Lansana Kouyaté, président du PEDN

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Le président du PEDN n’entend pas faire machine arrière. Pour lui, il est hors de question que les députés de son parti siègent à l’assemblée nationale. Au cours d’un entretien exclusif,  l’ancien  patron du gouvernement de large consensus est revenu sur les motivations de son parti à faire fi du futur parlement. Il est également revenu, avec l’éloquence qu’on lui connait, sur le futur  » gouvernement de mission » d’ Alpha Condé et son bilan . Lansana Kouyaté nous a aussi parlé de son livre intitulé  » Du Brasier Somalien à la chaleur onusienne ».  Nous vous proposons l’intégralité de cette interview.

 

Aminata.com : monsieur le président, est ce qu’on peut connaître les raisons de votre visite en France ?

Je suis venu en France, d’abord, pour faire la promotion de mon livre, paru aux éditions du  » Panthéon », le 03 décembre dernier. Moi, je suis arrivé le 23 décembre. Et, comme c’était vraiment juste,  il fallait attendre qu’on bascule dans la nouvelle année pour prendre les différents rendez-vous avec l’éditeur, avec tous ceux qui sont concernés pour pouvoir en faire la promotion. C’est cela l’objet de ma visite. ET, ça me permet aussi de voir les amis. Ma fille fille qui étudie ici à Paris. Je dois rencontrer aussi les membres du conseil fédéral du PEDN en France.

 

Aminata.com: de quoi parlez-vous dans votre livre  » Du Brasier Somalien à la chaleur onusienne ?

ça parle de mon expérience en Somalie et de la continuation aux Nations Unies. Le livre doit continuer, parce qu’après les nations unies, ma carrière s’est transportée à la CEDEAO. Et après la CEDEAO, à l’Organisation Internationale de la Francophonie au Togo et en Côte d’ ivoire. Et après, à la primature de la Guinée. Je crois que ça sera la partie la plus attendue des guinéens. Sachez aussi que je mets ce séjour à profit  pour continuer à écrire. Ce ne sont pas des mémoires, je suis trop jeune pour ça.

 

Aminata.com : actualité oblige, pourquoi le PEDN a-t-il pris la décision de bouder la prochaine assemblée nationale ?

On a décidé de ne pas siéger parce que nous voulons rester logique avec nous mêmes. Nous savons combien de fois, cette élection a été dangereusement tronquée, à ciel ouvert, au vu et au su  de tout le monde, même sans finesse, avec une barbarie jamais égalée.
Le rapport de l’ Union Européenne a été clair là-dessus et a relevé tout ce que, nous mêmes, nous avons eu à relever. Tous les partis de l’opposition républicaine ont décidé de saisir, individuellement, la cour suprême. Cette cour suprême, après avoir reçu nos requêtes et formulé la recevabilité dans la forme et dans le fond pour certains, le rejet pour d’autres, cette cour suprême s’est déclarée incompétente.
Alors, nous avons décidé de saisir les nations unies, la cour de justice de la CEDEAO ainsi que l’ Union Africaine. Toutes ces décisions ont été portées à la connaissance du public. Intra-muros, c’est-à-dire en Guinée, on nous dit : on est incompétent. On saisit les institutions supranationales avant même que  celles-ci ne commencent à se pencher dessus.
Certains ont décidé de siéger à l’assemblée. Je les comprends parce qu’ on a dit qu’il faut consulter nos militants. Notre base ( PEDN ndlr), c’est-à-dire nos conseils fédéraux nous ont dit majoritairement qu’il ne faut pas y aller. Nous sommes respectueux de leur décision qui rencontre notre conviction aussi qu’il ne fallait pas y aller.
Pour nous, on ne peut pas dénoncer une chose et être emmené à collaborer, à entériner cette chose. Dans le futur, tout ce qui se passe là, vous verrez, personne ne sera étonnée de ce qui va arriver la bas. J’ai vécu l’expérience là ailleurs, j’ai vu combien de fois une opposition qui part dans ces conditions est phagocytée.

 

Aminata.com : aujourd’hui, vous faites cavalier seul. Est ce que vos collègues de l’opposition républicaine vous ont-ils trahis ?

Je ne prends pas ça comme une trahison. Chacun a ses réalités. Moi, j’ai respecté la voix de mes militants.  Peut-être ont-ils respecté la voix des leurs.  Toujours est il que, nous avons dit que chacun doit consulter sa base. Ce n’est pas parce que j’appartiens à une alliance que je vais ignorer, superbement, la voix de mes militants. Et eux, non plus.
Je ne leur jette pas la pierre du tout. Mais, je considère que cette décision du PEDN a  été la position de chacun de ces partis dans le passé.  Il n’ y a pas eu  un parti plus boycotteur que le RPG. Est ce qu’on  peut pas faire l’inventaire de tout ce qu’ils ont boycotté ? Depuis l’assemblée nationale jusqu’aux conseils communaux, aux mairies, le RPG  a tout boycotté. L’ UFR, c’est la première fois qu’il siège, tellement qu’il a boycotté. C’est un parti âgé au moins de 15 ans, mais qui n’a jamais siégé à l’assemblée par boycott.
Quant à l’ UFDG,  c’est le parti qui a changé de nom, lui aussi à boycotté. Jean Marie Doré, aussi, a boycotté pour les mêmes raisons que nous aujourd’hui. Alors, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Nous, nous faisons le lien entre causes et effets.  Eux, pas.

 

Aminata.com : Rabiatou Sera Diallo et le CNT viennent d’adopter le projet de loi des finances pour 2014. Que pensez-vous de cela ?


