Alpha Oumar Taran Diallo président de l’Alliance démocratique pour le renouveau (ADR) et Coordinateur du mouvement républicain (MR) a accordé un entretien à notre reporter. Il a parlé de la crise à la Cour Constitutionnelle et le triste anniversaire des massacres du 28 septembre 2009.

Nous vous proposons l’intégralité de cette interview.

Aminata.com: Neuf ans après les massacres du 28 septembre 2009, victimes et parents attendent toujours justice. Quel est votre point de vue sur ce sujet ?

Alpha Oumar Taran Diallo: C’est dommage, mais c’est comme ça dans notre pays parce que ce ne sont pas les seules victimes de l’État guinéen qui attendent justice. Nous savons que l’histoire du Camp Boiro est là, on a toujours pas montré aux parents des victimes les charniers ou les fosses communes. Il y a aussi l’histoire du 4 et 5 juillet. L’État continue toujours à brimer les citoyens, à violer les droits humains, à violer les lois. On ne voit rien du tout qui permet de mettre fin à cette situation là. Sinon, on sait que le ministre de la justice, Cheick Sako avait promis le démarrage du procès en 2016 dans un premier temps, ensuite en 2017. On pensait qu’en 2018, on allait sentir la volonté politique d’aller à ce procès. Mais, on voit toujours des gens supposés être des bourreaux dans les plus hauts sphères de l’État en travaillant avec le chef de l’État. Ils sont supposés innocents mais normalement quand quelqu’un est inculpé pour des crimes aussi grave que ce qui s’est passé au stade du 28 septembre, il devrait au moins être renvoyé de son poste de responsabilité. Ça, c’est pour permettre aux victimes d’être soulagées au moins moralement en attendant que le procès ait lieu.

Le 27 septembre dernier, les forces vives ont organisé à la Cour Constitutionnelle, un sit-in qui a été réprimé par la gendarmerie et la Police. Quelle est votre opinion sur cet autre sujet ?

Ça dénote du recul de la démocratie et des libertés fondamentales dans notre pays sinon un sit-in, des gens qui viennent s’arrêter devant une institution ne sont pas des personnes violentes ou des gens qui sont censés cassés  quelque chose. Normalement, on devait juste encadrer parce qu’ils n’occupaient pas une voie de circulation importante. C’est juste la devanture de l’institution mais le gouvernement a préféré maltraiter les leaders d’opinion qui conduisaient cette manifestation. C’est un nouveau dispositif que nous constatons au niveau des manifestations autorisées par la Constitution. Les forces de l’ordre avaient l’habitude de tabasser et de tuer les militants qui accompagnaient. Maintenant, elles s’emprennent aux leaders. Ça, c’est quelque chose de nouveau dont on doit prendre en compte dans le développement de la gouvernance en Guinée. Cela dénote d’un recul manifeste de la démocratie et des libertés. Nous espérons que le gouvernement va se ressaisir et permettre l’expression des droits consacrés par notre Constitution.

Malgré la pression, les frondeurs ont procédé à l’élection d’un nouveau Président. Votre réaction ?

Comme on dit souvent, ils sont forts de quelque chose. Nous ne savons pas quoi d’abord parce que la main noire qui est derrière, on sait pas pour le moment à qui elle appartient. Mais, nous attendons puisque la procédure est connue. S’ils élisent un nouveau président, il faut que le président de la République prenne un décret. S’il le prend malgré le vice de procédure qu’il y a eu dans cette situation là, on comprendra aisément qu’est-ce qui s’est passé.

Qu’est que vous avez à ajouter pour clôturer cet entretien ?

C’est de demander à tout le peuple de Guinée de se mobiliser pour défendre leurs droits pour empêcher que la constitution soit violée par ceux-là qui sont censés la protéger ou la défendre. Nous savons très bien qu’un président de la Cour Constitutionnelle peut être destitué mais nous connaissons dans quelle mesure et la procédure à suivre. Cette procédure n’a pas été respectée. C’est une violation flagrante de nos textes de lois. Même si le président de la Cour Constitutionnelle est fautif quelque part, la procédure de destitution n’a pas été respectée. Il est inadmissible qu’on accepte cela. Donc, ce serait nécessaire que tout le monde se mobilise puisque c’est cette loi qui nous protège. Sinon, un militaire armé peut tirer sur nous où il veut et quand il veut mais puisque la loi est là, il faut qu’on la défende. Si on ne la défend pas, rien n’empêchera la barbarie de ceux qui ont la force sur nous.

Propos recueillis par Mamadou Aliou Barry pour Aminata.com

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