Ministre de la Communication devenu farouche opposant depuis  son limogeage, ne rate jamais une occasion de dénoncer le régime en place. Dans une interview exclusive qu’il a accordée à Aminata.com, Alhoussein Makanéra Kaké parle entre autres: de la reprise de manifestation de l’opposition, le retard des élections communales et du règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Il invite également  les citoyens à défendre la Constitution contre toute tentative de modification en vue d’un 3e mandat d’Alpha Condé.

Aminata.com: l’opposition dont vous faites partie avait menacé de reprendre les manifestations après le mois de ramadan dont la fête a été célébrée dimanche passé.  Où en êtes-vous dans les préparatifs?

Alhoussein Makanéra Kaké:effectivement, nous avions dit qu’après le ramadan qu’on allait organiser des meetings dans les différentes communes de Conakry pour sensibiliser suffisamment la population. Les manifestations ne concernent pas seulement que les partis politiques de l’opposition, ça concerne tout le peuple de Guinée. Nous revendiquons dans l’intérêt de tout le monde.  C’est pourquoi, nous avons déjà constitué une commission d’organisation présidée par Bano Sow (UFDG) et tous les partis politiques de l’opposition sont représentés.

La commission a-t-elle identifié une date et un lieu pour le début des manifs?

La commission propose, mais c’est à l’issue de la plénière que les leaders décident. La commission a proposé l’organisation de la première manifestation à Kaloum. Mais, nous n’avons pas encore tenu la plénière pour décider.

A quand cette plénière?

Je crois que ça ne va pas tarder.

Par le passé, l’opposition  a organisé des grandes manifestations, mais cela n’avait pas fait fléchir le gouvernement. Qu’est ce qui vous garantit que cette fois-ci ça va changer quelque chose?

Je ne dis pas que nous sommes satisfaits à 100% des manifestations passées, mais c’est la première fois qu’Alpha Condé est sorti s’engager publiquement pour dire qu’il fera tout pour que les accords politiques soient respectés. En plus, la loi électorale a été votée et jugée conforme à la Constitution par la Cour constitutionnelle. Ça aussi, c’est un acquis.

Faut-il reconnaitre que la majeure partie des points de l’Accord du 12 octobre ne sont pas reconnus?

Nous avons dit c’est le tout ou rien. Déjà, nous considérons ce qui est fait comme un grand pas parce qu’ils sont d’accord pour la recomposition de la CENI, l’audit du fichier électoral et aujourd’hui nous sommes en train de travailler par rapport à l’indemnisation des victimes. Ce n’est pas Alpha Condé seulement généralement on dit que ‘‘le prince ne donne rien, on l’arrache’’. La démocratie, les droits de l’homme  ne sont pas des cadeaux, il faut les mériter. Alpha Condé s’il avait été président de la France, il aurait été plus démocrate que Hollande.  Malheureusement, les Guinéens ne sont pas préparés à la démocratie, il fait de nous ce qu’il veut.

L’une de vos revendications c’est la tenue des élections communales. On sait que cela est impossible cette année, pensez-vous qu’elles puissent avoir lieu en 2018?

La loi électorale a été jugée conforme à la Constitution par la Cour constitutionnelle, même si elle n’est pas encore promulguée. Mais qu’à cela ne tienne, je pense que c’est un grand pas vers l’organisation des communales.

Tantôt vous demandez l’organisation immédiate des élections, tantôt la réforme de la CENI. Pensez-vous que cela est possible?

Nous avons dit que nous sommes d’accord que les élections communales soient organisées par cette CENI avec le même fichier. La réforme que nous voulons au niveau de la CENI et l’audit du fichier électoral c’est pour les élections nationales parce que cela n’a pas assez d’impacts sur les élections locales. On a gonflé les électeurs de la Haute Guinée de manière que si vous gagnez dans cette région vous avez besoin d’un peu seulement pour avoir plus de la moitié des électeurs de la Guinée. Mais si c’est une élection locale, on comptabilise ce que chacun gagne dans la circonscription donc ça n’affecte pas les résultats des autres circonscriptions.

En procédant ainsi vous aurez cautionné d’une manière ou d’une autre le tripatouillage du fichier électoral.

Vous n’avez pas compris. Par exemple, si vous êtes tous candidats à Kankan même si on gonfle les électeurs en milliard, mais le nombre appartient à tous les partis en lice. Si Alpha Condé est majoritaire à Kankan lors des communales c’est pour la circonscription seulement, mais pas au-delà.

Aujourd’hui, le projet de règlement intérieur de l’Assemblée nationale qui consacre assez d’avantages aux députés suscite des polémiques. Quel est votre avis?

