Mamadou Lamarana Diallo, préfet de Dinguiraye

Accusé d’avoir pris une décision qui n’enchante pas les populations de la préfecture, d’être toujours absent dans cette circonscription ou encore d’être un des commanditaires des violences post-électorales survenues dans la sous-préfecture de Kalinko.

Le Préfet Lieutenant-Colonel Mamadou Lamarana Diallo apporte des éclaircissements et dit être un citoyen d’honneur de la cité sainte d’Elhadj Oumar Tall de Dinguiraye.

Pour en savoir davantage sur toutes ces accusations et connaitre les réalités de cette préfecture notre rédaction lui a rencontré, le vendredi 8 juin 2018 à Conakry. Lisez cet entretien à bâtons rompus. (Exclusif) !!!

Aminata.com : Monsieur le Préfet Bonjour : vous venez de prendre une décision à Dinguiraye relative à la destruction des ralentisseurs qui pourtant ont été implantés en commun accord avec les autorités et les populations. Ce qui fait que cette décision fait des grincements de dents. Dites-nous les raisons ?

Lieutenant-colonel Mamadou Lamarana Diallo : Bonjour, je suis le lieutenant-colonel Mamadou Lamarana Diallo, préfet de Dinguiraye. En ce qui concerne la décision prise pour les ralentisseurs que certains mal intentionnés qualifient d’une mauvaise décision je ne suis pas d’accord. Je vais vous rappeler d’abord, que c’est en 2015 que le Président de la République, Pr Alpha Condé a octroyé 5 kilomètres de goudron à la commune urbaine de Dinguiraye. À ma prise de fonction, j’ai trouvé que sur les 5 kilomètres seulement deux et demi ont été bitumés et restaient deux autres et demi. Mais, toutes les machines de la société chargée d’exécuter les travaux avaient été enlevés pour une autre destination. Ce qui faisait qu’il y’avait assez de poussière pendant la saison sèche et la boue pendant la saison pluvieuse dans cette ville. C’est cette réalité-là qui m’a poussé de me battre corps et âme pour la relance des travaux. Et grâce au soutien du président nous avons obtenu gain de cause. La société est venue terminée les travaux.

A mon absence, pour des raisons de santé qui m’a conduit en France pour mon traitement ; j’ai trouvé qu’ils ont organisé une réunion qui a regroupé les acteurs de la société civile, les services de sécurité, les femmes leaders, le syndicat et certains cadres de la préfecture. Au cours de cette réunion, ils ont décidé de faire de cotisations pour mettre des ralentisseurs ; ce qui fut fait. Mais, le constat est qu’ils n’ont pas fait des ralentisseurs mais plutôt des soubassements sur la route et avec un nombre très élevé. Car, pour une distance d’au moins 3 kilomètres, ils ont fait plus de 50 ralentisseurs ; J’ai dit que c’est un sabotage, et qu’ils ne connaissaient pas combien coutait un kilomètre de bitume à l’Etat (plus d’un million de dollars). Et moi, en tant que première autorité de cette préfecture, je ne pouvais pas croiser les bras et laisser un groupe qui ne veut pas le bonheur des populations de Dinguiraye saboter ce travail. Certains véhicules étaient obligés d’emprunter les routes dans les quartiers pour éviter les ralentisseurs. Chose qui a amené les habitants de ces quartiers de creuser des fossés pour éviter eux aussi la poussière, donc c’était du n’importe quoi.

C’est pourquoi, j’ai convoqué tous les acteurs qui ont participé à la confection de ces ralentisseurs pour prendre la décision qui s’impose ; qui est celle de démolir ces ralentisseurs qui ne répondent pas aux normes au profit de ceux-là qui seront réalisés par la société qui a effectué le bitume. Parce que dans aucune des préfectures que nous traversons avant d’arriver à Dinguiraye on ne voit ces genres de ralentisseurs ; je veux parler de Coyah, de Kindia, de Mamou et de Dabola.

