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À la découverte de Mon Père le Champion cycliste !


Figure 1 Mamadou Niane avec sa Coupe PDG
Mamadou Niane
Champion de Guinée du Cyclisme
Coupe PDG – 1963

« La nouvelle fédération guinéenne de cyclisme (après l’Independence) était composée des messieurs Mady bleu, Thiam Ahmadou, Babacar Ndiaye, Abou Camara et d’autres anciens. »
Par Mamadou Niane – 32 fois champion du cyclisme durant sa carrière.

Lorsque le Cyclisme guinéen régnait en Afrique occidentale
Comment rédiger sur son père sans être impartial ? Comment maintenir une objectivité dans cet essai ? Pourrais-je satisfaire à cette règle lorsqu’il s’agit de faire découvrir mon père aux lecteurs ? Même si je me servais pour tremplin un sport qui est le cyclisme ? Un sport qui souvent est relégué sur les dernières pages des journaux africains.
Pour cela, il me faut un certain recul pour examiner son parcours athlétique. Que sais-je de sa jeunesse ? Faut-il chercher ailleurs pour s’étendre sur un sujet que je ne connais pas et qui pourrait ne pas intéresser les lecteurs ? La réponse fut un oui. Car, pour découvrir mon père et ses amis, j’ai décidé de scrutiner, le sport qu’il a pratique, le service qu’il a rendu dans ce pays avant et après l’indépendance de la Guinée, je négocie le parcours de cette génération de cyclistes des années 50 pour leur exprimer une reconnaissance. Ceux qui reconnaitront leurs parents à Conakry, en Côte D’Ivoire, ou au Burkina Faso (Haute-Volta) voudront bien contribuer en leur manière. Je les invite à participer à l’enrichissement de cet article en m’écrivant en public ou en privé. Car, je suis certain, mon père sera heureux d’avoir les nouvelles de ses coéquipiers.
Alors, je dédie cet essai aux amis de mon père aussi, certains ne sont plus de ce monde, d’autres sont dans leur quatrième âge, ils ne pourront pas lire cet article. Aux lecteurs de bien vouloir leur transmettre que finalement un article a été rédigé sur leurs efforts courageux et leur amour pour le cyclisme guinéen.
Je le dédie aussi à mon père qui a suscité ma fascination pour le cyclisme même si je n’ai jamais eu la chance de lui demander sur ses exploits sportifs.
Je choisis de rédiger sur le cyclisme, parce qu’au mois de janvier tous les yeux étaient fixés sur la Coupe d’Afrique des Nations 2020 au Cameroun, ce sport roi qui est le football. Pendant des semaines, rivés sur nos petits écrans, nous voyions les drapeaux des pays qualifiés, que de beautés ? Cette coupe d’Afrique nous a offert des surprises tout au long de la compétition. Tantôt il nous a fait sauter de joies, quelquefois nous avons pleuré de l’échec désespéré de notre équipe favori.
Au moment où la coupe d’Afrique des nations 2022 couronnait les vainqueurs sénégalais composes de footballeurs avec des noms comme Diallo, Kouyaté, Sidibé, je ne pouvais que penser à mon père Mamadou Niane qui est né au Sénégal, mais qui par le destin de ses parents n’a servi que sous la bannière guinéenne. Il le fit en représentant la Guinée d’avant et après l’indépendance aux compétitions africaines du Cyclisme. Il a été l’un des champions qui ont marqué les grands moments de ce sport en Afrique occidentale avec les Ivoriens Konakon Kouamé, Vincent Azaud, et plus tard le Camerounais Joseph Kono.
Je me suis servi de photos et écrits de mon oncle Abdoulaye Niane, des interviews écrites à mon père, des archives et des publications des journaux français, les encyclopédies et les centaines de sites internet sur le cyclisme.
J’espère que l’expérience de mon père servirait à tous, non pas pour devenir des champions cyclistes, mais pour apprendre les leçons de la vie, pour nous défaire des excuses, pour surmonter les adversités malencontres, pour nous tenir à point contre la compétition, simplement pour nous permettre d’accomplir nos objectifs. Si vous êtes fatigués au retour d’une journée de travail, pensez pendant une minute au cycliste qui a 60 kilomètres de Conakry à pédaler pour retrouver ses enfants et sa femme dans un pays qui était encore mal éclairé.
Allons-y ensemble, allons à la découverte de mon père, allons à la découverte du cycliste qu’il a été, allons voir les exploits du champion qui dans son cœur demeure tout simplement un père et un grand-père.

Mon père le champion que je n’ai jamais vu sur un vélo ?
