Dr. Timothé Guilavogui : « nous voulons redynamiser la vaccination de routine »

Nommé il y a quelques semaines, Dr. Timothé Guilavogui dirige la Direction nationale de l’épidémiologie et de lutte contre la maladie. Cette semaine, dans la rubrique Interview, Aminata.com a échangé avec lui sur les difficultés et les perspectives de sa direction.

Au cours de l’entretien, Dr. Guilavogui a attiré l’attention sur le risque des maladies non transmissibles (hypertension, diabète, …) sur la santé publique de notre pays. Par la même occasion, il a donné quelques conseils pour se prémunir contre ces pathologies. Lisez.

Aminata.com : présentez-nous votre direction ?

Dr. Timothé Guilavogui : notre direction est née du processus de restructuration du Ministère de la santé qui a voulu relancer le système de santé guinéen. C’est une nouvelle direction au sein du ministère de la santé. Comme vous voyez, ça comprend deux grands blocs. Vous avez les aspects épidémiologiques et les aspects de la lutte contre la maladie. Vous avez trois divisions. La division prévention, la division de lutte contre les maladies transmissibles et la division de lutte contre les maladies non transmissibles. La division de la lutte contre les maladies transmissibles s’occupe essentiellement tout ce qui est facteur de risque et la prise en charge des cas. Vous savez il y a beaucoup de facteurs de risque qui engendrent de pathologies au niveau du pays. Donc, il y aura une section qui va s’occuper de facteurs de risque. Vous avez également une section qui va s’occuper de tout ce qui est immunisation. Immunisation veut dire la vaccination comme le cas de la vaccination des voyageurs à l’extérieur du pays qui fait partie des aspects de sécurité sanitaire, la vaccination des enfants. Les deux divisions c’est la division de lutte contre les maladies transmissibles et la division de lutte contre les maladies non transmissibles. Quand on parle de la division de lutte contre les maladies transmissibles, vous avez l’ensemble des programmes qui s’occupent des maladies transmissibles. Vous avez au total six programmes qui relèvent de la direction. Vous avez le programme de lutte contre le paludisme ; le programme de lutte contre le sida et les hépatites ; le programme de lutte contre la tuberculose ; le programme de lutte contre les maladies tropicales négligées.

Et vous avez la division de lutte contre les maladies non transmissibles où se trouve le dernier c’est-à-dire le programme de lutte contre les maladies non transmissibles, … Après la création de cette Direction, le premier travail a consisté d’abord à finaliser le processus de restructuration des Programmes. Avant il y avait environ dix-sept programmes de lutte contre la maladie, nous avons essayé de réduire le nombre des programmes pour être beaucoup plus efficient afin d’être efficace avec la clairvoyance du ministre de la santé, Dr. Abdourahmane Diallo. Nous avons procédé à une restriction pour réduire le nombre des programmes de 17 on est à 7 programmes. Et sur les 7 programmes, les six programmes que je viens de citer relèvent de notre direction.

Pour ce qui concerne les maladies non transmissibles, vous avez les maladies cardiovasculaires, les traumatismes, le diabète, les cancers, les affections auditives, la santé mentale, les traumatismes, la drépanocytose et les affections respiratoires chroniques. Toutes ces pathologies deviennent des unités au sein d’un seul programme. Voilà sommairement la présentation de la Direction nationale de l’épidémiologie et la lutte contre la maladie.

Après cette restructuration, est-ce que vous avez senti les avantages de l’harmonisation de services ?

Cette restructuration n’a pas été faite de façon aveugle. Il y a des critères sur le plan international sur lesquels on s’est basé. C’est-à-dire la similitude. Depuis que la direction est née nous avons senti que les programmes étaient dans le besoin d’avoir une direction qui faisait l’interface entre les programmes et le cabinet du ministère de la santé.

Quelles sont les maladies les plus menaçantes dans notre pays ?

