Mais en septembre dernier, le Sénat libérien a préféré l’empressement en adoptant deux projets de loi. Le premier établissait la compagnie nationale du pétrole (National Oil Company of Liberia, NOCAL) en tant qu’entité commerciale et le deuxième définissait la nouvelle réglementation pétrolière. Mais ces projets de loi se sont heurtés à l’opposition de la chambre basse du parlement, dont les membres ont dénoncé l’absence de consultations.
L’approche prudente des élus est en phase avec l’opinion publique. La société civile libérienne s’est en effet majoritairement opposée aux projets, reprochant à Robert Sirleaf, le fils de la Présidente et patron de la NOCAL, d’avoir poussé les sénateurs à les adopter.
Silas Siakor, Directeur du Sustainable Development Institute, une ONG libérienne qui fait campagne en faveur de l’exploitation judicieuse des ressources naturelles, estime que « M. Sirleaf et ses collègues de la NOCĄL étaient totalement opposés à l’idée d’une contribution des citoyens [au projet de loi]. » Aculé, M. Sirleaf a démissionné de son poste de directeur de la NOCAL et de celui de conseiller de la Présidente.
Les élus et la société civile ont donc remporté la bataille en poussant le gouvernement à rouvrir un processus d’élaboration de la législation pétrolière. Le gouvernement a aussi lancé une campagne d’explication des projets de loi en question. Un des principaux points d’achoppement concerne l’allocation de 5 % des recettes pétrolières à des projets sociaux. Pendant la campagne, à Saniquellie dans le comté de Nimba, les citoyens ont exigé que cette allocation soit fixée à 10 % au minimum.
Ils ont également refusé d’accorder à la Présidente le pouvoir de nommer les dirigeants de la NOCAL, préférant que cette prérogative soit dévolue aux membres du Parlement. Ils ont encore exigé que les compagnies pétrolières soient tenues de mettre en place une raffinerie de pétrole dans le pays afin de créer des emplois.
Les analystes estiment que le gouvernement prendra sans doute en compte ces nombreux avis. Global Witness, une ONG qui milite pour plus de transparence dans la gestion des ressources naturelles, affirme que le Libéria a besoin de politiques appropriées. Le secteur pétrolier libérien pourrait devenir « l’un des secteurs les mieux gérés du continent et même du monde », estime l’ONG.
Par Kingsley Ighobor, Afrique Renouveau pour Aminata.com
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