Je n’ai vu aucune des compétitions de mon père. Avant mon troisième anniversaire dans ce monde, il avait déjà abandonné ce sport. Mais, j’ai grandi avec des maillots, des objets et des souvenirs du cyclisme dans notre maison. Ici un vélo d’exercice (Home-trainer) de couleur jaune et là un autre plus court qui arborait du bleu sur ses rouleaux. J’ai aussi vu et même porté des maillots rouge, jaune et verts du cyclisme avec plusieurs poches devant et curieusement d’autres sur le dos qui y sont pour mettre des boissons et des collations.
J’ai lu souvent sur l’histoire du cyclisme français, des journaux étrangers et africains qui portaient sur le cyclisme en plus des albums photos et des trophées qui couronnent des victoires de mon père. Je me rappelle les photos de mon père qui recevait des fleurs de la main d’un responsable politique ou sous son bras un trophée sur vélo (voir photo ci-haut). Plus tard, certains de ses trophées ont aussi servi à couronner les équipes de football victorieuses dans notre quartier de Dixinn.
Pendant que je cherchais d’anciennes photos de mon père, je me suis attardé sur quelques photos des cyclistes en noir et blanc. Je reconnaissais des corps maigres qui résultaient de l’effort d’endurance prolongée des muscles de ces jeunes athlètes. Certains exhibaient joyeusement un regard admirateur envers celui qui tenait sa coupe.
Mon frère ainé Ahmadou et moi étions chargés de polir ces trophées pendant les fêtes religieuses et nationales. Un travail qui ne demandait qu’un peu de cendres de cuisine, quelques citrons, deux ou trois torchons, nous frottions les coupes, ajoutions un peu d’eau de puits, y frottais quelques citrons, et voilà qu’elles reprenaient leur vibrante couleur de bronze.
La coupe est de Jeanne D’Arc avec autour trois hommes de sciences Archimède (Homme de sciences), Esculape (Dieu par excellence de la médecine gréco-romaine) et Homère (Poète grecque) sur chacun des 3 côtés. Le décor ne pouvait être complet sans la coupe du PDG qui devint un pot de fleurs qui contenait des roses sèches décorées de ses éternelles guirlandes de Noël. Certains amis en Guinée les ont vus, touchés et admirés pour leurs beautés artistiques et leurs valeurs historiques pour le cyclisme guinéen.
Lorsque j’ai commencé à écrire cet article, mon cerveau créa ce qui n’existe pas. Tantôt des mirages des narrations des compétitions, ou je rêvais de mon père sur son vélo de course en train de sprinter sur ce qui semble être les rues de Conakry. Je le voyais aussi participer à des compétitions comme le tour de Côte D’Ivoire. Au réveil, le matin, je me rendais compte que mon rêve n’était que le résultat de la conversation avec mon oncle Abdoulaye Niane ou les lectures des archives sur les tours de France ou D’Italie.
L’histoire du Tour de France (Le Cyclisme français)
Le célèbre tour de France a été lancé en 1903 par Henri Desgrange et Géo Lefèvre pour augmenter la vente de leur journal sportif « l’Auto -Vélo ». Non seulement ils ont eu ainsi des nouvelles à écrire sur les 6 étapes de 2,624 kilomètres, mais ils se sont aussi assuré une vente continue du journal. Quelle idée géniale ? Le rêve de tout marketeur est de se créer un marché et des clients loyaux qui n’ont d’autres choix que de consommer les produits qui leur sont offerts. Car, la demande quotidienne de savoir sur les résultats de chaque étape et les évènements qui les ont accompagnés pendant le parcours.
J’aimais particulièrement lire le livre d’histoire du cyclisme qui comprenait, le Tour de France, d’autres compétitions européennes et leurs vainqueurs. Je lisais le profil des champions des tours de France, du tour D’Italie ou de celui d’Espagne. Je me rappelle particulièrement Jacques Anquetil, tout simplement parce que c’était la première photo en couleur dans le livre. Ce champion du tour de France était sur un virage très proche du photographe, car on pouvait voir sur son maillot jaune trempé de sa sueur des dents serrées et les muscles contractés de ses jambes qui pressaient les pédales avec un dos un peu courbe pour accélérer le flot de l’air.
