Stanislas Kamanzi, ambassadeur: «le Rwanda bénéficie du leadership visionnaire du président Kagamé»

L’ambassadeur du Rwanda en Guinée revisite entre autres, dans cette interview,  la douloureuse page du génocide contre les tutsis en 1994. Ainsi que le rôle que la France a joué dans la perpétration de ce massacre. En outre, SEM. Stanislas Kamanzi revient sur les prouesses économiques réalisées par son pays grâce au ‘‘leadership visionnaire’’ du président Paul Kagamé. Le diplomate a également mis l’accent sur les relations de coopération Conakry-Kigali.  

Aminata.com: Le Rwanda a commémoré l’an 23 du génocide contre les tutsis en 1994. De façon succincte, parlez-nous des facteurs ayant conduit à ce drame?

SEM. Stanislas Kamanzi: Le facteur fondamental qui a conduit à la perpétration du génocide, c’est un gouvernement en place qui n’a pas pu estimer à sa juste valeur l’identité commune et l’unité du peuple rwandais et de   la nation qu’il forme. Ce gouvernement a plutôt constamment  privilégié une gouvernance fondée sur la ségrégation des Tutsi considérés comme une minorité d’appartenance étrangère; dans la poursuite de politiques de discrimination  en vigueur immédiatement après la proclamation de l’indépendance du Rwanda en 1962  et un peu avant. Il est à noter que la cristallisation de l’ethnicité dans la société rwandaise est effectivement un fait colonial qui a été instrumentalisé à des fins politiques, pour frustrer l’effort patriotique de demande d’auto-détermination sans conditions du Rwanda. Une fausse conviction que majorité ethnique et démocratie allaient de pair s‘était développée et propagée, se transformant petit à petit en une idéologie génocidaire avec comme ultime objectif l’extermination pure et simple des Tutsi. Et c’est qui advint en 1994.

Ce génocide fait l’objet des controverses entre votre pays et la France. Qu’est ce qui est à la base de cette tension diplomatique?

Pour répondre à cette question, je vais vous renvoyer à la très bonne  et fiable documentation disponible qui relate le rôle que la France a joué avant, durant et après la perpétration du génocide des Tutsi. De la part du Rwanda, nous ne demandons que les faits soient reconnus comme tels et que cessent  toutes tentatives de manœuvre pour les nier et les redéfinir, et pour faussement réattribuer les responsabilités, y compris aux victimes du génocide, comme c’est le cas aujourd’hui. Ensuite, un geste sincère de regret et de demande de pardon doit être  posé à l’endroit du Rwanda. Ce serait un acte très louable pour rendre  un hommage mérité aux victimes du génocide et au peuple du monde entier trahi.

Ancienne colonie francophone, le Rwanda a rejoint le Commonwealth. Pourquoi?

Les dynamiques géopolitiques mondiales de notre époque suggèrent que le rapprochement des peuples doit transcender toutes les considérations linguistiques, bien au-delà des héritages coloniales, qui par ailleurs ne représentent pas d’intérêts stratégiques équitables. L’adhésion du Rwanda au Commonwealth répond à cette réalité. Le Rwanda est un pays ouvert à tous les forums mondiaux qui militent pour la dignité humane et la solidarité gagnant-gagnant.

Deux décennies après le génocide, le Rwanda est débout plus fort que jamais. Qu’est ce qui est à la base de ce progrès économique?

C’est une remarque très réconfortante, et je vous remercie. C’est vrai que le Rwanda, après avoir touché le fonds du gouffre, a pu parachever avec succès une phase de reconstruction. Celle-ci a été suivie par une phase de développement, qui aujourd’hui semble être sur le point d’atteindre sa vitesse de croisière vers un avenir de prospérité. Beaucoup de bonnes réalisations ont eu lieu, essentiellement grâce à la résilience et au dur labeur de tout un peuple, ainsi qu’à sa convergence de conviction retrouvée de bâtir la Nation Rwandaise,  puisant dans les valeurs culturelles et sociales qui ont toujours caractérisé  la société rwandaise, ignorant les clivages destructeurs que j’ai mentionnés plus haut. Le Rwanda a beaucoup bénéficié d’un leadership visionnaire, à la tête  duquel SE le Président Paul Kagame qui a su savamment persuader les rwandais de leur capacité de résoudre leurs propres problèmes, et d’entreprendre des initiatives visant à  transformer leur vies pour le meilleur. Il leur a  inculqué une dimension catalytique de dignité, propre à un peuple souverain qui doit présider à sa destinée. Grâce à cela, nous nous félicitons aujourd’hui d’une croissance économique soutenue et d’une bonne position à l’échelle mondiale concernant les paramètres  de développement humain et de bonne gouvernance.

