Cellou Baldé, député représentant de l’Ufdg au Comité de suivi de l’Accord politique inter-guinéen : Refusons qu’on nous conduise vers un chaos électoral !

Cellou Baldé, député de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG)
Cellou Baldé, député de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG)

Le député de la commune urbaine de Labé est l’éminent représentant du principal parti d’opposition au sein du fameux  Comité de suivi du dialogue interguinéen du 12 octobre 2016. Cellou Baldé  est surtout  le coordinateur des fédérations nationales Ufdg, et une graine de star qui fait son bonhomme de chemin vers le sommet.  Il nous explique la destination que prend le navire électoral à l’approche des grandes échéances de 2020.

 

Le Populaire: Quel était l’objet de la récente rencontre entre les acteurs politiques et la Ceni ?

Cellou Baldé: C’était par rapport à la mise en place des démembrements de la Ceni à l’intérieur du pays notamment les Ceci, Cepi et Cespi. Il était question également de discuter des modalités de mise en œuvre du mode opératoire et des effectifs qui revenaient à chaque partie prenante notamment la Société civile qui doit présider les démembrements et l’administration, la mouvance et l’opposition. Donc, nous avons tenu un Comité inter-partis au cours duquel nous avons discuté de toutes les modalités. Il y avait également le délai qui a été ramené au 23 août pour le dépôt des listes des différentes entités. Et du 25 au 9 septembre, la Ceni va procéder à la mise en place des démembrements, à la prestation de serment des commissaires, et à leur formation.

 

Qu’en est-il de la révision du fichier électoral?

Il était question d’échanger avec la Ceni sur le processus de choix d’un opérateur technique pour la révision du fichier électoral. Vous savez qu’après l’audit du fichier électoral par les experts, il était question de mettre en œuvre les recommandations. Mais également de procéder à la révision ordinaire parce que depuis 2015, il n’y a pas eu de révision, ni ordinaire, ni exceptionnelle. Parce que dans le cadre de l’Accord politique du 12 octobre 2016, toutes les parties prenantes avaient accepté que nous partions aux élections locales avec le même fichier et la même Ceni sous réserve qu’après les élections que le fichier soit audité par un cabinet international et qu’une loi sur la Ceni soit votée pour qu’il y ait des nouveaux commissaires. Aujourd’hui, nous avons une loi, des commissaires nouveaux, une nouvelle Ceni. Il est question qu’après la mise en place des démembrements, de commencer la révision du fichier électoral qui inclue les opérations de mise en œuvre des recommandations de l’audit. Contrairement à ce que nous avons acté depuis le Comité de suivi en passant par la retraite de Kindia, la Ceni se propose aujourd’hui soit de recruter un opérateur local en Guinée ou de faire, elle-même, le travail de la révision du fichier.

 

Quelle a été votre réponse face à ces propositions de la Ceni?

Nous avons rejeté cette proposition parce que nous estimons, non seulement, qu’il n’y a pas d’opérateur local qui puisse gérer sérieusement l’opération. Nous n’avons même pas connaissance de l’existence d’opérateurs locaux ayant de référence sous-régionale, africaine ou internationale ou même de référence en matière de biométrie. D’habitude, un opérateur international est recruté par la Ceni et qui sous-traite avec les cabinets locaux qui recrutent, à leur tour, des informaticiens, des opérateurs de saisie pour recueillir les données sur le terrain.

Mais que toutes les autres activités de dédoublonnage et tout ce qui s’en suit soient faits par l’opérateur technique international.

 

A défaut d’un opérateur local, accepteriez-vous que la Ceni fasse le travail ?

Nous disons aussi que la Ceni ne dispose pas de compétences pour faire ce travail. Même s’il est dit que c’est la Ceni qui organise toutes les élections, mais cela sous-entend également que toutes les opérations ou activités dont la Ceni n’a pas forcément l’expertise, il l’appartient en tant que maître d’ouvrage de lancer un appel d’offres, d’exprimer ses besoins pour que quelqu’un qui a l’expertise nécessaire puisse faire le travail et que la Ceni joue le rôle de superviseur. Pour nous, la volte-face du président de la Ceni se justifierait par une volonté de nous conduire vers des élections non transparentes, non crédibles. C’est-à-dire de nous acheminer vers un chaos électoral. C’est ce que nous refusons.

