Il l’a fait savoir au cours d’un entretien exclusif qu’il nous a accordé. Le Colonel Layaly Camara qui dirige la Direction général de l’Office guinéen du bois (OGUIP) indique que la protection de l’environnement doit préoccuper tout le monde. Dans cette interview, l’officier parle de la mission de sa direction et des moyens mis en place pour la réglementation de la coupe du bois en République de Guinée. Lisez.

 

Aminata.com: pouvez-vous nous dire la mission de votre service ?

Colonel Layaly Camara: l’OGUIB a été créé depuis les années 80. Sa mission est de mettre en œuvre la politique du gouvernement en matière de transformation, de conservation, de préservation, de commercialisation et d’utilisation du bois et dérivés et d’en assurer le suivi.

Donc, il est particulièrement  chargé entre autres de l’élaboration de la réglementation, de veiller à la répression des fraudes liées aux activités de transformation, de conservation, de préservation, de commercialisation,d’élaborer les stratégies, plans, programmes et projets relatifs à la transformation,  à la commercialisation et à l’utilisation du bois, de délivrer des agréments, licences, certificats et bordereaux de routes,de coordonner les opérations de contrôle de la circulation du bois et dérivés et de veiller à l’organisation et à l’encadrement des acteurs de la filière bois dans le cadre de la production, de la transformation et de l’utilisation du bois et dérivés ;

Vous venez de parler l’historique de votre service,  peut-on savoir  la représentativité de votre service dans le pays ?

Oui nous sommes représentés dans toutes les préfectures de la République de Guinée.

Vous parlez de règlementation est-ce que peut-on savoir la commercialisation et la réglementation du bois en République de Guinée ?

Aujourd’hui, nous avons tous les actes majeurs qui ont été posés parce que depuis 2010 se sont des anciens arrêtés qui fonctionnaient, je voudrais parler ici de l’arrêté conjoint sur les taxes et redevances forestières et l’arrêté portant   réglementation de l’exploitation forestière. Dans un premier temps, après leur signature nous avons fait des missions d’explication au niveau des Préfectures pour une meilleure application et une mise correcte des dispositions qui sont contenues dans  ces différents actes.

Mon colonel en tant que spécialiste dans le domaine, est-ce qu’on peut savoir aujourd’hui l’importance du bois dans la vie des citoyens ?

Le bois est un produit très important mais malheureusement son exploitation a toujours posé problème.Pendant, la première République, l’exploitation forestière, la première transformation et la commercialisation du bois étaient gérées par des sociétés industrielles et commerciales d’Etat. La gestion et la restauration du patrimoine forestier étaient effectuées à partir d’une réglementation vigoureuse.

A l’avènement de la deuxième république, l’État s’est désengagé des activités s’est désengagé des activités d’exploitation et de transformation, de commercialisation du bois sans prendre des dispositions adéquates pour assurer une exploitation rationnelle et durable de  la ressource forestière.

En 1984, avec l’économie du marché, beaucoup d’entreprises ont été fermées par faute de recrutement à la fonction publique. Les jeunes se sont orientés  vers le bois, donc l’exploitation a été pratiquée par toute la société de notre pays. De 1990 jusqu’à 2010, il y’avait une anarchie totale dans l’exploitation du bois, face à cette situation les différents gouvernements qui se sont succédé ont pris des actes d’interdictions de l’exploitation.

Pour répondre à votre question, je vous dirai que le bois est un combustible  indispensable. Le bois est utilisé depuis la cuisine pour chauffer les marmites jusqu’à la tombe. C’est grâce au bois que le gouvernement de la troisième république a pu réaliser de grands projets (des hôtels de haut standing, des écoles, des centres de santé etc).

 

Ces dernier temps on a parlé de la coupe abusive du bois est ce qu’on peut connaitre les conséquences de cette coupe ?

Les conséquences de la coupe abusive du bois elles sont énormes sur le plan environnemental, économique et social. Il y a la disparition de la forêt qui est l’habitat idéale pour la biodiversité, l’assèchement des cours d’eau, une mauvaise distribution de la pluie, la sécheresse accrue, parfois des inondations, une baisse de la productivité des sols. Vous savez qu’aujourd’hui, la protection de l’environnement est une affaire mondiale, chacun doit s’y mettre.

Monsieur le Directeur, que faut-il faire pour satisfaire la consommation locale en bois tout en respectant les engagements internationaux en matière de la préservation de l’environnement ?

Il s’agit de mettre effectivement en œuvre une politique de gestion durable des forêts. Une gestion qui tient compte du potentiel de la production, de la fonction que peut jouer tel domaine ou tel domaine forestier. Il s’agit à la fois d’une utilisation rationnelle des ressources et de la préservation  et conservation de la forêt qui est considérée comme une source de biens et de service. La forêt a un rôle écologique majeur à jouer. Elle contribue au maintien de l’équilibre écologique. Il y a lieu de conjuguer la notion d’utilisation et de conservation tant pour la génération présente que futur.