Le Président Paul Kagame s’est maintenu au pouvoir après 2 mandats. Cela ne risque-t-il pas de susciter des nouvelles frustrations dans le pays?

C’est d’abord inexact de suggérer que le Président Kagame s’est maintenu au pouvoir. Le Président a annoncé sa décision de se présenter aux élections présidentielles d‘ août 2017 en réponse à une demande populaire incontestable adressée au Parlement, de revisiter notre ancienne Constitution pour lever les barrières qui se dresseraient à sa candidature. Le Parlement s’est exécuté après un travail assidu de consultations, au bout desquelles  le peuple s’st exprimé  dans un referendum, a plus de 98%  en faveur de cette révision constitutionnelle. Cette décision est ainsi le fruit d’un processus démocratique, si nous nous entendons bien sur le concept de démocratie  qui consacre le choix des peuples concernant la gouvernance qui convient à leur nation. Ceci est par rejet du fait que la démocratie soit définie par la seule limite de mandats présidentiels. Il existe beaucoup d’exemples au monde où la question de limites de mandats ne se pose pas, et elle ne saurait se poser pour le Rwanda.  Le peuple rwandais a fait son choix en considération des atouts que représente le Président Paul Kagame pour assurer le parachèvement de la transformation socio-économique du Rwanda.  Ce choix ne compromet par ailleurs pas le droit qu’ont les autres Rwandais de se lancer dans la course présidentielle. Le résultat des urnes fera foi, et il n’y a pas le moindre  risque de frustrations dans ce cas.

Plusieurs pays d’Afrique de l’Est sont en proies à des instabilités politiques comme la RDC, le Burundi. Est-ce que cela ne menace pas votre pays?

L’Afrique de l’Est est bien plus vaste que le RDC et le Burundi, et je dirais que la région dans sa plus grande extension est paisible et en sécurité. Des instabilités ici et là sont malheureusement réelles et très regrettables. Du côté du Rwanda,  nous les observons avec toute l’attention qu’elles méritent, et contribuons autant que possible avec nos autres partenaires, surtout les membres de la Communauté de l’Afrique de l‘Est pour trouver des solutions  de retour à la stabilité durable. Nous nous assurons que les effets pervers de ces conflits ne débordent pas de façon incontrôlable à l’intérieur de nos frontières.

Comment se porte les relations de coopération entre la Guinée et le Rwanda?

Les relations entre la Guinée et le Rwanda sont excellentes. Nos dirigeants au plus haut niveau entretiennent une communication régulière en vue de  les fructifier au mieux aux niveaux bilatéral et panafricain. Il existe un cadre permanent de consultations entre nos ministres des Affaires Etrangères, en vue de la mise en œuvre des directives définies par  nos Présidents. Les portes entre le Rwanda et la Guinée se sont largement ouvertes avec la mise en application de facilitation d’obtention de visa aux postes d’immigration  pour les citoyens des deux pays. Ceci permet une mobilité sans obstacles et une exploration d’opportunités de partenariat à tous les niveaux. Le démarrage des vols de RwandAir entre Kigali et Conakry, prévu pour le mois de juin2017, viendra rendre encore plus facile cette mobilité. Les démarches nécessaires sont également en cours pour l’établissement de  La grande Commission Permanente Mixte qui servira de cadre d’élaboration dans les détails de créneaux de coopération bilatérale.

La Guinée s’est engagée dans un processus de réconciliation nationale. Quels conseils pourriez-vous donner aux autorités?

En tant que représentant du Rwanda, je ne puis qu’exprimer mes sincères félicitations à l’endroit du gouvernement de la République de Guinée pour une décision aussi courageuse que patriotique. C’est aussi le lieu d’exprimer mes meilleurs vœux de succès dans ce processus. Le seul conseil que je puis formuler est que les guinéens puissent s’approprier cette décision et s’impliquer dans toutes les démarches y relatives sans aucune réserve. La réussite suppose beaucoup de volonté politique.

Réalisée par Abdoul Malick Diallo

+224 655 62 00 85

dialloabdoul110@gmail.com

 

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