 

En refusant un opérateur local ou que le travail soit fait par la Ceni est-ce que vous n’êtes pas en train de bloquer le processus électoral?

Il s’agit de recruter un opérateur international. La Ceni a voulu passer par une méthode opaque pour recruter un opérateur logiciel, prendre le logiciel et après, venir faire le travail elle-même pour tronquer le fichier électoral. Sinon, la Ceni peut faire le recrutement de l’opérateur technique international en demandant de dérogation au Marchés publics et au ministère de l’Economie et des finances. Aujourd’hui, nous pouvons avoir les élections à bonne date, c’est-à-dire en ayant déroulé toutes les étapes du processus électoral. Il ne sert à rien de dire qu’on peut aller aux élections dans un ou deux mois. Ce n’est pas la volonté de quelqu’un qui commande la date de la tenue d’une élection. C’est l’aboutissement du déroulement du processus électoral depuis le jour 1 jusqu’au scrutin.

 

En mai dernier, la Ceni avait proposé un chronogramme de 235 jours. A l’allure où va le processus électoral est-ce que les législatives vont avoir lieu cette année?

C’est au sortir de l’atelier de Kindia, le 5 mai 2019, que la Ceni a parlé de 235 jours pour organiser les élections. Aujourd’hui, nous sommes le 8 août 2019 (cette interview a été réalisée jeudi). On a consommé plus de 100 jours déjà. Et la première opération qui va déclencher le jour 1, c’est la mise en place des démembrements. C’est quand la Ceni a ses représentants locaux qu’elle va pouvoir dérouler les autres opérations : la révision, l’affichage, la remontée des résultats, le réaffichage. L’opération d’installation des démembrements prendra fin le 9 septembre 2019. Cela veut dire que le jour 1 commence à partir de cette date. A partir de là, déroulez le chronogramme de 235 jours et déduisez à quelle année ça nous conduit !

 

Dans ce cas, les législatives seront organisées le 31 mars 2020. Mais est-ce que cela ne va pas jouer sur la tenue la présidentielle?

Quand la Ceni est impartiale, neutre et fait correctement la révision des anomalies du fichier électoral, les élections législatives seront organisées pendant le premier trimestre 2019. Ce qui est conforme d’ailleurs à la Loi électorale qui dit que les législatives se tiennent au trimestre précédent pour que les députés prennent fonction le premier jour de la première session ordinaire de l’année qui correspond au 5 avril. On peut bien avoir les législatives entre janvier et mars parce qu’on aurait fini avec les problèmes de fichier, de cartographie pour qu’on puisse organiser la présidentielle en fin 2020. Il n’y a pas de risque.

 

Constitutionnellement, les élections présidentielles de 2020 doivent avoir lieu en septembre. Dans ce cas, peut-on organiser les présidentielles juste 5 mois après les législatives?

Ça trouvera qu’en plus de ses  démembrements,  la Ceni a toute la logistique, un fichier assaini, des motos et des véhicules en bon état et ça va marcher comme sur des roulettes. Il s’agira d’organiser les élections présidentielles à bonne date.

 

Ne pensez-vous pas que ce débat au tour de la Constitution, à défaut d’aboutir, va nous conduire à un glissement de la présidentielle?

Par rapport à la présidentielle, nous ne sommes pas dans un glissement.  Les élections législatives  auraient dû être organisées avant la fin de mandat de l’Assemblée nationale qui siège toujours. A ce niveau, il y a un glissement que nous pouvons régler s’il y a la volonté politique du gouvernement.  Si la Ceni déroule, conformément à ses prérogatives constitutionnelles, les opérations sans injonctions du président de la République, je crois qu’il n’y aura pas de glissement en 2020.