D’après une étude effectuée par Inside Science, les cyclistes professionnels qui participent au Tour de France parcourent en moyenne 177 km par étape. Selon mes propres calculs en 2021, le tour de France était de 3,383 km reparti en 21 étapes et chaque étape était en moyenne de 161 km. Avec une telle distance, un cycliste brule 6,070 calories par étape. Afin d’avoir une idée plus claire sur ce nombre de calories consommées, Inside Science a fait un comparatif avec des aliments de tous les jours ; ce qui correspond à : 32 donuts à la fraise, 9 burgers de McDonald, 20 parts de pizza, ou encore de 242 carottes.
Même si le cyclisme est individuel, il se gagne en équipe, non seulement l’effort individuel à fournir est énorme, l’exécution des stratégies par chaque coéquipier est aussi d’importance. Car la coordination des sprinteurs, des grimpeurs, contribue à la performance de l’équipe. Bien sûr des coéquipiers qui font la navette entre le véhicule de l’équipe et le peloton pour transporter des boissons et des mangers ne peuvent être ignorés. Chaque équipe possède une stratégie d’attaque, de contre-attaque, de poursuite, d’échappée selon la topographie de l’étape, la température et la météo du jour.

Cyclisme en Afrique de l’Ouest
Avec la pénétration et l’expansion française en Afrique de l’Ouest, le vélo fut aussi introduit en Guinée. Le nouveau mode de transport était mieux adapté aux déplacements sur les sentiers ruraux de nos pays. L’usage de l’automobile n’était pas encore prédominant. Selon le site l’histoire du vélo : ici et ailleurs le peuple mandingue appela cet outil de déplacement « nèguèso » ou « Néso » ce qui veut dire le « cheval en fer ».
La marque Peugeot sera l’unique compagnie à établir une usine de montage des vélos à Bobo Dioulasso, faisant ainsi de ce pays, l’un des plus attachés au vélo et bien sûr à nous offrir des champions cyclistes aussi.
Les colonisateurs français qui déjà étaient des habitués de la course cycliste en métropole, nous apporta aussi l’un de leurs sports préférés, alors l’Afrique noire s’ajoutait ainsi à ce nouveau sport comme le furent les Magrébins avant eux. Par exemple le Tunisien Ali Neffatti qui n’avait que 18 ans en 1913. Il a été le premier Africain à avoir participé à la Grande Boucle à un autre nom du tour de France. N’ayant pas de casquette traditionnelle en cuir, Ali porta une chéchia « Fez » sur la tête, une authenticité à applaudir.
Ce nouvel engin en Afrique de l’Ouest fut bénéfique aux populations non seulement du point de vue de déplacement, mais aussi de celui de la santé. J’ai récemment vu un reportage de course à vélo en zone rurale entièrement composée de femmes au Burkina Faso habillé en pagnes colorés ou en pantalon.
Et vint le Cyclisme Guinéen
Mon oncle Abdoulaye Niane, qui n’a ménagé aucun effort pour m’offrir sa contribution pour cet article, écrit : « Une partie importante de l’histoire du cyclisme guinéen en effet est due à un homme dont la contribution et l’accompagnement ont sans aucun doute concouru au développement de ce sport en Guinée. Il s’agit de monsieur Péronne qui était le propriétaire de la Plage Péronne et du cinéma REX. Ladite plage s’étendait du port de pêche actuel de Boulbinet jusqu’à la proximité de l’hôtel de l’indépendance y compris une partie de l’actuel Palais Mohamed 5 ».
Par ses connaissances du cyclisme guinéen, il m’expliqua que monsieur Péronne était devenu le principal organisateur et le soutien financier des courses en Guinée. « Il payait différentes primes aux meilleurs rouleurs – grimpeurs – sprinteurs – le Vainqueur avait en plus de son enveloppe soit un vélo, une mobylette ou un autre prix ». Mon oncle Abdoulaye me dira que c’est « l’influence positive du parrainage » de monsieur Péronne qui a sans aucun doute contribué à l’épanouissement de ce sport dans notre pays avant l’indépendance.
Les moments glorieux du Cyclisme guinéen
Mon père a commencé le cyclisme en 1952 à l’âge de 18 ans, sa motivation pour ce sport vient de son père qui a été champion cycliste au Sénégal. D’après les conversations de famille qui m’ont été rapportées, mon grand-père grandissant au Sénégal, aimaient le vélo et auraient gagné deux courses le même jour : il a remporté la course de vitesse dans la matinée et celle de fond dans l’après-midi. Après ces deux victoires successives, il fut connu du grand public sous le sobriquet de « Aly Vitesse, Aly fond ».
