Comment arrivez-vous à gérer vos membres?

C’est à travers vous les médias que nous passons les messages de sensibilisation. Nous avons des antennes dans les différents quartiers. Vous savez que ce travail est fait dans des maisons loin des regards des personnes extérieures.  Si ce n’est pas par les médias que nous passons les messages de sensibilisation, c’est très compliquer. Les réseaux sociaux aussi nous facilitent beaucoup de choses. Nous faisons des sensibilisations, des formations, des réunions mensuelles malgré que c’est difficile. Il y a des employés  qui travaillent 24 heures sur 24. Même nos rencontres, ce sont les dimanches. Et même ça, certains n’ont pas le temps d’y participer.

Recevez-vous de l’appui des autorités?

Le gouvernement guinéen nous soutient. Le 26 décembre passé, la Guinée a ratifié la convention 189 relative aux travailleurs domestiques. Cette convention qui protège les travailleurs domestiques dit qu’il faut un salaire décent pour tout travailleur domestique. Elle fait savoir aussi que le travailleur domestique est comme tout autre travailleur. Cette convention dit que le travailleur de maison a droit à 8 heures de travail par jour. Depuis que nous sommes sur le terrain, toutes les activités que nous menons, nous sommes accompagnés par les ministères de tutelle.

En ce qui concerne vos membres, est-ce que le SMIG(440.000 francs guinéens) et les 8 heures de travail sont respectés?

Non, non, nous continuons la sensibilisation. On espère que l’application aura lieu. Actuellement, il y a peu qui gagnent le SMIG. D’autres reçoivent un salaire qui est en dessous du SMIG. Même certains employeurs ne sont pas bien payés à la fonction publique. Nous continuons à exiger le SMIG pour les travailleurs domestiques. Certains parmi eux sont beaucoup plus exploités par les employeurs. Des femmes et des filles sont violées et violentées dans leur lieu de travail. Le problème est que les victimes ne parlent pas ou parlent peu. Dans nos sociétés, quand une femme est violée, elle préfère se taire pour ne pas qu’elle soit rejetée, stigmatisée.

Quels messages avez-vous à véhiculer dans ce sens?

En tant que syndicat, nous demandons aux employeurs de bien s’occuper des travailleurs domestiques en leur payant un salaire décent. En un mot de tout faire pour que ces travailleurs retrouvent leur dignité humaine et avoir une vie décente. Au niveau du gouvernement, maintenant que la Guinée a ratifié la convention 189 de l’Organisation internationale du travail(OIT), nous lui demandons son application. C’est l’applicabilité de cette loi qui reste. C’est pourquoi nous continuons la sensibilisation parce que ces travailleurs ont droit à la protection sociale, mais aussi au SMIG. Tout travailleur domestique a droit à un contrat de travail. Si une femme employée de maison est malade ou tombe enceinte, on ne doit pas la licencier. La manière dont elle s’occupe des enfants des employeurs, elle aussi a le droit de faire des enfants. Chez nous, les gens ont pris l’habitude de licencier des femmes en grossesse ou refuser de les recruter. Nous demandons aux parents d’envoyer leurs filles à l’école.

Parlez-nous de vos activités au niveau africain et international.

Je suis Présidente du Réseau africain des travailleurs domestiques. Par ma modeste personne, la Guinée preside ce réseau. Notre pays est membre du bureau exécutif mondial des travailleurs domestiques à travers ma personne. Je me dis que c’est une bonne chose. Ce que nous sommes en train de faire, c’est pour que la soit vue dans le bon sens. On est très fier d’emméner la Guinée l’arène internationale. La Guinée est devenue modèle en ratifiant la convention 189 de l’OIT. La Guinée est le 23 ème pays dans le monde et 3ème en Afrique à avoir ratifié cette convention. La Guinée a rejoint ainsi  l’Afrique du sud et l’Ile Maurice. Je félicite nos autorités pour cette ratification mais il il reste l’application. Nous sommes en train de mener des démarches auprès des gouvernements des autres pays africains pour qu’ils la ratifient. D’ici la fin de l’année, je suis convaincue que beaucoup d’autres pays vont ratifier.

Quelle relation existe entre votre syndicat et les autres syndicats?

Le courant passe très bien entre notre syndicat et les autres syndicats.