C’est une pantalonnade faite à l’assemblée nouvellement élue. Quand on veut agir sérieusement, dans l’esprit républicain,  il y’a un conseil national de transition, qui n’a pas été élu, qui a été désigné et dont la composition est un méli-mélo; quand la nouvelle assemblée est élue, ce n’est plus là des textes,  c’est d’ailleurs  l’éthique de la démocratie. Et encore que le mandat de cette assemblée concerne l’année 2014 dont la loi  des finances est en cause. C’est cette loi qui doit être discutée. Pourquoi ne pas convoquer l’ assemblée  qui en discute et qui adopte le projet de loi des finances ?
Tout est incongru dans notre pays. Ce n’est pas au moment où une assemblé est élue qu’on fait jouer à une assemblée transitoire un tel rôle. C’est absolument grave, parce que c’est comme mettre les députés devant le fait accompli. Ce budget, je ne l’ai pas vu dans le fond, ni même dans la forme. Mais, je sais que, au moins par information, il n y  a même pas eu de discussions , de débats budgétaires au sein du gouvernement, donc d’arbitrage. Et, ça s’est ressenti au CNT, semble-t-il : des ministres qui ont trouvé que l’avant projet qu’ils avaient déposé est parti fortement tailler. Cela veut dire qu’il n y a pas eu de clarté dans le débat au sein du gouvernement, parce que, avant qu’un gouvernement ne présente un projet de lois à l’assemblée, ça doit être d’abord discuté au sein du gouvernement et accepté par tous. C’est une espèce de budget.

 

Aminata.com : Que pensez-vous du  » gouvernement de mission » que Alpha Condé entend mettre en place les jours à venir ?

Y’a -t-il un gouvernement qui ne soit pas  de mission ?  Tout gouvernement est de mission. Dès lors qu’on a formé le gouvernement, sa tâche est d’accomplir tous les actes qui doivent aller dans le sens de l’épanouissement du peuple au nom duquel, il agit.
Alors, le premier ministre, chef du gouvernement et le président doivent pouvoir savoir que tous ceux qui sont nommés comme ministres sont toujours de mission. Si c’est pour faire le distinguo entre la récompense à donner à des gens qui ont aidé – même dans ce cas, on n’emmène pas n’importe qui- ceux qui ont aidé, quand ils viennent, ils ne viennent pas pour prendre.
Là, c’est même grave, parce qu’on reconnait implicitement que ce gouvernement  (gouvernement Said Fofana ndlr) était là pour rien. Sur trois ans pour un pays, c’est absolument grave. Je trouve que, vraiment, la formulation d’une telle pensée que ce gouvernement qui passe n’est pas de mission, c’est grave. Mission veut dire quoi ? Ceux qui étaient là, ils étaient là pourquoi ? On plaisantait alors. Le président est libre de dire ce qu’il veut, mais je m’excuse de savoir que c’est un gouvernement de mission qui remplace un gouvernement de récompense.

 

Aminata.com : quel bilan faites des trois ans de règne de Alpha Condé ?

J’ai vu un Etat qui s’est formé sur la base de beaucoup de publicités et de promesses non tenues. Promesses non tenues dans les domaines politique, social, économique. En un mot, dans presque dans tous les domaines. Quand je disais aux 100

jours qu’on ne pouvait pas faire un bilan, que c’était prématuré, mais que la tendance brise les symboles posés.
A ce jour, le bilan est globalement négatif. Ce que j’ai dit hier, tous les guinéens le vivent aujourd’hui.  L’unité nationale est plus que fragile. Tout le monde le sait et on sait comment et pourquoi. Les libertés ne s’expriment pas en réalité. On est passé par des périodes de protestation, de marches pacifiques.
Résultat ?  Une soixantaine  de morts. Les coupables d’actes criminels ne sont pas jugés. Il y’a une impunité en la matière et on a vu les états d’âme du ministre des droits de l’ Homme qui a reconnu que les droits de l’ Homme ne sont pas respectés en Guinée.
Au plan économique, ce sont des fermetures en cascade d’entreprises au moment où le gouvernement crie qu’il a créé des emplois. Vous créez un et vous supprimez cinq. Ce n’est pas sérieux de la part d’un gouvernement de clamer ce que tout le monde voit. Il ne sert à rien de cacher. C’est comme si on nettoie le tapis et on met les ordures en dessous du tapis. Un jour ou l’autre ça sentirait mauvais. Mais, ce qui nous arrive. Ne faisons pas la politique de l’ autruche.
Friguia en est un exemple.  Les gens sont toujours en train de crier leur désarroi, leur totale misère au su et au vu de tous les guinéens. Rio Tinto qui avait donné tant d’espoirs par le recrutement au moins des jeunes de toutes qualifications ils en avaient recruté vraiment, malheureusement, par la mauvaise conduite du gouvernement, tout cela a été effiloché et aujourd’hui Rio Tinto doit être au tiers du nombre des travailleurs. Cela signifie que quelque chose ne va pas. Où est VALE, où est la Sotelgui ? Guinomar ? J’en passe.

Dans tout ça, je ne vois rien de véritablement tangible, capable d’inspirer une confiance en l’avenir. J’ai fait l’intérieur du pays pendant la campagne des législatives, je connais le sous-développement, j’en connais une description du point de vue théorique, mais, j’ai dit partout où je suis passé que, cette fois ci, j’ai rencontré le sous-développement par l’état des routes totalement délabrées. Je ne sais pas si cela existe ailleurs. Vraiment.
J’ai fait Beyla-Kérouané: sur 110 kilomètres, 13 heures de temps. Kissidougou-Guéckédou, 85 kilomètres, 8 heures. Sans compter Kouankan – Beyla : c’est le pire des cauchemars que j’ai eus dans ma vie. Donc, le bilan était globalement négatif. Il est maintenant totalement négatif.

 

Mamadou Saliou Diallo pour Aminata.com



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