Me Abdoul Kabèlè Camara, ministre délégué à la Défense : « Nous ambitionnons une armée totalement républicaine et respectueuse des droits de l’homme »

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Dans une récente interview qu’il nous a accordée, le ministre délégué à la Défense est largement revenu sur le processus de reforme qui est en cours au sein des forces armes guinéennes ; ses acquis et défis. Par ailleurs, Me. Abdoul Kabèlè Camara nous apporte quelques éléments de réponse par rapport à l’envoi de soldats Guinéens au Mali ainsi que la fausse rumeur de radiation d’une soixantaine de militaires de la garnison de Kankan. Lisez !

Quelle est la particularité de cet anniversaire cette année ?  

La particularité, c’est que dans le cadre de la reforme, nous avons réussi à mettre en œuvre deux institutions dans le corps de la police et dans celui de l’Environnement. Il vous souviendra, il y a quelques mois, nous avons pu faire enrôler à partir du vivier qui avait été laissé en 2010 par le CNDD, les jeunes soldats qui avaient été recrutés, nourris et logés mais non-immatriculés donc non soldés… Donc, nous avons recruté un certain nombre de ces jeunes pour en faire des Eco-gardes, c’est-à-dire des gardes forestiers. C’est une première dans notre pays. Parce que ce corps avait disparu depuis longtemps.

Maintenant, c’est chose faite. L’Armée guinéenne a réussi à former près de trois mille jeunes. Elle les a encadrés et formés au camp Kwamé Nkrumah au KM36 et les a habillés. Toute la Guinée a été témoin de leur cérémonie de prestation de serment qui a été présidée par le chef de l’Etat, le Pr Alpha Condé. Ce fut un évènement majeur dans l’histoire de notre pays pour qui connaît la place de l’environnement en Guinée. Surtout quand on sait que notre écosystème est sérieusement menacé, que les braconniers sévissent partout à travers le pays et que les feux de brousse font rage.

La remise en scelle de cette institution donc, ne peut que faire avancer notre pays. De l’autre côté, nous avons également puisé dans ce vivier un grand nombre de jeunes pour les faire enrôler dans le corps de la Protection civile qu’on appelle communément les sapeurs pompiers. Ce corps avait été presque diminué durant ces  dernières années. Parce qu’il n’y avait plus qu’un embryon très dérisoire. Non seulement, il n’y avait pas la logistique nécessaire mais également il n’y avait pas d’effectif qu’il fallait. On a donc réussi à faire enrôler ces jeunes dans le corps des sapeurs pompiers. Ils ont été formés et leur formation continue.

Ce nouveau corps d’Eco-gardes qui vient d’être créé, va-t-il être rattaché à l’Armée ou sera un des services paramilitaires ?
 

L’armée s’est occupée de la formation, de l’encadrement jusqu’au produit fini pour être utilisé et placé sous la tutelle du ministère de l’Environnement. Ces gardes forestiers relèveraient exclusivement du ministère de l’Environnement et ils seront utilisés selon le programme que ce ministère aura défini. Ceux de la Protection civile, relèveront du ministère de la Sécurité.

Faut-il s’attendre à un statut particulier pour ce corps ou il relèvera-t-il de la fonction publique ?

Dores et déjà, monsieur le président de la République a pris un décret pour la création de ce corps et des arrêtés d’application ont été pris. Il s’agit des arrêtés conjoints entre le ministère de l’Environnement et celui de la Défense. Ce qui veut dire que les textes réglementaires ont été déjà élaborés ainsi que les arrêtés d’application. Donc, leur statut est particulier et ils constituent un corps paramilitaire qui relève exclusivement du ministère de l’Environnement. En ce qui concerne les sapeurs pompiers, ils relèvent du ministère de la Sécurité et c’est le statut de la police qui s’appliquera à eux.

Est-ce que ces nouveaux gardes forestiers suffiront pour couvrir le besoin réel ?

Comme je l’ai tantôt, ils sont près de trois mille. Je pense que le pays a besoin d’un effectif plus important mais nous allons de façon progressive. Parce que tout cela a un coût et en grande partie, ce coût financier a été supporté par le ministère de la Défense et sur instruction du ministre de la Défense, monsieur le président de la République.

Après avoir envoyé près de 4 mille militaires l’année dernière à la retraite, est-ce que cette année, il faut encore s’attendre à une nouvelle vague de départ pour la retraite des soldats ?  

