Sékou Mohamed Sylla, ANLC: «la corruption en Guinée a un caractère exponentiel et c’est dangereux pour le pays»

Le rapport de l’ONG Transparency international sur la perception de la corruption dans le monde a été publié le 25 janvier 2017. La Guinée s’est placée 142e  sur 176 pays dans le monde et 26e  sur 44 pays en Afrique avec un score de 27 points sur 100. Dans cet entretien, le directeur exécutif adjoint de l’Agence nationale de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance (ANLC) donne son analyse. M. Sékou Mohamed Sylla parle également des facteurs de la corruption et s’inquiète de la proportion inquiétante que le fléau a prise dans le pays.

Aminata.com: L’ONG Transparency international a publié le 25 janvier 2017 son rapport sur la perception de la corruption dans le monde en 2016. La Guinée s’est placé 142e  sur 176 pays et 26e  sur 44 pays en Afrique avec un score de 27 points sur 100. Quel est votre analyse?

Sékou Mohamed Sylla: Il faut le dire que ce n’est pas élogieux. En 2015 déjà, la Guinée était 145e  sur 175 pays. Cette année nous sommes 142e sur 176 pays. Vous trouvez quand même qu’il y a un peu d’évolution due aux avancées que nous sommes en train d’enregistrer. Mais, pour le cas spécifique de la Guinée, il ne faut pas s’en réjouir. Les résultats de l’enquête nationale sur la perception de la corruption et de la corruption en Guinée démontrent qu’il est temps réellement pour donner une chance à la Guinée d’engager une lutte ardue contre la corruption.  Dans ce cadre, ce n’est pas seulement les services publics qui sont concernés. L’invite à la corruption, l’offre de la corruption, la demande de la corruption et la jouissance du produit de la corruption, ces quatre paramètres existent au sein de notre communauté. Par exemple, si M. Bah est  nommé ministre des Finances, c’est la famille qui va s’y retrouver. En plus, M. Bah étant membre d’une communauté et si dans sa localité on lui demande de contribuer pour finaliser la construction de la mosquée, il vient avec des centaines des francs guinéens. Alors que son salaire ne fait pas même 2 millions par mois. Où il a tiré les centaines des millions pour financer la construction de la mosquée? Les gens vont dire que c’est l’enfant béni de la localité. Ce sont des facteurs de ce genre que nous connaissons à l’heure actuelle dans notre pays. La corruption en Guinée a un caractère exponentiel et c’est très dangereux pour un pays. Quelque soit les opportunités de développement que vous disposez, avec la corruption à grande échelle, mais vous n’allez pas atteindre les objectifs que vous vous fixez.

Quel est le secteur le plus affecté par la corruption?

Aucun secteur n’est pas épargné. La corruption existe dans tous secteurs même les médias. Il faut qu’on prenne conscience qu’il faut arrêter la corruption.

Comment comptez-vous éradiquer cette pratique dans notre pays?

L’ANLC en tant qu’institution de lutte contre la corruption, nous entendons jouer notre partition. Nous profitons des avancées significatives réalisées dans le cadre de la réforme du secteur de la justice notamment l’adoption et la promulgation des Codes pénal et procédures pénales qui sont des dispositions pertinentes en matière de lutte contre la corruption en Guinée. En 2017, en relation avec les services compétents du ministère de la Justice c’est-à-dire le parquet, nous allons commencer à agir sur le terrain. En plus de la campagne de sensibilisation qu’il faut mettre en exergue pour que la Guinée puisse se libérer de ce fléau plus dangereux qu’Ebola.

Est-ce que vous avez les moyens de votre politique de lutte contre la corruption?

C’est ce que nous venons d’évoquer avec SEM. L’ambassadeur des Etats unis en Guinée. Certainement, les difficultés économiques auxquelles est confronté le pays font que nous n’avons pas les moyens de notre politique. Tenez vous bien ! en 2016, nous avons fait une proposition de budget pour des actions à entreprendre conformément aux engagements de la Guinée en matière de lutte contre la corruption et à la volonté politique du chef de l’Etat, sur 7 milliards de FG, nous n’avons pu avoir que 500 millions de FG.  C’est aberrant.  Pour réellement lutter contre la corruption ; il faut les moyens. Le parc automobile de l’ANLC, vous avez vu la voiture RAV4 qui est garée dans la cours, nous avons un problème de 5 à 7 millions de FG pour la faire circuler. Nous avons 7 antennes régionales à l’intérieur du pays avec lesquelles nous sommes pratiquement déconnectés parce qu’il n’y a pas les moyens pour subvenir à leurs besoins. Certaines mêmes qui sont localisées dans des concessions privées sont souvent sous menaces d’être liquidées parce que les loyers ne sont pas payés. A Conakry, la direction de l’ANLC ne peut pas se permettre de faire dérouler des missions alors qu’on n’a pas le minimum  assuré aux cadres. Je pense que c’est des défis qui vont être levés au cours du second quinquennat du président de la République. Nous perdons assez d’opportunités parce qu’on n’a pas des actions pertinentes de lutte contre la corruption. Dont entre autres, la loi anti-corruption, le cadre institutionnel et capacités opérationnelles de l’ANLC, une stratégie nationale de lutte contre la corruption avec son plan d’actions dotées des moyens requis, permettront certainement à la Guinée d’être conforme aux normes et standards internationaux.

A un moment donné, une loi contre la corruption était en préparation. Où en êtes-vous?

Nous sommes dans un processus très avancé. Aujourd’hui, la loi a fait deux présentations en conseil des ministres. La dernière présentation c’est lors du conseil des ministres du 15 décembre 2016 qui a émis des observations qui sont en train d’être prises en compte dans le cadre d’une séance de travail avec une commission mise en place au niveau le ministre de la Justice et l’ANLC. La visite de pays par les experts de l’office des nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et des deux États examinateurs de la Guinée (le Cameroun et la Mauritanie) a donné l’opportunité également d’émissions des observations qui vont être prises en compte pour rendre beaucoup plus performante la loi et qui doit être transmise au gouvernement pour toute fin utile.

Entretien réalisé par Abdoul Malick Diallo

+224 655 62 00 85

dialloabdoul110@gmail.com

 

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