Il y a ce qu’on appelle les maladies prioritaires. Vous avez les trois programmes prioritaires à savoir le paludisme, la tuberculose, les IST VIH/sida et les hépatites. Cependant je voudrais vous dire, pendant que nous sommes en train de fournir assez d’efforts pour lutter contre les maladies transmissibles avec des partenaires qui nous appuient, il y a une bombe qui est en train de se préparer. Et c’est valable pour beaucoup des pays africains. Cette bombe s’appelle maladies non transmissibles. Les maladies non transmissibles sont en train de ravager à bas-bruit et au moment où on va se rendre compte de vrais visages de ces maladies, malheureusement ça risque d’être trop tard. Regardez aujourd’hui en Guinée, c’est difficile de faire trois mois sans avoir un parent proche qui fait une crise d’accident vasculaire cérébral (AVC). Si les jeunes avant ne faisaient pas ces maladies non transmissibles, aujourd’hui vous avez des jeunes moins de 40 ans qui font des accidents vasculaires cérébraux. Vous avez aussi le diabète. On pensait que le diabète était une maladie liée à l’âge c’est-à-dire il fallait être sujets âgés pour être diabétique mais aujourd’hui vous allez regarder que c’est des jeunes mêmes qui sont diabétiques. Vous avez également les traumatismes. Les traumatismes de tout genre. Regardez l’avènement des taxis-motos. Allez-y à la morgue vous allez voir des corps des jeunes liés aux accidents de voie publique. Si la direction a des priorités, l’une de nos priorités c’est de mettre en place un programme fonctionnel et robuste contre les maladies non transmissibles. Si on ne fait pas attention on risque de se tromper de cible. Les efforts ont été fournis dans le cadre de la lutte contre les maladies transmissibles : le palu, la tuberculose, le VIH, … Malheureusement on a tendance à négliger les maladies non transmissibles et c’est ce qui fait que ce programme qui est très rudimentaire souffre de manque de financement. Parce qu’on ne l’a pas encore présenté comme une priorité des priorités. Nous, en tant que direction, l’une des priorités plus importantes c’est vraiment de s’occuper de ces maladies non transmissibles. S’occuper de ces maladies non transmissibles c’est de mettre en place un programme fonctionnel et cohérent qui va s’occuper de ces maladies et essayer de mobiliser des fonds. Je profite de l’interview avec Aminata.com pour dire que tous ceux qui veulent intervenir dans le sens de réduire le taux de mortalité et d’augmenter l’espérance de vie dans notre pays devraient s’investir dans la lutte contre les maladies non transmissibles. Allez-y au service de diabétologie, vous allez trouver des amputations. Pourtant ces maladies sont évitables. La plupart de ces maladies ont des facteurs de risque. Le diabète et l’hypertension artérielle ont plusieurs facteurs de risque évitables qui sont liés au style de vie.

Quels sont les moyens de préventions contre ces maladies ?

C’est de s’appuyer sur les facteurs de risque. Regardez le sédentarisme, lorsque les gens restent sur des positions d’inactivité pendant très longtemps, c’est-à-dire le manque d’exercices physiques. Ces maladies augmentent parce que les gens ne font plus d’exercices physiques. Avec l’avènement de taxis-motos, si une femme pouvait faire un kilomètre par jour pour aller au marché et revenir, aujourd’hui les taxis-motos sont là pour le déplacement quel que soit l’endroit où l’on se situe. Donc, ça augmente le sédentarisme. Vous avez le style de vie alimentaire qui a complètement changé. Surtout en Afrique on veut des aliments très doux. Et pour que l’aliment soit très doux il faut qu’il soit beaucoup sucré ou salé. Et voilà ces éléments qui constituent les facteurs de risque. Vous consommez beaucoup de sel, il faut s’attendre à une hypertension artérielle ou de complications. Ces styles de vie que nous pensons que c’est la bonne vie se retournent contre nous les africains.

Quelle est la différence entre votre direction et l’agence nationale de la sécurité sanitaire (ANSS) ?

C’est une très bonne question. Effectivement ça suscite beaucoup de commentaires depuis que la Direction a été créée et surtout ça été meublée. Mais je vais vous dire que nous sommes dans un pays bien organisé. Le poids de travail que le ministère doit faire est tellement lourd qu’une seule institution ne peut pas être capable de le faire. C’est pourquoi vous avez plusieurs bras pour faire face à toutes ces pathologies. L’agence nationale de sécurité sanitaire est une opportunité qui nous a permis de gérer l’épidémie Ebola qu’on a vécu. Donc, l’ANSS est une agence qui travaille en étroite collaboration avec la Direction nationale de l’épidémiologie et de lutte contre la maladie qui s’occupe beaucoup plus de tout ce qui est riposte par rapport aux urgences. Pour moi l’ANSS est une opportunité pour la Direction nationale de l’épidémiologie et de lutte contre la maladie pour être appuyé lors que nous avons des urgences sanitaires. Donc, l’ANSS n’est pas en opposition avec notre direction mais plutôt c’est une opportunité qui doit travailler en synergie avec la Direction nationale pour que désormais nous soyons capables de gérer les urgences. Plus jamais le nombre de décès que nous avons connu dans le cadre d’Ebola.