Le grand-père s’engagea à offrir un soutien sans faille à son fils qui suivit son sport préféré avec bien sûr les bénédictions de la maman. Même si au début mon père Mamadou Niane n’avait pas de sponsor, il eut des personnes-ressources qui soutenaient les cyclistes talentueux. Les jeunes athlètes qui étaient des amoureux de ce sport se retrouvaient pour le plaisir, plus tard ils bénéficièrent de l’accompagnement de commerçants et des chefs d’entreprises guinéens.
Les novices s’ajoutaient aux ainés, ce qui leur permettait de créer, une équipe active composée des messieurs Abou Bolondji, Dioubaté, Thiam, Lansana, Barry, Chérif, Bella et bien d’autres. Ces athlètes allaient à l’entrainement 5 jours par semaine (souvent du lundi au vendredi) afin de pouvoir participer à la compétition du dimanche qui était devenu le jour de course.
Après, la compétition, sans répit, les cyclistes reprenaient les entrainements le lendemain pour la course suivante.
Pendant mes échanges avec mon père, il m’a écrit qu’il s’entrainait seul, il rencontrait souvent d’autres coureurs à la sortie de la ville sur les routes non bitumées du pays. Les entrainements le portaient de Conakry – Coyah pour une distance totale de 100 kilomètres sur vélo (50 km x 2), ils leur arrivaient de partir jusqu’à Kouria. Une vivide réalité de programme d’entrainement des cyclistes amateurs en guinée et peut-être en Afrique occidentale française.
Les courses les plus populaires étaient celles du 14 Juillet et du 11 novembre toutes deux des Fêtes françaises qui invitaient plus de sponsors. Les spectateurs venaient nombreux au rendez-vous pour supporter les cyclistes. Par exemple, la première compétition de longue distance en 1952 avait été organier à partir de Conakry pour une distance 1,200 kilomètres à parcourir pendant 11 jours sur des routes non bitumées, mais praticables.
Le cyclisme guinéen a eu ces années dorées, ce sport était si populaire en Guinée qu’il prenait l’attention de toute génération, toute une population. Un sport pour lequel, les Guinéens quittaient leurs besognes pour aller sous la chaleur, regarder et applaudir les cyclistes.
Souvent les cyclistes passaient en éclair, certains spectateurs venaient supporter leurs idoles, d’autres étaient des membres de familles. Quelques rares femmes avec des seaux d’eau attendaient le passage de leurs époux, dans un élan que seule une épouse pouvait faire, elles s’assuraient un jet sur leurs époux et sur quiconque serait à côté leur donnant ainsi une fraicheur temporaire qui disparaissait presque à l’immédiat à cause de la chaleur et de l’humidité dans ce pays tropical.
Ce geste mêlé aux cris d’encouragement et aux applaudissements de la foule donnait un peu d’énergies sur les muscles pour encore pédaler un peu plus, un peu plus fort, un peu rapide, car, tout au long des rues, le guinéen dans sa gentillesse légendaire jetais aux cyclistes soit une orange ou une banane qui était rattrapée à la volée… ou ainsi, je m’imaginais.
Mon oncle Abdoulaye atteste « qu’en cette période les spectateurs sortaient massivement tout au long du trajet – l’aéroport Gbessia – à l’arrivée au monument des martyrs à Kaloum ! » Il ajouta que « ton père était le chouchou de monsieur Péronne, après chaque victoire, c’est son véhicule qui le ramenait à la maison et mon oncle [Abdoulaye] qui avait le privilège de ramener le vélo du champion à la maison. J’ai eu le privilège de suivre plusieurs courses dans le véhicule des dirigeants de la [fédération guinéenne du cyclisme] ou à moto du départ à l’arrivée ».
À ma question de savoir « Quelles sont les compétitions qu’il aimait ? », mon père me donna une réponse que je trouve plus diplomatique. Il me dit que « toutes les courses pour moi étaient plaisantes », car le public était toujours au rendez tout le long du trajet jusqu’à l’arrivée. Le cyclisme semblait être le « Sport Roi » en Guinée qui tenait au même titre que le football, j’assume à cause de sa structure organisationnelle et surtout de ses sponsors qui étaient devenues des supporters réguliers des athlètes, encourageait les jeunes à pédaler. Mon père ajouta que « Toutes les courses et victoires étaient faciles pour moi, car j’étais persuadé de terminer en première ou deuxième place sauf en cas de blessure ».
Un matin, je trouve le courriel de mon oncle Abdoulaye qui commence comme suit « Tu te souviens de la coupe [de mon père] qui faisait office de pot de fleurs dans le salon ? Eh ! bien ! elle a une histoire très intéressante.  En effet après une course Conakry – Forécariah que ton père a remportée avec près d’une heure en avance sur second compétiteur, les responsables de la fédération du Cyclisme trouvèrent un moyen de le disqualifier de sa victoire pour en faire le second, sous prétexte qu’il s’est fait aider pour gagner ».
