Plaidoyer pour Sauver un secteur économique important

En dépit de la faible productivité et des retards accumulés par rapport aux autres pays, le secteur agricole occupe une place importante dans l’économie guinéenne. L’activité agricole, si elle est soutenue peut représenter  plus de 20 % du Produit Intérieur Brut (PIB).  Plus de la moitié de la population vivant en milieu rural aspire deréussir la capitalisation de ce secteur vital de l’économie. L’agriculture est non seulement l’activité qui  peut mobiliser une bonne partie de la population qui n’a pas de capital culturel et social mais elle est également la branche d’activité économique qui unit le paysan à son espace vert et participe à la construction de son imaginaire et de son parcours identitaire. L’agriculture est à la fois une priorité sociale et une priorité économique pour la Guinée.Le secteur agricole a enregistré un désinvestissement considérable au cours de ces deux dernières décennies. L’État et les institutions financières privées n’ont pas jugé nécessaire d’accorder des crédits aux petits producteurs agricoles qui n’ont aucune couverture sociale ni de police d’assurance. Livrés à eux-mêmes, les agriculteurs guinéens, on se souvient ont été les premiers à faire les frais des mesures de libéralisation des années 1980 dans le cadre des programmes de l’ajustement structurel.

Dans un contexte de pression démographique, de forte urbanisation et d’absenced’intensification de système de production, le modèle de croissanceagricoleenvigueurenGuinée se révèle tout simplementcontre-productif, voiredésastreux. Il conduit à l’effondrement de la productivité des terres et à la dégradationaccélérée des ressourcesnaturelles. Les équilibresécologiquesanciens qui permettaient de maintenir la fertilité des sols sontrompusdans de multiples situations sous le double éffet de l’action des hommes et des femmes confrontés(es) à la densitécroissante (pressionfoncière) et aux changementsclimatiques: diminution de la pluviométrie et augmentation de savariabilitéspatiale et temporelle. EnGuinée, les changementsclimatiquessontvisiblesetmettentenpéril la fertilité de certaineslocalités.

Aujourd’hui, la Guinée importe les denrées et les produits pour nourrir ses habitants. Pourtant, le pays a des atouts pour faire de l’agriculture le moteur de la croissance économique, l’instrument de lutte contre la pauvreté et l’outil de mobilisation sociale pour le développement durable. Plusieurs raisons plaident en faveur de la rentabilité de l’investissement dans l’agriculture en Guinée: la population rurale est jeune, la production agricole est globalement organique, la biodiversité n’est pas négligeable, les ressources hydro-agricoles sont sous-exploitées et le potentiel écotouristique est formidable. Ce qui manque à l’agriculture guinéenne je pense, ce sont les investissements et la volonté politique d’accompagner les acteurs dans ce domaine.L’envolée des prix des produits alimentaires sur le marché mondial et la dépendance alimentaire du pays plaide en faveur des investissements dans le secteur agricole. Les autorités guinéennes doivent faire du développement agricole l’un des axes stratégiques du progrès économique du pays.

Actuellement, l’espace agricole guinéen est composé de très peu de  petites exploitations d’une superficie moyenne de 1,2 hectare par exploitation. Dans certaines régions, le morcellement et les pressions sur les terres agissent négativement sur la productivité de la surface cultivée. Ce morcellement nuit à l’émergence d’une agriculture économiquement compétitive, alimentairement suffisante pour la consommation nationale et écologiquement viable pour le pays.

La question agraire doit être une priorité nationale. Il faut nourrir la population urbaine et insérer les producteurs agricoles dans une stratégie économique soutenable afin de donner à la Nation son arme alimentaire. Mais tout ceci n’est possible sans un effort accru pour doter les territoires des entreprises qui sont en amont et en aval de l’agriculture, le renforcement du réseauroutier, entreprendre la réforme foncière et trouver des mécanismes innovants pour financer le secteur agricole. Une bonne partie de la population est privée des ratios alimentaires. La Guinée doit mettre l’accent sur ses atouts et investir dans l’économie agricole dont les impacts positifs sont multisectoriels. Aujourd’hui, la place que représente le secteur agricole dans les éfforts à déployer pour assurer la sécurité alimentaire de la population, la place de l’autoconsommation dans les stratégies des producteurs et l’importance des marchés de proximité pour les cultures vivrières font de l’agriculture un secteur de la politique d’animation économique du territoire. Dans ce sens, aucun groupe politique, qui veut changer les conditions de vie de la population guinéenne, ne peut écarter l’activité agricole de ses axes stratégiques prioritaires.