Vous avez été choisies avec 24 autres femmes leaders d’exception 2017. Quels sont vos sentiments et dites nous ce qui a peser en votre faveur?

C’est un sentiment de joie. Quand ton travail est reconnu par d’autres personnes qui vont jusqu’à te donner un satisfecit, je suis vraiment réconfortée. Je profite pour remercier COPE-Guinée. J’avais déjà eu d’autres prix. Dans toute chose, c’est le travail qui paye. J’ai été choisie parce que ce que nous sommes en train de faire dans le pays est visible.

Que pensez-vous de la place qu’occupe la femme dans notre société?

La femme guinéenne est travailleuse mais les hommes ne nous laissent pas évoluer. C’est pour cela, je lance un appel solennelle à toutes les femmes de Guinée de s’unir et tout faire pour obtenir leurs droits. On ne doit pas toujours attendre que les hommes nous donnent. On dit qu’en 2030, il faut que les postes de responsablité dans le monde entier soient 50% pour les hommes et 50% pour les femmes. Cela n’arrivera que si les femmes conjuguent le même verbe. Il faut que les femmes travaillent dures sinon les hommes ne vont pas leur laisser la place. Si je veux arriver à 10 kilomètres, il faut que je commence par un pas et vite. 2030 c’est bientôt. Si nous travaillons, nous allons obtenir les 50% avant même cette date.

Quelle lecture faites-vous de la pratique de l’excision et les mariages précoces dans notre pays?

L’excision n’est ni autorisée par la loi, ni par la religion. C’est une pratique ancienne. Cette mutilation génitale n’est pas bonne. Les filles de notre génération ont pratiqué cela mais il y a des conséquences non seulement pour faire des enfants, mais aussi pour le plaisir sexuel, pour la santé de la femme et le souvenir de cette mutilation. S’il faut éradiquer cela totalement, ça serait mieux. On dit qu’exision est arrêtée dans notre pays mais ce n’est pas vrai. Pour ce qui est des mariages précoces, je dis qu’une fille doit être mûre avant d’être donnée en mariage pour qu’elle puisse choisir elle-même son mari. Les parents doivent éviter de donner les filles en mariage avant l’âge de se marier. Et surtout de ne pas donner sa fille à un homme qu’elle ne veut pas. Vous avez entendu récemment qu’une fille forcée de se marier à un homme qu’elle n’aime pas s’est suicidée par pendaison en haute Guinée.

Ces derniers temps, le viol notamment sur les mineures est devenu récurrent à Conakry et à l’intérieur du pays. Quel appel avez à lancer?

Je dis Stop à cela. On doit sanctionner ces hommes qui violent des petites filles ou des femmes à la hauteur de leur forfaiture. Tant qu’on ne sanctionne pas comme il faut, des hommes malhonêtes continueront à violer des petites de 6 ans, 10 ans ou des femmes. La femme doit faire l’amour quand on est consentante. Comme on dit, un crime impuni se reproduit toujours. Si un homme viole et on le castre, il ne va pas plus le répéter. Tout homme qui viole une femme doit être castré. Les autres vont prendre l’exemple sur lui. Je veux qu’on vote cette loi.

Qu’est-ce que vous avez à ajouter pour clôturer notre entretien?

J’œuvre aussi pour que la paix règne en Guinée. Je suis présidente d’honneur de certaines associations qui évoluent notamment en haute banlieue. C’est le cas de l’Association des jeunes pour la prévention des conflits. Nous faisons des conférences dans les écoles, les universités et nous faisons des matchs de gala pour motiver et sensibiliser les jeunes dans les quartiers. Je suis aussi membre de l’Association des jeunes pour le développement de Dar-es-salam dans la commune de Ratoma. Vous savez que ce sont des quartiers toujours chauds. Nous sensibilisons les jeunes en leur disant de penser à eux au lieu de faire la violence. Pour terminer je demande aux femmes d’œuvrer pour que la paix règne dans notre pays. Je remercie le gouvernement pour la ratification de la convention 189 de l’OIT et je l’exhorte de l’appliquer. Merci à Aminata.com pour cette interview. Merci aux travailleurs domestiques qui ont eu confiance en moi. Je ne vais pas les decévoir.

Interview réalisée par Mamadou Aliou Barry pour Aminata.com

aliousarayabhe@gmail.com

(+224) 622 304 942

 

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