Mon père aurait alors pris la décision de raccrocher définitivement. Le conflit est parvenu au président Sékou Touré qui après enquête a ordonné que la course soit reprise, mais cette fois le parcours aura lieu à Conakry. Les cyclistes feront 25 tours de Conakry depuis Kaloum en passant par les corniches Nord et Sud – Koleah – Madina – Dixinn – Camayenne – monument aux morts – Ignace Deen (ancien Hôpital Ballay) – Corniche avec l’arrivée dans l’enceinte du Stade du 28 septembre. Le président Sékou Touré était présent dans les tribunes. Cette course fut sponsorisée par la République de Tchécoslovaquie représentée par son ambassadeur accrédité à Conakry.
Le vainqueur fut encore « ton Papa ». Après une allocution le président Sékou Touré procéda à la remise de la COUPE PDG.
« Sans oublier son fidèle ami Djiby Bocoum qui vous a vu grandir et qui était de toutes les compétitions de ton père, l’accompagnait sur sa moto ou en voiture de service. » Il lui arrivait aussi de le supporter pendant ses entrainements. Les deux amis vivent encore à Dixinn sous le poids de l’âge et de la sagesse.
Mon grand-père me dit qu’on était un fervent supporter de son fils et le resta tout au long de sa carrière. Il était connu de tous ceux qui jonchaient la route de Madina pour voir passer les cyclistes, dont son fils, il avait constamment son chapelet en main et pour cette raison, les observateurs disaient qu’il était aussi son marabout. Après le passage de son fils, il revenait à la maison très fière et annonçait que mon fils a gagné encore.
L’avènement de l’Independence et le Cyclisme en Guinée
J’ai assumé qu’à l’avènement de l’indépendance, en 1958, la Guinée avait automatiquement entrepris de recruter ces cyclistes à son compte dans une fédération du cyclisme, mon père me répondit que « Malheureusement NON ! car la fédération n’était pas structurée, mais composée d’anciens cyclistes accompagnés par personnes de bonne volonté », ce qui j’admets être difficile pour tout pays nouvellement indépendant avec des prérogatives structurelles et politiques qui sont souvent plus urgentes que les besoins sportifs.
La nouvelle fédération guinéenne de cyclisme était composée des messieurs Mady bleu, tonton Thiam Amadou (l’époux de ma tante Hadja Yayeh Niane, Jumelle de Tonton Tamsir), Babacar Ndiaye, Abou Camara et d’autres anciens.
Je me souviens des tontons Bah Bella et de Santa Maria, je suis certain qu’ils y avaient d’autres, que je ne connaissais pas, une autre question à mon père me permit de découvrir « les cyclistes Lansana et Dioubaté tous deux de Conakry – et bien d’autres coéquipiers. »
Mon père me cita les marques suivantes : « Métropole, Griffon, Peugeot, et Motobécane ». Toutes ces marques sont des entreprises françaises.

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Les inquiétudes de ma mère
Ma mère, Mariama Diallo, parlait rarement du cyclisme et surtout de l’expérience de mon père. Alors, lorsque, j’eus la chance de l’avoir avec moi à Londres, chaque soir, je devais trouver un sujet de conversation, cela me permettait de recueillir des récits sur la famille. Mais, elle ne parlait pas des scènes de compétitions de mon père, mais plutôt de la vie d’un jeune couple et des soucis quasi permanents d’apprendre que mon père a eu un accident pendant ses entrainements et durant ses compétitions.
À ce sujet, je demandais à mon père s’il a eu des chutes, sa réponse fut : « oui, j’ai été victime de deux chutes : la première était lors de la course organisée pour l’installation de la Compagnie française de l’Afrique occidentale (CFAO) en Guinée. La chute est intervenue après une collision au rondpoint de l’hôpital Ignace Deen (ancien Hôpital Ballay). Cette collusion de plusieurs cyclistes du peloton dans un virage fut massive par son nombre. Le deuxième pendant a eu lieu pendant une course de Conakry à Forécariah ». Ces chutes ne l’empêchèrent pas de continuer les compétitions jusqu’au bout, parce qu’il aurait reçu des soins des médecins. Il me dit que je cite « j’ai terminé la première course et gagné la deuxième ».