 

En tant que membre du Front national pour la défense de la Constitution (Fndc) comment avez-vous accueilli à l’Ufdg la création de la Coalition démocratique pour la nouvelle constitution – Codenoc ?

Toutes les stratégies développées par la mouvance pour le tripatouillage de la Constitution afin d’octroyer un 3e mandat à Alpha Condé ont été rejetées d’emblée par les Guinéens. Si le Rpg Arc-en-ciel, majoritaire à l’Assemblée nationale, n’a pas pu pouvoir proposer ça aux guinéens, ce n’est pas des partis comme celui de Makanéra Kaké qui n’a que 2 conseillers sur les 7000 et l’Ufc d’Aboubacar Sylla qui n’a même pas eu 0,1 pour cent qui vont faire passer cela. Donc, c’est une Coalition mort-née qui ne nous fait ni chaud, ni froid.

 

Oubliez-vous qu’en 2010 c’est une coalition de petits partis qui avait fait gagner Alpha Condé?

C’est une fraude qui avait porté Alpha Condé au pouvoir et non une coalition. Sinon, la coalition Cellou Dalein était bien étoffée. Alpha Condé avait 18 pour cent au premier tour contre 44 pour Cellou Dalein.

 

Qu’envisagez-vous au sein de l’opposition face à la détention du leader du Bloc libéral depuis une semaine?

Du côté de l’Ufdg, les portes voix du parti se sont exprimés à commencer par le président ainsi que les vice-présidents Fodé Oussou Fofana et Chérif Bah. Nous condamnons fermement la privation des libertés  dont Dr Faya Millimouno fait l’objet aujourd’hui. C’est un leader responsable qui ne fuit pas. Il était sous contrôle judiciaire, il a voyagé et revenu. C’est vrai qu’il a porté des accusations contre le ministre de la Justice. Il parait que ce n’était pas le même Mohamed Lamine Fofana dont il voulait parler.   L’erreur est humaine. Il a assumé en tant qu’homme politique et a présenté des excuses. Si on était dans un Etat de droit, la procédure aurait pu continuer, mais on n’avait pas besoin de le priver de sa liberté. Mais aujourd’hui, ils veulent faire taire un opposant au régime d’Alpha Condé. Ils veulent intimider l’opposition en maintenant Faya en prison, je crois que des actions plus fortes doivent être menées du côté de l’opposition. Il est même interdit à nous députés de rendre visite à Dr Faya à la Maison centrale.

 

Est-ce là un signe prémonitoire d’une éventuelle répression d’opposants?

Avec M. Alpha Condé, nous avons une justice aux ordres de l’exécutif. Ce qui est sûr, nous n’allons pas nous laisser faire. Nous allons résister et n’allons pas accepter que nos droits soient bafoués dans ce pays.

 

Quelle est votre analyse des résultats des examens scolaires ?

C’est un chaos au niveau de l’éducation. Si dans un pays, pendant plus de trois ans et de façon récurrente, les enfants n’étudient pas plus de 5 mois dans l’année, personnellement, ça ne m’étonne pas. Dans un pays où on  alloue moins de 10 pour cent du budget national au système éducatif, on ne peut pas rendre performant l’éducation. Au sein du ministère en charge de l’éducation et dans l’administration de façon globale, les  nominations de cadres sont faites sur la base du militantisme politique. Cette année, on a pris de contractuels qui ne pouvaient même pas écrire leur nom pour enseigner à la place des titulaires qui étaient en grève. Comment voulez-vous qu’on avance avec ça ? Le ministre de l’Education et de l’alphabétisation, lui-même, avait un surnom dans les écoles où il avait enseigné. On l’appelait Tchiounè (…). Quand il disait qu’il n’avait pas les résultats, les résultats étaient déjà connus de tout le monde. Cela veut dire qu’il n’a aucune maitrise de ce qu’il est en train de faire. L’éducation est sacrifiée et, c’est l’une des conséquences de la mauvaise gouvernance dans notre pays.

Par Le Populaire