Billo Ly, juriste
Billo Ly, juriste

Depuis quelques mois la situation politique est obscurcie par une équivoque troublante.
Ira, n’ira pas. Changera, ne changera pas. Modifiera, ne modifiera pas.

J’ai décidé pour la première fois et sans doute pas la dernière fois de m’exprimer sur la situation de notre pays la Guinée.

L’heure est à mon sens, trop grave pour que je me taise. Pour que nous nous taisions.

Un ancien président Français disait « Il n’est rien de plus beau en démocratie que l’amour de son pays ».

Je voudrais à travers ces lignes, crier mon amour pour ma terre natale et en même temps mon attachement profond à la démocratie.

La démocratie doit tendre vers son plein accomplissement. Elle est débat (intelligent) et non mise à mort, elle est alternance. Elle est règle de droit pour la nation comme pour l’individu.

Très justement, s’agissant du débat et de l’alternance, nous devons tous nous accorder.

Non pas que nous devons tous dire la même chose, mais nous devons débattre intelligemment, tout en nous accordant quoi qu’il arrive sur ce qui nous unis, sur nos fondamentaux.

Sur nos fondamentaux, nous devons être intransigeants. Hors de question de remettre en doute l’alternance du pouvoir dans notre pays.

Alors, que le bilan du président soit positif, mitigé ou négatif, que le président et la majorité dirigeante appartiennent à la communauté dont nous faisons partie, que nous soyons femme ou homme, jeune ou plus ancien, que nous soyons intellectuel ou pas, que nous soyons citadins ou du monde rural, salarié du secteur privé ou du public, que nous soyons en activité, que nous vivions en Guinée ou à l’étranger, nous devons tous nous soulever contre l’idée d’un éventuel troisième mandat de notre président.
Il ne peut y avoir de gouvernants suffisamment compétent pour être au-dessus des lois.
Nous devons, nous allons protéger notre constitution des modifications de circonstances, des modifications faites en fonction des intérêts fluctuants et de la violation des principes qu’elle définit.

Chers amis, j’en appelle à votre citoyenneté, j’en appelle à votre sens des responsabilités, j’en appelle à votre amour profond pour notre nation, j’en appelle en fin à votre vigilance particulière, que vous souteniez le pouvoir en place ou l’opposition ou encore que vous soyez dans une totale neutralité, à me rejoindre dans ce combat pour que seule la Guinée gagne.
Barrack Obama, tout Obama qu’il est, n’a fait que 2 mandats et malgré sa popularité, il a respecté les lois de son pays sans chercher à les manipuler.
Plus près de nous, nous pouvons également citer Jerry Rawlings du Ghana, ATT du Mali qui sont profondément entrés dans l’histoire africaine.

James Freeman Clarke disait « Un politicien pense à la prochaine élection. L’homme d’Etat à la prochaine génération ».
Mr le président, entrez dans l’histoire africaine, soyez ce grand homme dont la Guinée a besoin. Soyez éternel.
Nous ne pourrons vous regarder faire que si vous allez dans le sens de l’histoire.
Si vous décidez d’aller à contre sens de l’histoire en envisageant un mandat supplémentaire, vous ouvrirez ainsi une voie royale à vos successeurs.

Le peuple dans tous les cas n’aura d’autre choix que de se soulever.
Nous allons nous lever comme à chaque fois que notre nation a été attaquée ou méprisée, nous lever comme un seul homme. Exactement comme nous l’avons fait en 1958, comme nous l’avons fait en 1970 ou plus récemment le 22 janvier 2007.

Et pardon Mr le président vous ne pouvez pas vous considérer comme un simple militant d’un parti politique aussi grand soit-il, vous êtes le président de tous les guinéens aussi bien ceux qui ont toujours votés pour vous que ceux qui ont toujours votés contre vous.

Qui d’autre que vous est mieux placé pour veiller au respect de nos lois ? C’est une banalité que de rappeler que vous êtes le personnage central de notre Etat, celui dont le rôle principal est de veiller au respect de notre constitution.

Pardonnez-moi Monsieur le président mais on a l’obligation morale, impérieuse, de respecter les lois du pays. C’est une règle qui s’impose à tous les citoyens guinéens et d’abord, et surtout, au premier d’entre eux, celui qui a la charge de veiller à l’intangibilité de la Constitution.

Cette constitution dont vous êtes le gardien, vous dit clairement que vous ne pouvez pas briguer plus de deux mandats.

Et vous avez raison Mr le président. Personne ne prendra la Guinée en otage et avec tout le respect que je vous dois, même pas vous Mr le président.

Sachez que quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des droits. Quel gâchis cela serait d’en arriver là !

Mes chers compatriotes aujourd’hui il faut que nous élevions la voix, que nous fassions du bruit tel le peuple algérien ou d’autres peuples avant lui.

Faisons-nous entendre ! Prenons la parole sur les réseaux sociaux, intervenons dans les émissions de radios, publions des articles dans la presse, organisons des réunions publiques, parlons à notre entourage, expliquons pourquoi 2 mandats et c’est tout.
Nous ne pouvons pas prendre les armes, nous ne devons pas prendre les armes mais nous pouvons prendre la parole.

Il est plus que jamais temps que les intellectuels guinéens se fassent aussi entendre, ils n’ont plus le choix, ils doivent prendre la parole. Le rôle des penseurs n’est pas de garder leur silence dans pareil circonstance. Nous sommes en droit de vous entendre en tant que maître de justice et de vérité.

Edward Said disait « L’intellectuel, au sens où je l’entends, n’est ni un pacificateur ni un bâtisseur de consensus, mais quelqu’un qui engage et qui risque tout son être sur la base d’un sens constamment critique, quelqu’un qui refuse quel qu’en soit le prix les formules faciles, les idées toutes faites, les confirmations complaisantes des propos et des actions des gens de pouvoir et autres esprits conventionnels. Non pas seulement qui, passivement, les refuse, mais qui, activement, s’engage à le dire en public».

Jeunesse guinéenne, c’est notre avenir qui est en jeu, indignons nous, refusons l’inaction, l’immobilisme, la passivité. Montrons comme nous savons si bien le faire, notre courage et notre dynamisme. Aujourd’hui partout dans le monde la jeunesse a un rôle capital dans la politique. Nous devons être le principal moteur de notre histoire. La jeunesse est la condition indispensable de tout progrès politique ou social, or ce qu’on semble nous proposer est tout sauf un progrès.

Churchill avait raison, quand il disait, il ne sert à rien de dire, nous avons fait de notre mieux. Il faut réussir à faire ce qui est nécessaire.

Vous aurez compris le sens de mon propos ici, il ne s’agit nullement d’un plaidoyer contre la personne du président de la république, qui ma foi, peut être fort sympathique. Il s’agit simplement d’un appel au respect de notre pays, de ses institutions et de ses textes de loi.

Billo LY