La démographieagricoleestvieillissante. Plus de la moitié des travailleursagricolesont plus de 50 ans. Les caractéristiquessociologiquesetdémographiques du milieu productifpaysansontmodifiées sous l’impulsion des forces externes. Sans un éffort pour moderniserl’agriculture  pour allerversl’Agro-Industrie et insérer les jeunesdanscesecteurd’activité;c’est tout son savoir-faire agricole que le pays risque de perdrecommeil a déjà perdu son savoir-faire dans la production du sucre, de la banana, des Mangues, du Café,…avec la fermeture de sesusinessucrières, de Conserves, etc.  Le risque de perdre le savoir-faire agricoleestélevé ! Pour évitercette catastrophe, les autoritésdoiventprendre des mesuresfacilitant les investissementsdansl’agriculture, entreprendre la réformeagraireetapporter des appuis techniques aux planteurs.

Aujourd’hui, il est impératif à ce que l’on puisse garantir la sécurité alimentaire de la population et assurer l’insertion dans le marché mondial des filières agricoles tournées vers l’exportation. L’agriculture guinéenne de demain a deux objectifs immédiats: récupérer le marché intérieur et dégager des surplus pour l’exportation. Ce qui demande à ce que l’on puisse imaginer de nouvelles dynamiques d’aménagement des espaces ruraux et repenser la place de l’agriculture dans ces espaces. Cet éffort d’aménagement des espaces ruraux ne peut être que bénéfique pour l’écotourisme et l’économie nationale.La question agricole est une question de taille. Elle joue un rôle important dans le décollage économique. L’agriculture est un instrument de lutte contre la pauvreté. Elle est au cœur des enjeux du développement durable et de la politique énergétique (biocarburant). En investissant dans l’agriculture, l’État agit sur diverses variables constituant la paix et la sécurité dans le pays. La nouvelle politique agricole guinéenne doit:

a)-assurer une production agricole et agroalimentaire suffisante pour nourrir la

population ;

b)-soutenir la petite exploitation agricole familiale ;

c)-renforcer systématiquement les cultures vivrières, les cultures maraîchères,

les fruitiers et l’élevage, sans entraver les efforts pour constituer de grandes exploitations quand les raisons économiques l’exigent ;

d)-améliorer les revenus et les conditions de vie des agriculteurs tout en permettant l’entrée des devises dans le pays ;

e)-assurer des crédits orientés et garantir la sécurité des exploitants des terres agricoles ;

f)-former les agriculteurs et faciliter la transformation des produits agricoles et de l’élevage ;

g)-assurer aux agriculteurs des intrants améliorés ;

h)-assurer la santé animale et la sécurité  alimentaire ;

i)-préserver les ressources naturelles et améliorer la biodiversité ;

j)-faire de l’agriculture un moteur de croissance et un instrument de lutte contre la pauvreté ;

k)-faire du crédit agricole et du micro crédit aux femmes la base pour dynamiser le milieu rural, ce pour augmenter la production agricole ;

l)-entreprendre des travaux d’irrigation et de construction de route ;

m)-doter le monde rural des institutions sociales, sanitaires et économiques nécessaires pour encadrer la population.

Pour conclure ce plaidoyer je lance une fois encore un appel aux dirigeants de notre pays de comprendre: qu’investir dans l’agriculture en Guinée, c’est investir dans l’insertion socioprofessionnelle d’une catégorie de la population active dont le potentiel de compétence et son attrait pour la mobilité professionnelle sont très faibles. Investir dans l’agriculture en Guinée, c’est investir dans la défense nationale. Investir dans l’agriculture en Guinée, c’est assurer la sécurité intérieure tout en réduisant le flux migratoire. Investir dans l’agriculture en Guinée, c’est participer aux efforts de remodelage du paysage guinéen. Enfin, Investir dans l’agriculture en Guinée, c’est soutenir l’activité touristique comme vecteur de croissance et de développement économique.

 

Amadou Saikou Diallo

Depuis Washington D.C

 

 

In : Politique

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