L’application de tout texte requiert assez de pédagogie. Quand vous prenez les textes et que vous les appliquez de façon aveugle, vous créez des problèmes à vous-même. C’est pourquoi, il faut le faire avec beaucoup de pédagogie et de tact. Nous avons fait admettre à la retraite près de 3928 militaires sur les 4 mille et quelques. En vertu des dispositions de l’ancien statut, en l’occurrence l’article 82, le président de la République a prorogé pour deux ans non renouvelables, la carrière d’un certain nombre de militaires.

Aujourd’hui, nous sommes en train de recadrer l’effectif de l’armée pour savoir exactement le nombre de militaires que compte l’armée guinéenne. Bien entendu que quand vous mettez un grand nombre à la retraite, il y  aura inéluctablement un déficit criard de compétence. Par exemple au niveau de l’armée de l’air, les anciens qui sont admis à la retraite, si on ne les avait pas reconduits pour deux ans, l’armée de l’air allait être purement et simplement décapitée. Idem pour la marine. Donc, nous tenons à l’application stricte des dispositions légales et réglementaires qui ont été adoptées ici en Guinée mais, nous le faisons avec pédagogie. Ceux-là dont la carrière a été prorogée de deux ans non renouvelables, les deux années arrivent à expiration et bien entendu ce nombre va partir à la retraite. Une fois cela fait, nous enclencherons immédiatement sur la revue des troupes.

Ce qui veut dire que nous allons dépêcher une mission à travers le pays au niveau de toutes les unités pour identifier les militaires qui sont malades, qui sont impotents et qui ne peuvent plus servir réellement, c’est-à-dire qui sont alités ou qui sont à la maison. Il faut donc les identifier et essayer de régler leur sort pour ne pas les abandonner à eux-mêmes. Nous allons donc procéder à cette revue des troupes qui va nous permettre de dégager un certain nombre. C’est seulement et à partir de ce moment seulement que nous allons appliquer les statuts. Puisque ces statuts disent qu’il faut  faire admettre les militaires à la retraite, deux fois l’an.

C’est à partir de cet instant que nous allons appliquer la loi en tenant compte des besoins réels du pays. Une fois qu’il y a recadrage de l’effectif de l’armée, nous saurons exactement de combien de militaires on aura besoin dans cet effectif, quelles sont les différentes compétences, de quel type d’homme on a besoin au niveau de quelle unité, qu’est-ce qu’il faut  pour les renforcer, quel est le format réel de l’armée… Quand tout cela sera connu et identifié on pourra ainsi et de façon progressive libérer ceux qui doivent être libérés parce que frappés soit par la limite d’âge soit l’ancienneté.

 Toujours par rapport à ce vaste programme de reforme des forces de défense et de sécurité, dites-nous où vous en êtes dans le cadre de l’encasernement des militaires et de la prise en charge des ceux déclarés invalides?
 

Concernant les militaires invalides, je rappelle qu’il y a une direction qui s’occupe de leur cas, il y a une direction générale des pensions militaires et des anciens combattants. Les invalides, leur sort est réglé conformément aux textes en vigueur et il n’y a aucun problème.

En ce qui concerne l’encasernement, de gros efforts sont en train d’être fournis dans le cadre de la reforme. Le président de la république, chef des armées, s’implique directement au travers de son budget de souveraineté. Par exemple les 7 bataillons qui ont été prévues dans le cadre de la délocalisation des armes lourdes et de la démilitarisation de la ville de Conakry, le président de la République a décidé de lui-même d’utiliser son budget de souveraineté pour la construction de sept bataillons à travers le pays. Dans le budget du ministère de la Défense, un montant très important a été prévu pour la construction de près de 15 compagnies d’infanterie. Et sur les 15, je pense que nous avons engagé l’appel d’offre pour au moins 10 compagnies d’infanterie. Cet appel d’offre a été fructueux et les entrepreneurs sont connus. La procédure d’engagement du budget est entreprise et les travaux vont commencer.

Déjà, au niveau de certaines régions militaires comme N’Zérékoré où le camp militaire avait été complètement démoli pendant la période de transition, nous avons repris complètement les travaux. Le montant pour la rénovation et la reconstruction de ce camp a été dégagé, l’entrepreneur a commencé les travaux depuis fort longtemps. Et il en sera ainsi au niveau de certains pays, le long de nos frontières. Parce qu’il est absurde de démilitariser Conakry, d’affecter les militaires le long de nos frontières à l’intérieur du pays et ne pas les loger. Sinon ce sera une occasion d’instaurer l’indiscipline caractérisée et c’est ce qu’il faudra éviter. C’est raison pour laquelle de gros efforts sont en train d’être déployés. C’est là vraiment l’avantage de la reforme pour que d’ici la fin de l’année 2015 que nous ayons presque des compagnies construites de façon identique sur  tout le territoire national et que les bataillons soient construits de façon également identique et qui répondent au besoin réel de nos forces armées.

