Bob Barry, journaliste à la radio Deutsche Welle
Bob Barry, journaliste à la radio Deutsche Welle

Bob Barry est journaliste au service francophone de la radio allemande Deutsche Welle.

En séjour à Conakry, ce jeune guinéen spécialiste de l’Afrique décrypte le sens de la culture de l’alternance au sommet de l’Etat.

Le Populaire: Comment vous sentez-vous à Conakry durant ce court séjour?

Bob Barry: Je suis content d’être ici. C’est un plaisir immense de regagner le bercail – même si j’y suis exclusivement pour des raisons professionnelles. J’ai la chance d’échanger avec des collègues journalistes de différents médias et d’animer une session de formation qui regroupe des jeunes guinéens travaillant dans différents secteurs de la vie socio-économique. Nous réfléchissions autour d’une stratégie de communication efficace pour susciter l’intérêt des médias parlés ou écrits – radios et télévisions ou des journaux – pour une meilleure visibilité des activités que mènent ces jeunes en Guinée.  Nous travaillions par ailleurs sur des opportunités qui s’offrent à cette jeunesse guinéenne dans la promotion de leurs idées créatrices de valeur ajoutée en utilisant de manière efficiente les médias traditionnels et les nouveaux médias tels que Facebook, Twitter, Instagram, Schapseed, etc. J’avoue que c’est une chance extraordinaire de pouvoir partager une telle expérience avec des jeunes guinéens résolument orientés vers un développement participatif dans tous les domaines de la vie sociale, politique et économique. La Guinée regorge d’énormes ressources humaine et économique, et sa jeunesse a besoin d’un accompagnement adéquat et régulier pour réaliser son rêve dans un pays qui possède de gigantesques potentialités naturelles et économiques.

Vous avez couvert récemment l’élection présidentielle au Sénégal, un pays cité au rang des meilleurs élèves de l’alternance au pouvoir en Afrique. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant cet événement très médiatisé ?

La maturité politique des Sénégalais. J’ai vu un peuple qui aime son pays et respecte ses institutions. J’ai pu observer également le jour du scrutin, des électeurs patients et  disciplinés qui avaient confiance en leur bulletin de vote, en leur voix qui sera comptée et non volée – malgré quelques dysfonctionnements. J’ai été impressionné aussi par le travail abattu par les organisations de la société civile – en amont comme en aval de l’organisation de la présidentielle – avec des moyens logistiques et des experts performants en matière de surveillance électorale. J’ai fait des reportages sur des jeunes sénégalais engagés dans différentes organisations non gouvernementales qui ont créé des plateformes de veille électorale pour contrôler le déroulement du scrutin et procéder à la remontée quasi instantanée des résultats de l’élection bureaux de vote par bureau vote. Ceci a permis de connaître les premières tendances 24 heures après le vote. Grâce à l’utilisation des nouveaux médias comme des sites web, les réseaux sociaux d’une part, les réseaux de correspondants des stations de radios et de télévisions, d’autre part, les Sénégalais pouvaient suivre sans heurts et sans violences post-électorales, les résultats du scrutin présidentiel. Ce travail a considérablement  empêché la fraude et toutes les velléités de confiscation du pouvoir. Je ne dirai pas que tout était parfait mais le processus électoral sénégalais est bon exemple en Afrique.

De quel œil percevez-vous le défi électoral en termes de transparence et de respect de la vérité des urnes en Afrique?

D’abord, il faut dire que l’Afrique est un vaste continent qui comprends plus de 53 Etats. Ensuite, l’Afrique du Nord est totalement différente de l’Afrique de l’Est, de l’Afrique de l’ouest etc. Il y a des régions du continent qui marquent le pas en termes de culture et d’alternance démocratique – c’est le cas de la plupart des pays d’Afrique centrale : le Cameroun, le Gabon, le Tchad – pour ne citer que ces pays. En Afrique de l’Ouest, en revanche, on a assisté ces vingt dernières années à des changements politiques intéressants – même la Gambie naguère considérée comme la Corée du Nord dans une sous région ouest africaine en pleine mutation démocratique a changé de main.   Mais il y a toujours quelques craintes de confiscation de pouvoir avec des sirènes révisionnistes. Il y a enfin des pays comme l’Afrique du Sud ou le Botswana qui connaissent une pratique démocratique tangible – même si en Afrique du Sud, le président Zuma a aussi déçu. Ce sont là des exemples parmi tant d’autres qui montrent qu’il est difficile de parler de l’Afrique comme un pays. Certes, il y a d’énormes progrès réalisés en termes de transparence et de respect de la vérité des urnes mais il y a aussi malheureusement de très mauvais exemples comme l’Ouganda, les Comores, le Soudan etc.

Vous avez eu l’opportunité d’échanger avec nos compatriotes sénégalais de toute classe sociale et de toute obédience politique et sociale. Que diriez-vous à ceux qui hésitent à céder le fauteuil présidentiel après l’expiration de leur mandat sur le continent africain ?

Lorsque qu’on est démocrate, on ne confisque pas le pouvoir. L’alternance au sommet de l’Etat donne un souffle nouveau à la démocratie. En politique, personne n’est assis dans un fauteuil de certitude. On a vu ce qui s’est passé en Algérie avec Abdelaziz Bouteflika. Le cas d’Omar el-Béchir est éloquent. Le pouvoir use.  Il faut savoir plier bagage et partir à temps. On dit que «le fleuve est tordu, il faut lui montrer le chemin»

Merci, Bob Barry.

A vous le grand merci. 

Par Le Populaire