Des citoyens font sortir leurs biens de leur maison en attendant l'arrivée du bulldozers
Des citoyens font sortir leurs biens de leur maison en attendant l'arrivée du bulldozers

Les citoyens du quartier Kipé 2 dans la commune de Ratoma qui sont confrontés à un déguerpissement forcé par l’Etat guinéen se retrouvent dans l’indignation et le désespoir. Selon certains d’entre eux rencontrés par notre rédaction mardi 12 mars 2019, cette opération se déroule dans des conditions inhumains.

Une enseignante, habitante de cette localité depuis plus de 40 ans avec son mari, nous a expliqué comment elle a été alertée de la démolition de leur maison : « J’ai été déçu franchement ce matin-là. J’étais même en deuil depuis hier soir. J’ai été appelée par les collègues, qu’on a perdu un de nos collègues. J’étais là-bas, subitement, on m’a informé que les militaires ont envahi le quartier, je me suis retourné venir et qu’est-ce que je viens trouver, le quartier est effectivement envahi. En voyant tous ces citoyens en train de décoiffer les maisons, vraiment, j’étais dépassée, les mots me manquaient », a indiqué Mme Camara Makia Touré.

Une femme déguerpie du Kipé2
Une femme déguerpie du Kipé2

Plus loin, elle a souligné son état après cette opération gouvernementale : « ça fait 40 ans je suis là. J’étais avec mon mari, il est décédé depuis le 31 octobre 2009. Il m’a laissé avec des enfants, je ne vie que de ces bâtiments-là, c’est ce qu’il m’a légué comme héritage, je suis là avec les tous petits qui vont à l’école. J’ai même des candidats parmi mes enfants. Donc, je ne sais pas aujourd’hui quoi faire. La seule réalisation que mon époux a eu à faire, c’est l’annexe et le grand bâtiment. Donc, je suis-là seule depuis 2009, après sa mort avec les tous petits et aujourd’hui, malgré tous les documents à l’appui, je suis vraiment dépassé que l’Etat vient nous faire quitter, là où mes enfants sont nés. Nous sommes en train aujourd’hui de mener notre petite vie, vraiment je ne sais pas quoi dire », a-t-elle expliqué.

Plus loin, après tout, elle souhaite que cette affaire soit claire avec la justice : « ce que j’ai à dire à Alpha Condé étant enseignante comme mon ex-époux, j’aimerai que justice soit rendue dans l’affaire-là. Parce que là où nous sommes aujourd’hui, on n’a pas où aller ».

De côté, un autre habitant victime de cette opération nous a laissé entendre : « ils sont venus parce qu’ils ont la force. Le président Alpha Condé avait dit qu’on a déguerpi les gens ici, que c’était une affaire politique. Ce ne t’ai pas un domaine de l’Etat parce que par là c’est très bien loti. Mais on voit le contraire. Alpha a la force aujourd’hui parce qu’il a le pouvoir. Il a oublié que c’est Dieu qui lui a donné le pouvoir. Il utilise sa force pour nous faire du mal, on dirait que nous ne sommes pas des guinéens sans mesure d’accompagnement. Il nous a fait ce qu’il veut mais nous, on n’a pas d’arme, même si on porte plainte à la justice, on n’aura pas raison. Ce qu’Alpha nous a fait, que Dieu juge entre nous. Il a dispersé notre famille. Je ne sais même comment reprendre ma vie », a déploré Thierno Sadou Bah.

Ibrahima Sory BARRY pour Aminata.com

Tel: (+224) 656 77 52 34

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