Dr Alpha Abdoulaye Diallo du CNOSCG : « ce gouvernement a préféré les ordures que ses citoyens »

Dr Alpha Abdoulaye Diallo, vice-président du conseil national des organisations de la société civile guinéenne (CNOSCG)
Dr Alpha Abdoulaye Diallo, vice-président du conseil national des organisations de la société civile guinéenne (CNOSCG)

Dans une interview accordée à notre rédaction, Dr Alpha Abdoulaye Diallo vice-président du conseil national des organisations de la société civile guinéenne (CNOSCG) et président de de la coalition Publiez Ce que Vous Payez Guinée a parlé de son invitation au lancement du projet d’autonomisation de la jeunesse africaine, du déguerpissement à Dar-es-Salam, les velléités de modification de la constitution guinéenne et l’affaire du fichier électoral.

Nous vous proposons l’intégralité de cet entretien.

Aminata.com: Vous avez été récemment invités par l’UNESCO Paris, de quoi il a été question ?

Dr Abdoulaye Diallo: J’ai été invité par l’UNESCO Paris pour assister
au lancement d’un projet d’autonomisation de la jeunesse de huit(8) pays en Afrique. Ce projet dont le lancement a eu lieu le 13 mai 2019. C’est un projet initié par l’UNESCO Paris et le gouvernement de l’Italie. Les interventions du projet comprennent entre autres, le renforcement des capacités des professionnels des médias, le développement et le partage de bonnes pratiques aux solutions migratoires, l’autonomisation des jeunes par l’accès à l’information de qualité sur la migration en général. Les huit(8) pays bénéficiaires sont le Sénégal, le Mali, le Niger, la Guinée, la Côte d’ivoire, le Ghana, le Nigéria et le Cameroun.

Le RPG-Arc-en-ciel annonce le début très prochainement d’une campagne pour une nouvelle Constitution malgré les dénonciations de l’opposition et de certaines plateformes de la société civile. Au cours d’une conférence de presse ce jeudi 23 mai 2019, Sékou Goureissy Condé et son parti politique ont plaidé pour une nouvelle constitution. Votre avis sur ce sujet ?


Je crois qu’il faut être de courte mémoire pour oublier tout ce que la Guinée a traversé par rapport à sa marche vers la démocratie. Les évènements de 2006, 2007 et 2009, la transition démocratique, avec le retour à l’ordre constitutionnel, nous ne sommes pas prêts en moins de dix ans de faire un pas en avant et mille pas en arrière. Je pense que le RPG a mieux à offrir que de proposer une modification de la Constitution. Il faut nécessairement aujourd’hui qu’ils fassent preuve de démocratie à l’interne de ce parti pour investir un candidat pour le rendez-vous 2020 et prouver à l’opinion nationale qu’ils sont capables de survivre au-delà de l’ère Alpha Condé. Sinon, le RPG versera dans les mêmes traces que les autres partis qui n’ont pas pu survivre de leur leader. On a eu le cas du PUP. Je pense qu’ils doivent copier l’ANC qui aujourd’hui à chaque élection essaie de présenter un candidat. A défaut de copier l’ANC, à nos portes ici, au Niger où le président Issoufou et son parti ont déjà investi leur candidat. C’est un exemple de vitalité, de démocratie mais aussi la garantie de l’alternance. Je pense que tous les acteurs de la société civile guinéenne et les citoyens épris de justice et de démocratie doivent se mobiliser et barrer la route à tous ceux qui ont des velléités de nous retourner au moyen âge ou qui ont la volonté de tripatouiller notre constitution pour nous ramener en arrière et saper les fondements de la démocratie et toute la lutte que le peuple de Guinée a vaillant acquis au prix du sang des martyrs. On ne peut pas effacer ça d’un revers de la main. La mobilisation doit être de mise pour stopper toutes ces velléités et ramener les personnes qui ont ces tentations à la raison pour que la république puisse survivre.