J’ai une analyse très différente de la plus part de nos compatriotes.  C’est exorbitant si les députés ne font pas leur travail. Je ne pense que 3000 c’est trop pour des députés qui travaillent normalement en Guinée. Mais s’ils ne travaillent pas, même 100 euros c’est de trop. Le rôle des députés c’est de voter le budget et de contrôler l’action du gouvernement.   Si les députés parvenaient à contrôler efficacement l’action du gouvernement et assurer la gouvernance financière et économique peut être que les fonctionnaires seraient payés 10 fois leurs salaires actuels. Pourquoi les gens sont choqués  par rapport à la demande d’une indemnité des salaires? Mais personne n’est choqué de voir les directeurs nationaux, régionaux distribuer des centaines des milliards. Chérif Haïdara,  patron de LONAGUI a offert des orchestres équivalents à 350 millions de FG à des préfectures et même à la RTG. Où il prend l’argent là? Une personne ne peut pas décider du sort de l’argent de l’Etat.

Vous soutenez donc les avantages prévus aux députés dans le projet de règlement intérieur du parlement? 

Si les députés jouent bien leur rôle, ces avantages ne sont pas de trop. C’est parce que le régime actuel a mis notre économie à terre, sinon un député guinéen  peut bel et bien avoir 3000 euros comme indemnités. Mais si l’Assemblée actuelle devient une caisse à résonnance pour Alpha Condé, je ne vois pas pourquoi on leur donnerait cet argent.

L’autre sujet qui défraie la chronique c’est une éventuelle modification constitutionnelle pour permettre à Alpha Condé de briguer un 3e mandat. Pensez-vous que c’est débat  à sa raison d’être?

Je pense que oui le débat à sa raison d’être contrairement à beaucoup d’autres. Quand un président est démocrate la question ne se pose pas. Mais celui qui a caporalisé toutes les institutions depuis qu’il est là n’a jamais posé un acte conforme à la Constitution. Même si Alpha Condé avait dit qu’il ne serait pas candidat c’est difficile de le croire. Surtout qu’il entretient l’ambiguïté tandis qu’on voit son influence sur la justice et sur l’Assemblée nationale. Mon frère Elhadj Mamadou Sylla patronat  a donné des milliards pour qu’Alpha Condé soit président.  Mon frère Sylla avait un contrat de bail de l’hôtel Kaloum avec l’Etat. Mais dès qu’il a signé une alliance avec Elhadj Cellou Dalein Diallo, le président de la République le lui a retiré pour donner à un autre. Il faut demander à Alpha Condé pourquoi l’hôtel ne finit pas. Nous avons appris que celui  qui a repris l’hôtel est arrêté et condamné à mort. Une personne qui gère l’Etat comme son bien privé et ses collaborateurs comme ses esclaves, il est difficile de lui porter confiance. Si Alpha Condé respecte la Constitution, ça me surprendra. S’il tente d’obtenir un 3e mandat, il ne me surprendra pas. Si j’étais son conseiller, je l’aurais dit d’aller écouter Dadis, mais souvent on pense que cela n’arrive qu’aux autres.  Au moment où Dadis disait «si je vais, je me présenter», Alpha Condé était là. Il est dans la même situation. Il a commencé par dire que c’est au peuple de décider. Alors qu’il sache que le peuple s’est déclaré dans la Constitution. Il faudrait donc que le peuple soit prêt pour défendre.

Qu’est-ce qu’il faut pour empêcher une modification constitutionnelle en Guinée?

Il faut une mobilisation de tous les Guinéens qui aspirent au bonheur et à la démocratie. Il faudrait que les gens comprennent que le seul problème de la Guinée c’est parce qu’il n’y a pas de démocratie.  Si c’était la démocratie, le président de la République ne pouvait  avoir un milliard et demi par jour pendant que le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) est de 400 mille. Le budget du ministère de la Communication est de 33 milliards de FG alors que le budget de la présidence qui se limite dans une cour était de 500 milliards de FG avant d’être ramené entre 350 et 450 milliards.

Quand vous parlez de ‘‘mobilisation’’ contre un 3emandat vous faites allusion à un mouvement comme celui de 2009 contre Dadis?

C’est plus que ça même. Le président de la République tire la légitimité et la légalité des actes qu’il pose de la Constitution. Le jour qu’il va dire que cette Constitution n’est rien c’est qu’il n’y a plus de président de la République  et aucune administration politique. En ce moment, la Constitution dit ‘‘agit qui peut’’. Et le peuple doit prendre son destin en main pour éviter un chaos.

Réalisée par Abdoul Malick Diallo

+224 655 62 00 85

dialloabdoul110@gmail.com

PARTAGER

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here