C’est au tour de mon oncle Abdoulaye d’apporter des contextes sur la suite de ce récit. « …pour la petite histoire, Ibrahima Niane (le cadet de mon père) qui aussi était un cyclisme, profita de cette fameuse chute pour tourner la course à son avantage. Lorsque le peloton a chuté au rondpoint de l’hôpital Ignace Deen où tous les favoris étaient à terre, mon oncle Ibrahima Niane en a profité pour gagner la course même s’il a failli se faire rattraper par son grand frère (mon père) juste à quelques centimètres de l’arrivée. »
Je comprends cette volonté de mon oncle Ibrahima à donner sueurs et souffles pour remporter la victoire ce jour, dans cette compétition fraternelle, peu importe le rang de naissance, le cadet découvre son étoile qui brille, son cerveau pompe alors plus d’adrénalines qui commande les muscles, qui s’excitent et font appellent à son caractère qui lui est propre de finalement réaliser que son rêve de devenir le champion ce jour lui appartient, que les Dieux du cyclisme lui ont ouvert le soleil de la victoire. Pour cela quelques soient les pulses des nerfs et les contractions musculaires du frère ainé, il aura sa victoire, son flambeau et son empreinte sur l’histoire du cyclisme guinéen, ne serait-ce qu’une fois ! et bravo au jeune frère qui l’a mérité.
Mon père continuera à faire le cyclisme pendant quelques années, mais après deux courses victorieuses en 1963 qui selon ces propose mots « furent toutefois difficiles », il décida d’arrêter sa carrière sportive. Toutefois, il n’annonça sa décision de se retirer du cyclisme qu’après sa victoire. Je lui posais la question de savoir pourquoi se retirer, alors qu’il gagnait, il me donna une leçon « … Il faut se retirer pendant que tu es le meilleur… nul ne dira que c’est parce que tu as perdu ».
Notre conversation tourna sur une possible aventure professionnelle en France. Sa réponse ne saurait être plus claire sur ce point et qui ne laissa aucun doute sur sa volonté est resté avec sa famille en Guinée. « Je n’aurais jamais accepté de quitter la famille même avec la bénédiction de mes parents. La fédération guinéenne avait reçu une invitation [pour participer] au tour de France en ma faveur, mais j’ai décliné sachant les (possible) conséquences sur ma famille : La Révolution est globale et multiforme ».
Mon père continua sa narration, « Tous les sports en Occident donnent de l’argent et la célébrité aux sportifs, mais en Afrique c’est la reconnaissance d’un peuple et le prestige au pays. Ce qui explique l’exode de nos sportifs ». Mon père a montré qu’il est sans regret sur cette décision.
Voici une autre question pour toi avant de clore, lui dis-je quel message veux-tu donner à la fédération guinéenne de cyclisme de la Guinée ?
La réponse de mon père ne se fit pas attendre … « C’est triste à dire, mais la Guinée ne dispose pas de fédération crédible, car aucune compétition nationale n’est soutenue par l’état. La Guinée ne participe même pas aux différents tours africains pendant que le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Cameroun, le Rwanda, le Gabon, etc. ont des équipes actives de haut niveau. Nous suivons toutes ces équipes ont participé à des compétitions internationales. »
Lorsque j’ai demandé à mon père ses sources d’information sur le cyclisme, il me dit qu’avant l’indépendance c’était la presse française comme « Le Miroir des sports ». Selon mes recherches, Le Miroir des sports est un hebdomadaire français d’illustrations photographiques consacré au sport. Ce journal a été fondé en 1920, mais il a cessé de paraître en 1968. Après l’indépendance de la Guinée, le journal Horoya prit la relève comme source d’information. Par ailleurs, mon père fut aussi un contributeur du journal Foniké.
D’après une citation de mon oncle Abdoulaye « Ton père a participé à trois tours de Côte d’Ivoire. En 1953, 55 et 56. ».
Le Tour de Côte d’Ivoire était une compétition cycliste qui était organisée de façon irrégulière. Les champions professionnels européens du tour de France y participaient. Parmi eux étaient Jacques Anquetil, Henry Anglade, Roger Rivière, Fausto Coppi et Raphaël Geminiani, si ce n’était en Côte D’Ivoire, ils participent à celle qu’on organise en Haute-Volta (Actuel Burkina Faso). Ces cyclistes professionnels français courraient contre des Guinéens, des Ivoiriens ou des burkinabés.

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Nous devons rappeler les vainqueurs du tour de la Côte d’Ivoire qui furent le professionnel français Jean Gainche, vainqueur en 1953 en 4 victoires d’étapes, Jean Gainche fit son service militaire en Côte D’Ivoire, ce qui lui permit de s’acclimater et de gagner encore en 1954 après 9 victoires d’étapes et il gagna encore en 1959. De retour en France Jean Gainche a participé à 8 fois le tour de France.