Quelles sont les difficultés que rencontre votre direction ?

La première difficulté comme d’ailleurs c’est un peu la monnaie courante chez nous ça été d’abord l’installation. Si vous voyez le contenu de cette direction vous verrez qu’elle est loin d’être une petite Direction. Très malheureusement, le problème de bureau pose problème et ce n’est pas seulement au ministère de la santé, c’est valable pour beaucoup de départements. Si vous regardez le contenu de la direction et le staff qui doit exister vous verrez que le problème de bureau va causer de problème. Le second problème, puisque c’est une nouvelle direction il fallait chercher à bien clarifier les attributions par rapport à plusieurs autres entités. Avec la clairvoyance de notre ministre, on a terminé avec les textes organiques. Donc, les attributions sont claires. Aujourd’hui cette difficulté est surmontée. L’une des difficultés aussi, une telle direction ne peut pas fonctionner sans les moyens. Nous avons besoin de tout ce qu’il faut pour que la Direction fonctionne. Le soutien de l’Etat par rapport au fonctionnement a déjà commencé. Si vous voyez tout ceci par rapport à l’installation, tout a été financé par le budget national. On tend la main aussi à d’autres partenaires, d’ailleurs qui ont commencé et qui ont compris que la Direction peut aider pour que nos projets de lutte contre la maladie puissent atteindre les objectifs.

Vous dirigez une nouvelle direction, quelles sont vos perspectives ?

Nos perspectives sont bien cadrées. Premièrement pour tout ce qui concerne la prévention, mettre en place un plan de réduction de ces facteurs qui occasionnent la plupart de ces maladies et. Nous voulons également appuyer le système de surveillance pour que ça soit un système sensible et spécifique. Que ça soit un système très sensible dont rien ne peut nous échapper comme surprise dans le cadre de la surveillance de ces maladies transmissibles et non transmissibles. Nous voulons aussi dans le cadre de la vaccination que tout enfant guinéen qui vit dans notre pays soit complètement couvert en matière de vaccination. Donc nous voulons redynamiser la vaccination de routine. Nous voulons que cette vaccination de routine, malheureusement qui est faible dans notre pays puisse être très forte pour que nous puissions couvrir l’ensemble des enfants et que tout enfant qui soit Guinéen ou pas mais qui vit dans notre pays puisse bénéficier des vaccins qu’il faut. L’une des priorités, c’est comment on peut redynamiser la lutte contre les maladies non transmissibles qui constituent aujourd’hui une bombe dormante dans notre pays. Donner la chance aux Guinéens de vivre au tant que possible en évitant toutes ces pathologies.

Votre mot de la fin

C’est d’abord remercier Aminata.com qui a été le premier journal qui s’est déplacé, ce n’est pas nous qui sommes venus vers vous mais vous êtes venus vers nous pour avoir les informations pour que les gens puissent savoir sur ce que le Ministère est en train de faire dans le cadre de la lutte contre la maladie. Le second c’est de dire que désormais il y a de l’espoir pour le Guinéen dans le cadre de la réduction des pathologies. Imaginez-vous pour supporter une maladie chronique comme l’hypertension artérielle qui est évitable. Pour nous, cette direction est un espoir pour le Guinéen. Les gens ne savent pas par exemple que la consommation des fruits est un facteur très bénéfique de réduction de risque. Les gens ne savent pas que l’exercice physique est plus qu’un médicament. On n’a pas besoin de courir il suffit juste de faire une marche pour que nous puissions réduire les effets liés à l’hypertension artérielle, au diabète. Et qu’on sache que les accidents de voie publique constituent aujourd’hui une menace pour notre pays. Il faut trouver de solutions afin de réduire les accidents de voie publique qui va dans le cadre de réduction de notre espérance de vie.

Entretien réalisé par Alpha Oumar Diallo et Zézé Guilavogui pour Aminata.com

alphanyla@gmail.com

+224 628 38 98 39

Alpha Oumar Diallo

Alpha Oumar Diallo est journaliste de formation. Issu de l'Institut Supérieur de l'Information et de la Communication (ISIC), ce jeune pétri de talents et d'objectivité a travaillé dans de nombreuses rédactions en Guinée et a collaboré avec de médias étrangers. Passionné de l'écriture, il traite régulièrement des sujets d'actualité en toute impartialité et fait des analyses objectives.

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Alpha Oumar Diallo

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