Après Kaporo rails, Kipé2 et Dimesse, le ministre de la ville et de l’aménagement du territoire et ses casseurs ont débarqué ce jeudi 23 mai à Dar-es-Salam en ce mois Saint de Ramadan pour déguerpir des citoyens riverains de la décharge sans récasement. Quel est votre point de vue sur cette actualité ?

Je pense que ce n’est pas étonnant. Au regard de ce qui s’est passé à Kaporo rails et Kipé2, nous dirons tout simplement que ce gouvernement a préféré les ordures que ses citoyens. Donc, à ses yeux, les ordures ont plus de valeur que les êtres humains. Mais aussi à quel moment ? Il choisit en ce mois de Ramadan où tout le monde cherche la pitié et à se rapprocher de Dieu pour faire pleurer ces pauvres citoyens et laisser à la belle étoile avec tout ce que cela peut entraîner en terme de désenchantement mais aussi de perte de morale. Cette situation est tout simplement déplorable  et condamnable puisqu’il y a d’autres moments à choisir mais aussi, il y a la manière. Il faut éviter de faire pleurer les citoyens surtout en ce mois de pénitences mais, ce qu’il faut signaler, c’est que l’emplacement de ce dépotoir est en plein centre-ville. Toutes les habitations qui sont autour de cette décharge subissent de pollution, de nuisance. Une pollution de l’air qui ne dit pas son nom. Les fumées qui se dégagent jaillissent dans les maisons. Dieu seul sait combien de personnes sont malades à cause de ce dépotoir. Il est important que les citoyens des quartiers environnants se réveillent et se mobilisent pour barrer la route à tous ces camions qui vont vers ce dépotoir car c’est un dépotoir sauvage qui entraîne la perte en vie humaine et aussi des dégâts sur l’intégrité physique des personnes. Il y a des gens qui sont asthmatiques. Ils sont malades tout simplement parce que l’air est pollué, l’environnement est pollué.

Au lieu d’un appel d’offres international, la CENI opte pour la sélection de sept opérateurs sans consulter les différents acteurs. L’opposition parle d’une fuite en avant de l’institution. Quelle lecture faites-vous de ce sujet ?

Je pense que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Nous ne pouvons pas avancer sereinement avec ce colmatage, de rafistolage du fichier électoral. Il est nécessaire aujourd’hui qu’on aille à la refonte de ce fichier pour que les guinéens puissent avoir un fichier électoral digne de ce nom. D’ailleurs le problème n’est pas à ce niveau, il faut que la Guinée se dote d’un véritable état civil parce que l’état civil n’existe pas. Et tant qu’on n’aura pas un état civil, le problème de fichier va se poser. Le fichier n’est pas que politique, il est d’abord citoyen. Il s’agit là, des données des citoyens. Le fichier est un élément important de la démocratie puisqu’il s’agit de données biométriques, alphanumériques des citoyens guinéens. Donc, il faut que ce fichier soit à la hauteur des attentes. Au lieu de jeter de l’argent dans des histoires de nouvelle constitution, il faut mettre le paquet pour qualifier notre commission électorale nationale indépendante(CENI). Je pense que la priorité devrait être là au lieu de jeter l’argent par la fenêtre. Le fichier électoral aujourd’hui n’est pas sécurisé. C’est un élément de souveraineté nationale. N’importe qui peut rentrer dans ce fichier pour faire des modifications et cela est très dangereux pour notre pays. Donc, il faut le sécuriser. Pour cela, il faut le paramétrer et de le sécuriser. C’est pourquoi j’ai demandé à ce qu’on mette les moyens pour nous permettre d’avoir un fichier duquel on peut tirer chaque année ceux qui ont la majorité pour faire partie du fichier électoral. Ça va nous empêcher de jeter de l’argent par la fenêtre.

Propos recueillis par Mamadou Aliou Barry pour Aminata.com

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