C’est en 1957 que mon père Mamadou Niane a couru contre le cycliste professionnel français Raphaël Geminiani, pendant le tour de la Côte d’Ivoire qui fut remporté par Raphaël suivit en deuxième place par un autre français du nom de Ferdinand Devèze et vint les africains en troisième place avec Azaud Vincent, un quatrième et notre champion Mamadou Niane de la Guinée termina en cinquième place derrière les professionnels.
C’est après cette course que la commission d’organisation de la compétition proposa à mon père de participer au prochain tour de France, mais il déclina l’invitation.
Il faut aussi reconnaitre d’autres coureurs ivoiriens tels que Konakon Kouamé qui termina second contre le français Guy Berthoumieu en 1958, et Azaud Vincent gardera sa troisième place.
Dans le cadre de la commémoration du premier anniversaire du statut de colonie autonome de la Haute-Volta. Des cyclistes professionnels décidèrent d’aller faire le tour de compétition amicale dans ce pays. Peu avant le départ, Louison Bobet se retira du voyage, c’est alors qu’un autre français Raphaël Geminiani qui fut le vainqueur du tour de la Côte d’Ivoire en 1957 avec 9 victoires d’étapes proposa d’inviter son ami italien Fausto Coppi à venir participer au tour de la Haute-Volta au début du mois de décembre 1959.
Selon le livre du journaliste sportif français Jean-Paul Ollivier, spécialiste du cyclisme, Fausto Coppi : la tragédie de la gloire, Paris, publiée en 1979 (page 275). C’est après leur retour en Europe, quelques jours avant Noël, que l’italien Fausto Coppi téléphona à Geminiani pour lui proposer de composer avec lui une équipe cycliste comprenant des coureurs français et Italiens. Au cours de cette conversation, les deux cyclistes se disent tous les deux être grippés.
Comme nous le savons en Afrique, le paludisme donne de la fièvre, c’est alors dans l’après-midi du 25 décembre que Geminiani est pris de tremblements et de fièvre, puis hospitalisé en France. Une prise de sang détermina une infection parasitaire par le Plasmodium falciparum, qui est mortel s’il n’est pas traité à temps. Les doses massives de quinine qu’ont administré les médecins français à Raphaël lui sauvèrent la vie, malheureusement, Coppi, atteint de la même maladie, mais dont les médecins en Italie refusent d’accepter le diagnostic de malaria tardèrent à le traiter, et il mourra le 2 janvier 1960. Apprenant le décès de son ami quelques jours plus tard, Raphaël Geminiani devint inconsolable et se reprocha de l’avoir invité en Afrique.
Après cette mort tragique de l’italien « campionissimo » Fausto Coppi et l’avènement des pays africains à l’indépendance, les cyclistes professionnels européens se désintéressèrent des compétitions africaines.
Cyclisme international.
Ci-dessous le profil des cyclistes qui ont participé et ont exercé une influence sur les grands tours européens et africains dans certains cas.
– Luison Bobet : cycliste français, né en 1925, fut triple vainqueur du Tour de France entre 1953 et 1955, il est le premier coureur à remporter l’épreuve trois fois consécutives. Il adopta des règles diététiques et des méthodes d’entraînement inspiré par le coureur italien Fausto Coppi. Louison Bobet est décédé le 13 mars 1983 à l’âge de 58 ans.
– Fausto Coppi : Cycliste italien, né en 1919, juste après la Première Guerre mondiale. Il est vainqueur de cinq Tours d’Italie, deux Tours de France, cinq Tours de Lombardie, trois Milan-San Remo, un Paris-Roubaix, une Flèche wallonne, quatre Championnats d’Italie sur route et trois championnats du monde. Fausto contracta le paludisme en Haute-Volta (Burkina Faso) qui l’emporta en janvier 1960, il avait 40 ans.
– Federico Bahamontès : Cycliste espagnol né en 1928, il a remporté le Tour de France 1959 et six fois le Grand Prix de la montagne ce qui en fait le deuxième coureur dans cette épreuve après Richard Virenque 40 ans dans son junior. En 1964 Bahamontès monte sur le podium du Tour de France cette fois-ci à la 3e place derrière les deux Français Jacques Anquetil et Raymond Poulidor. Il fut surnommé « L’Aigle de Tolède ». Bahamontès vit encore il a 93 ans.