 

Quelles sont les zones classées pour permettre de préserver l’environnement en Guinée ?

Dans la configuration actuelle, nous avons les forêts classées de l’Etat, les aires  protégées. Les forêts classées de l’Etat ne doivent pas être exploitées. L’exploitation se situe au niveau des forêts villageoises, des forêts non protégées. Il faut préserver, protéger  les domaines dits fragiles. Je peux parler des têtes de sources, des bassins versants à cause de leur fonction hydrologique et de conservation de la diversité biologique.

 

Est-ce qu’il existe en Guinée  une politique de reboisement ?

Il faut reconnaitre nous n’avions pas eu cette culture reboisement à grande échelle, à un moment donné pendant la première République il y a eu le plan triennal qui a lancé le reboisement avec les espèces tendres.  En réalité il n’ya pas eu une vraie politique soutenue de reboisement. En principe qui exploite doit reboiser, l’exploitation doit être synonyme de reboisement.

 

Parlant toujours du bois est-ce qu’on peut savoir les sociétés évoluant en Guinée en matière d’exploitation et de commercialisation du bois et elle rapporte quoi au pays ?

Pour le moment il y a deux sociétés qui exploitent du bois en plus de l’exploitation artisanale. En 2016 Monsieur le premier ministre a pris un acte pour la libéralisation  de la coupe et de la circulation du bois pour  des fins de consommations locale. Il y a la société Forêt forte et une autre société « La société KOON qui font la transformation du bois. Cette transformation permet aujourd’hui de ravitailler le marché local en contreplaqués et divers produits finis, créer  de l’emploi. La société Forêt forte utilise beaucoup de jeunes.

Quel est le rapport qui existe entre l’OGUIB et la filière bois?

L’OGUIB  a pour mission d’assister la Filière bois,de veiller à l’organisation et à l’encadrement des acteurs de la filière bois dans le cadre de la production, de la transformation et de l’utilisation du bois et dérivés.

Avec la filière bois, nous avons élaboré une feuille de route pour mieux structurer la coupe du bois  depuis le lieu de coupe jusqu’au dépôt. La première activité prévue c’est le recensement de tous les dépôts à commencer par Conakry. Nous avons fait ce recensement et nous avons dénombré 84 dépôts à Conakry, Dubreka et Coyah. Parmi les dépôts, une vingtaine n’était pas dans les normes. Désormais, il est question de recenser des dépôts, de les immatriculer et de les numéroter. Ceci nous permet d’avoir une statistique du bois débarqué à Conakry et environnants. La deuxième mesure, c’est d’inviter les cadres, agents des eaux et forêts de se rendre sur le terrain pour prendre part à l’activité de coupe tout en respectant les quotas.

Est-ce que vous bénéficiez d’un accompagnement des partenaires ?

Depuis 2004, la CEDEAO a entrepris une démarche de mise en œuvre de la politique régionale en matière de gestion durable des ressources forestières. Le concept de dialogue forestier a fait surface. Un document a été élaboré à cet effet. Ce dialogue permet d’identifier les problèmes, de proposer  des actions concrètes, des activités à entreprendre entre les différents pays transfrontaliers pour mieux gérer les forêts.

le Directeur général, en tant qu’acteur majeur quel appel lancez-vous à l’ensemble des acteurs pour une fourniture suffisante du bois au niveau du marché local en même temps pour un environnement protégé ?

Ce que je peux dire aux acteurs de la filière bois c’est d’opter surtout pour une gestion rationnelle des ressources. Il y a beaucoup de séances de formations et et sensibilisation que nous entreprenons en leur faveur et faveur de nos cadres de nos structures déconcentrées qui souvent ne maitrisent pas la problématique dans toutes ses dimensions. Le problème d’environnement est un problème mondial dont les conséquences sont multiples: l’irrégularité du régime des pluies, l’assèchement des cours d’eau. Les barrages que nous sommes en train de construire méritent d’être protégés. Si des mesures ne sont pas prises pour les protéger, pour reboiser, je crois que l’investissement n’aura pas de sens parce que nous allons assister à l’étiage aux mois de février-mars. Donc, ce qui va provoquer une certaine rupture en termes de fourniture de courant. C’est un problème pour tout le monde. Tout le monde doit s’impliquer pour ensemble chercher les voies et moyens pour appuyer le secteur parce qu’il faut le reconnaitre c’est un secteur qui n’est pas financé, qui ne dispose pas des moyens. Le budget attribué est très maigre par rapport aux besoins pour financer les projets de développement.

Merci d’avoir accepté notre invitation.

Entretien réalisé par Ousmane Camara pour Aminata.com

 

 

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