Mais ne craignez-vous pas d’accidents avant la réalisation des ralentisseurs qui répondent aux normes ? 

Si si, c’est pourquoi nous avons demandé à ce qu’une large sensibilisation soit faite au niveau de la radio rurale par les acteurs concernés. Ils doivent venir dire à la population qu’une certaines mesures viennent d’être prises notamment celle relative à l’excès de vitesse.

Et que toute personne qui sera prise par la police pour excès de vitesse paiera une amende et son engin doit être immobilisé pendant plus d’une semaine. Parce qu’à Dinguiraye certains roulent à tombeau ouvert ; d’autres avec surcharges. Parmi eux aussi, il y’a des orpailleurs dès qu’ils gagnent de l’argent dans les mines ils achètent des motos et se mettent à conduire alors qu’ils n’ont pas la maitrise de l’engin. Tout ça crée des accidents. Mais avec la nouvelle mesure prise suivie de sanctions, je crois que ces mauvaises pratiques vont cesser.

Peut-on avoir une idée sur la date des ralentisseurs professionnels pour Dinguiraye ?

Pour les ralentisseurs professionnels, nous allons former une délégation composée des acteurs de la société civile, de la sécurité et du syndicat pour aller à Dabola voir les responsables de la société Kaba Guiter qui viendront non seulement finaliser les travaux du bitumage mais aussi faire les ralentisseurs.

Depuis votre prise de fonction, dites-nous ce que vous avez pu réaliser à Dinguiraye ? 

Depuis que je suis venu à Dinguiraye, il y’a eu beaucoup réalisations. Je vais citer d’abord la rénovation et l’équipement du bloc administratif de cette préfecture qui a bénéficié plusieurs fois des financements de la part de la société minière de Dinguiraye (SMD) mais malheureusement qui n’avait jamais été réalisé par mes prédécesseurs ; ensuite, la réalisation à 70% de la route Sélouma-Kalinko bloquée depuis plusieurs années ; le déblocage des ristournes de la SMD suivi de la réalisation de 16 édifices de l’Etat cette année dont nous allons vous inviter à leur inauguration très bientôt ; à cela s’ajoute de la poursuite des entrepreneurs qui avaient bénéficié des actions avant mon arrivée et qui sont à leur finalisation.

Votre nomination a coïncidé à une crise au sein de la ligue préfectorale. Est-ce que vous avez pu régler cette crise ?

Il y’a de sérieux problème à Dinguiraye. À ma prise de fonction, je pensais que le problème était au niveau de la jeunesse. Mais, c’est par après que j’ai compris que le problème c’était au niveau des vieux même où il n’y avait pas d’entente. Heureusement, Dieu m’a donné les moyens et la force et au jour d’aujourd’hui les gens se parlent. Sinon, avant au niveau de la ligue chacun faisait ce qu’il voulait ; personne ne respectait son prochain. Pour confirmer ce que vous avez dit, lors d’une des prières de vendredi, on était à la mosquée le muezzin a fait l’appel, le premier imam ne s’est pas présenté, le deuxième également et même le troisième n’est pas venu ; il fallait qu’un autre vient diriger la prière ce jour.

C’est du jamais vu.

Oui c’est du jamais vu. Même moi, c’était ma première fois. C’est pour vous dire combien de fois il y’avait la haine entre eux. Mais, le secrétaire général de la ligue a promis de s’impliquer pour l’installation officielle de leur bureau.

On vous accuse d’être absent à Dinguiraye alors que c’est là-bas on vous a muté. Dites-nous les raisons de cette absence ?  

Moi je n’ai jamais été absent à Dinguiraye.

Si si, même moi je viens de séjourner à Dinguiraye au mois de mai  vous n’y étiez pas.