– Jacques Anquetil : cycliste français né en 1934, surnommé « monsieur Chrono », il a remporté le Tour de France à cinq reprises (1957, 1961, 62, 63 et 64), le premier cycliste de l’histoire à le faire, et a établi un record jamais battu jusqu’à l’arrivée de l’américain Lance Armstrong. Il compte également deux victoires sur le Tour d’Italie et une victoire sur le Tour d’Espagne, ce qui fait de lui le premier cycliste à remporter tous les trois grands tours. Il détient aussi le record du nombre de podiums dans les trois grands tours, avec treize podiums. Dont certaines victoires avec Martin Bahamontès ou Raymond Poulidor.
– Raymond Poulidor : cycliste français, né en 1938, surnommé « l’éternel second », il a participé a plus d’une dizaine de tours de France. Entre 1962 et 1976, il est monté sur le podium final au moins dix fois des grandes tours y compris en Espagne, en Italie, et en France. Il a été trois fois deuxième, et huit fois troisième. Il a été une idole des coureurs français avec une carrière impressionnante et une haute popularité en France, mais qualifié « d’éternel second » sur le Tour de France qu’il a couru entre 1962 et 1976, mais ne l’a jamais gagnée et n’a jamais porté le maillot jaune.
– Eddy Merckx : Cycliste belge né en 1945. (Surnommé l’Ogre) a remporté onze Grands Tours dont cinq Tours de France, cinq Tours d’Italie et un Tour d’Espagne ainsi que trente et une classiques. Il est considéré comme étant l’un des plus grands cyclistes de l’Histoire.
– Raphaël Geminiani : Cycliste français né en 1925, il a remporté sept étapes du Tour de France, dont il s’est classé deuxième en 1951 et troisième en 1958. Il est surtout connu pour ses victoires par étape. Et a été champion de France du cyclisme 1953.
Mon père, dans sa générosité, trouve que les générations de cyclistes des années depuis 1990 ont été encore meilleures et hors normes. Il cita l’américain Lance Armstrong qui malgré toute la mauvaise presse à son sujet reste un grand champion.
L’italien Alberto Contador et le Britannique Christopher Froome ont aussi marqué le tour de France de leurs empreintes et ont été victimes de la vindicte française, car les cyclistes français étaient un cran en dessous de ces deux champions.
Le Slovène Tadej Pogacar incarne avec d’autres jeunes l’avenir du cyclisme mondial, car le Tour de France est mondial et les Africains se feront bientôt distinguer sur les podiums.
Ton père Aly avait été fier de toi comme champion, ton fils Aliou en est autant. Je t’exprime tout l’amour qu’un fils puisse offrir à un père ! Ton fils Badara qui t’aime bien.
Et toi, lecteur qui veux-tu remercier ? Nous le remercierons avec toi !
Aliou Niane

Sources, documentations et référence pour cet article.
– Interview de mon père Mamadou Niane (Dixinn – Conakry)
– Interview de mon Abdoulaye Niane (Dixinn – Conakry)
– Récit sur mon oncle Ibrahima (Sangoyah – Conakry)
– Récit sur Baban Djiby Bocoum (Dixinn – Conakry)
– Récit sur Tonton Amadou Thiam (Epoux de ma tante Yayeh Niane jumelle de tonton Tamsir)
– Organisation Cyclonordsud – L’histoire du vélo : ici et ailleurs
– L’histoire du Tour de France
– Tour de France Weebly – Histoire du Tour
– Jean-Paul Ollivier Journaliste français spécialiste du cyclisme et auteur
– L’Équipe – le Journal de Sport français
– Biographie des cyclistes – universalis.fr
– Procyclingstats – Statistiques sur le cyclisme mondial
– YouTube vidéo – Tour de France 1960

Aliou Niane est un citoyen guinéen. Il est diplômé de Suffolk University – Global MBA dans l’État du Massachusetts. Major de sa promotion en gestion-économie rurale de l’université de Wonsan en Corée du Nord, il partit au Japon pour étudier l’informatique. Il est un produit de la faculté d’agronomie de Dubréka.
Aliou travaille pour Synopsys, une société américaine des technologies pour la conception de puces, de l’automatisation électronique, et de la vérification de l’intégrité des logiciels.

Aliou a également travaillé pour IBM, DELL/EMC et Hitachi aux États-Unis d’Amérique. Il a été chargé de Channel Marketing pour Ricoh Co. Ltd, au Japon, en Hollande et en Angleterre. Il parle le français, l’anglais, le japonais, le coréen et deux langues guinéennes. Il aime la lecture et le voyage pour découvrir de nouveaux pays et de nouvelles cultures.

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