 

A part les financements des partenaires au développement et les interventions ponctuelles du chef de l’Etat, y a-t-il d’autres sources de financement de ce programme de reforme ?

En dehors de ces deux sources, le financement de certaines activités allant dans le cadre de cette reforme, est pris en charge par le budget alloué par l’Etat à notre ministère. Quand on a lancé la reforme, nous sommes partis sur la base d’un principe, faire ce que nous devons faire dans l’immédiat et de façon urgente sans attendre les partenaires au développement. Parce que la possibilité existe dans notre budget et pourquoi ne pas utiliser ce budget qui est mis en place pour cela.

Il y a un adage populaire de chez nous qui dit : quand on vous aide à laver le dos, lavez-vous, vous-même, le ventre. Toute action qui ne nécessite pas l’intervention des partenaires au développement, nous nous y engageons tout de suite. C’est ainsi que nous avons estimé pour les 7 bataillons de même que pour les compagnies, que nous ne pouvons pas tendre la main aux partenaires bi et multi latéraux. Puisqu’il existe une ligne qui est inscrite dans le budget, qui est consacrée aux investissements publics au niveau de l’armée et c’est  cette ligne qu’on utilise de façon correcte. Il faut donc utiliser cette ligne de façon judicieuse pour ne pas qu’à la fin de l’année, cette ligne soit perdue. Nous faisons donc une programmation sans attendre nos partenaires. C’est pourquoi nous avons identifié plusieurs actions :

c’est le cas de la délocalisation des armes lourdes à Conakry. Avant tout le monde constatait cette présence des armes lourdes à travers notre capitale, mais on n’a pas besoin de tendre la main aux partenaires pour faire cela parce que simplement nous avons notre budget. Nous nous organisons de manière à trouver des porte-chars pour pouvoir  transporter ces armes là où il faut les transporter. Nous avons également  organisé le ravitaillement au niveau de l’intendance sans avoir à tendre la main aux partenaires. C’est pourquoi, nous avons acquis des camions aujourd’hui qui nous permettent d’assurer le ravitaillement de toutes les unités en temps réel et même faire une prévention avec dépôt de stocks pendant la saison pluvieuse par exemple. Cela nous permet de prévoir des stocks de sécurité à l’intérieur du pays. Egalement quand nous avons été menacés le long de nos frontières maritimes, le président de la République nous a instruits de mettre en place  la préfecture maritime et en même temps construire de SEMAFOR à Tamara et à Koundidé.

Très prochainement à Benty pour que nous puissions organiser la surveillance de nos côtes et que la criminalité transfrontalière au niveau maritime soit jugulée. Souvenez-vous par exemple de l’immigration clandestine, du trafic de drogue et également de la piraterie en mer. Très souvent on pouvait entendre que des bateaux étaient attaqués. Nous avons donc entrepris des actions dans ce sens et c’est là réside même une des nouveautés de cette reforme, la sécurité maritime est effectivement assurée. C’est ce qui a fait que la pêche illicite a complètement baissé. Parce que nous avons arraisonné plusieurs navires et nous avons pris plusieurs dispositions nécessaires d’ailleurs pour modifier la loi sur les montants à infliger à ces navires pirates. Il faut qu’on quitte même du simple au quadruple des montants y compris la saisie des navires.

Le plus souvent l’armée guinéenne est taxée comme étant une armée regorgeant de trop d’officiers et très souvent le président en a fait lui-même le constat. Qu’est ce qui est prévu dans le cadre de la reforme pour vraiment inverser cette tendance ?   

Justement on est en train de tout mettre en œuvre pour faire en sorte que la pyramide ne soit plus renversée. C’est pourquoi nous parlons de recadrage de l’effectif de l’armée. Au-delà, il faut assurer la formation, essayer de connaître le format réel de notre armée et ce format nous permettra exactement de voir quels sont nos besoins à court, moyen et long termes. Egalement nous avons un texte qui prévoit le temps du commandement.