Peut-être ta venue à Dinguiraye a trouvé que j’étais parti pour mes soins à Paris. Sinon, je peux faire trois à quatre mois à Dinguiraye sans bouger. C’est vrai que j’arrive à me déplacer des fois. Mais ça aussi, c’est pour aller pour me soigner à l’étranger. C’est ce que les gens doivent comprendre. Car, je ne suis pas bien portant. J’ai fait un accident de circulation entre Kindia et Friguiadi lors duquel j’ai failli mourir. Donc, suite à cet accident je suis en train de suivre un traitement à long terme du côté de Paris et non pas ici en Guinée, parce que c’est un problème de cœur.

Lorsque le rend-vous arrive, il me faut obligatoirement aller. Et je dois préciser que je dois aller en France à chaque trois mois pour mon traitement, parce que ma santé avant tout.

Parlons maintenant de la situation de Kalinko. Après les élections communales du 4 février, l’on a déploré la perte en vies humaines et assez de dégâts matériels considérables dans cette sous-préfecture. Où en somme nous avec ce dossier dont vous êtes accusé dans cette affaire ? 

La situation de Kalinko se trouve du côté de Faranah (Région administrative), nous nous n’avons pas la main mise sur cette situation. Elle est à la disposition de la justice ; même-moi si on m’appelle aujourd’hui je vais aller répondre et donner ma version des faits. De toutes les façons, je déplore ce qui est arrivé dans cette sous-préfecture et je prie Dieu qu’il accueille dans son paradis les enfants qui sont restés dans l’incendie.

Les enquêteurs continuent à mener leurs investigations ; ils ne nous ont pas informé qu’en est-ce ils vont tenir le jugement. En tout cas, il y’a eu beaucoup d’arrestations. Et c’est à la Justice de dire qui est coupable et qui ne l’ai pas. Mais, je vais vous dire qu’on ne devrait pas enregistrés d’incidents à Dinguiraye à cause de ces élections parce qu’on a fait des sensibilisations dans presque toutes les sous-préfectures pour éviter un quelconque affrontement avant pendant et après les élections. Mais malheureusement nous n’avons pas eu la chance d’aller à Kalinko procéder à une sensibilisation.

Pourquoi ?

Ce n’est pas parce qu’on ne voulait pas. Mais c’est Dieu qui ne nous a pas donné la chance d’y aller. Parce qu’à chaque fois qu’on se programmait pour aller à Kalinko soit on nous appelle à Faranah ou une mission arrive à Dinguiraye. C’est seul l’incident de Kalinko qui a mis nos efforts à l’eau sinon Dinguiraye n’allait pas enregistrés des violences post électorales.

Pourtant, nous avons déploré des incidents survenus à Gagnakaly puis à Banora et Diatiféré ?

Si vous avez vu que dans ces sous-préfectures il n’y a pas eu d’affrontements, c’est grâce à nos sensibilisations. Sinon on allait enregistrer assez de dégâts.

Autre incident malheureux enregistré cette année à Dinguiraye, c’est celui de Tinkisso. Je crois que vous n’y étiez pas à Dinguiraye en ce moment. Où plus de 200 cases sont parties en fumée. Est-ce le village continu a bénéficié d’assistance ? 

Effectivement, l’incendie de Tinkisso a trouvé que j’étais à Paris pour mon traitement. Mais je saisis l’occasion pour remercier toutes les personnes de bonnes volontés pour leur assistance sociale et particulièrement ceux de Dinguiraye qui, cette fois ci pour la première fois ont conjugué le même verbe. Ils sont partis ensemble pour assister les citoyens sinistrés. Je remercie également le Président, Pr Alpha Condé qui a dépêché une délégation conduite par le Gouverneur de la région de Faranah pour assister les victimes. Mais, je tiens à dire que malgré tous ces efforts, il reste encore à faire parce que les citoyens de ce village sont en manque de forages. C’est d’ailleurs une des raisons de ces nombreux dégâts. Donc, nous sollicitons une assistance dans ce sens pas seulement pour Tinkisso mais pour tous les villages qui sont dans le besoin.

Aujourd’hui quelles sont vos priorités pour le développement de Dinguiraye, où pratiquement tout est urgent ?

Ma priorité pour Dinguiraye, si les détracteurs me laissent tranquille, c’est de me battre corps et âme pour le développement de cette ville avec le soutien bien sur des personnes de bonnes volontés et surtout des cadres que regorge cette préfecture. D’abord, ma première priorité c’est de chercher à relancer avec le nouveau ministre des Travaux Publics les travaux de la route Dinguiraye-Lansanaya-Gagnakaly dont la pose de la première pierre a eu lieu depuis le 5 novembre 2017 par l’ancienne ministre des TP Mme Oumou Camara. Ensuite, comment faire la route Dinguiraye-Diatiféré ; celle de Banora-Boukaria pour que la préfecture soit désenclavée.

En ce qui concerne, le tronçon Bissikirima-Dinguiraye, c’est de voir avec la société minière qui exploite de l’Or en commun accord avec la population afin que cette société cesse de donner des muettes à la Préfecture mais qu’elle bitume cette route. Parce que chaque année cet argent est détourné. Mais tout ça ne peut se faire que si les populations m’accompagnent dans ce combat sans me diffamer. Parce que pour certains, il faut que je sois là pour assister à des cérémonies de baptême ou de mariage pour qu’ils me regardent. Ce n’est pas ça qui va développer une localité. Et ce n’est même pas le rôle d’un préfet. Le préfet doit être sur le terrain. Il doit chercher des projets à travers le gouvernorat, les départements pour pouvoir développer sa préfecture.
Qu’est-ce que vous demandez à la population ?
C’est de rester ensemble, laissez la politique de côté et voir l’avenir de la préfecture de Dinguiraye. Parce que Dinguiraye a tout, Dinguiraye a tout mais Dinguiraye n’a rien.

Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? 

Dinguiraye a tout, c’est-à-dire que vous avez des intellectuels, vous avez des érudits, vous avez des ressources naturelles, mais sur le terrain il n’y a rien. C’est raison pour laquelle j’ai demandé à l’ONG Dinguiraye Action que dirige Boubah Gueye d’aller réunir les gens de leur préfecture pour qu’ils conjuguent le même verbe et sortir cette ville de l’ornière. Monsieur M’Böh laissez-moi vous dire, les gens ne s’aiment pas chez vous. C’est là-bas que tu verras quelqu’un qui n’aime pas le bonheur de son prochain. Certains ne souhaitent voir que leurs prochains dans la misère, là ils seront d’accord avec lui. Ce n’est pas normal, cherchons tous à combattre cela pour le bonheur des populations de cette préfecture. Moi en tout cas, je ne suis pas parti là-bas pour diviser les gens ou pour faire du mal aux gens ; je suis parti pour assurer la mission que le Président de la République m’a confié qui est celle de réunir tout le monde et travailler pour tout le monde sans parti pris. Il faut être un homme croyant, c’est Koubia que j’ai quitté pour aller servir à Labé où j’ai fait 5 ans sans que Conakry ne vienne intervenir pour un quelconque problème. Donc, pour moi Dinguiraye est cette préfecture où tout le monde vient pour chercher des bénédictions. C’est pour cette raison je souhaite même construire au moins trois chambres à Dinguiraye et laisser là-bas lorsqu’on va me muter ; une façon de dire aux gens que je suis guinéen et Dinguiraye c’est chez moi.

Donc, on peut vous appelez citoyen d’honneur de Dinguiraye ?

  
Pourquoi pas.

Merci d’avoir répondu à nos questions Monsieur le Préfet. 
C’est à moi de vous remercier surtout pour le combat que vous ne cessez de mener pour Dinguiraye.

Propos recueillis par Oumar M’Böh pour aminata.com 

+224 622 624 545/666 369 744

mbooumar@gmail.com 

 

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