Tout cela nous permettra de mobiliser les ressources humaines. C’est d’ailleurs l’une des raisons fondamentales qui nous a conduits à faire le recensement biométrique. Mais ce recensement biométrique n’a pas servi que de connaître simplement l’effectif réel, il nous a aussi permis dégrossir l’effectif en identifiant les fictifs, ceux qui sont décédés et continuent à émarger encore. Je vous assure que ce recensement ira à terme et un contrat a été signé. Ce qui va nous permettre de quitter la gestion de l’effectif pour venir à une gestion informatisée des ressources humaines.

En tant que ministre délégué à la défense, vous êtes le manager qui est au cœur de cette politique de reforme de l’armée. A ce titre parlez-nous des grands acquis et défis de cette reforme ?

Les grands acquis, c’est que les forces armées guinéennes, taxées autrefois d’indisciplinées, se retrouvent autour d’un idéal. C’est le fait d’adhérer librement et volontairement à la mise en œuvre de la reforme, c’est conduire la reforme par le billet d’un cabinet technique qui est installé au niveau du ministère de la Défense et regroupant un grand nombre de cadres du ministère y compris des officiers généraux, supérieurs, officiers, sous-officiers, toutes les compétences sont regroupées là et ils travaillent sans désemparer.

Ce comité technique est permanent conformément  au décret portant création du comité national de pilotage  et commission d’orientation stratégique dont les démembrements sont l’unité de gestion, la commission technique de suivi et les comités techniques sectoriels. Donc ce comité technique sectoriel travaille d’arrache-pied tous les jours, ça c’est un premier acquis. Le deuxième acquis, c’est que le président de la République en accord avec le commandement militaire, nous a instruits d’entreprendre des actions prioritaires urgentes et sans attendre l’intervention de nos partenaires bi et multilatéraux. Un autre acquis et très significatif depuis le lancement de cette reforme, c’est la mise à la retraite. Depuis 1958, des militaires étaient enrôlés dans les forces armées et continuaient encore à émarger jusqu’en 2011. Nous avons pu déceler tous ces cas et avec l’aide des Nations unies, nous avons pu accompagner en douceur 3929 militaires.

Un autre acquis, c’est le recensement biométrique. Ce recensement biométrique nous a permis de connaître l’effectif normal de l’armée, de le recadrer et d’entreprendre des renforcement de capacité en matière de gestion des ressources humaines et tendre vers une gestion informatisée de ces ressources humaines. Autre acquis et non des moindres, c’est la réconciliation de l’armée avec son peuple. Dans ce cadre, nous travaillons avec le comité civilo-militaire et à l’interne, les dispositions sont prises pour que désormais, l’armée assure sa mission traditionnelle, celle d’assurer l’intégrité territoriale de notre pays et de protéger le peuple de Guinée et ses biens.

Il n’est plus question pour l’armée guinéenne de descendre dans la rue à l’occasion d’une manifestation quelconque qu’elle soit politique ou non.  Cette mission revient strictement à la police et à la gendarmerie dans un cadre bien précis pour cette dernière. Et à terme, c’est la police qui interviendra le plus souvent, la gendarmerie viendra uniquement en appui et dans des cas exceptionnels. Voilà notre volonté réelle et notre ambition. Au nombre des acquis, il y a la sécurité  maritime par le biais de SEMAFOR, la mise ne place d’une institution appelée préfecture maritime.

Aujourd’hui, la Guinée sur laquelle on jetait la pierre dans le cadre de la pêche illicite, du trafic de drogue en haute mer et autres criminalités, est applaudie de tous. Parce que cette préfecture maritime devient une réalité et la sécurité maritime par le biais de SEMAFOR, est assurée à peu près et le président de la République ainsi que le commandement est en train de mettre les bouchées doubles pour que cette sécurité maritime soit renforcée. Une autre réalisation, c’est la formation. Aujourd’hui, vous ne trouverez aucun militaire qui ne soit déterminé à aller dans les écoles.

Ils veulent tous aller se former et personne ne croise les bras. Non seulement on assure la formation mais aussi la formation continue et le recyclage même au niveau des généraux. Parce que un militaire ne peut pas se contenter tout simplement du diplôme acquis à tel ou tel centre d’instruction et puis se croiser les bras. Il faut absolument se former …  parce que le monde évolue avec les nouvelles technologies. Il faut donc s’adapter à cette mutation du temps. D’où la nécessité de se recycler, le besoin est là et tout le monde s’y emploie avec l’aide de nos partenaires.

Nos commandos rangers en attente à Samorya sont formés grâce à la coopération chinoise, américaine, française. Dans le cadre de la formation, les Etats-Unis et la Grande Bretagne ainsi que l’Espagne sont en train de fournir de gros efforts pour que nos officiers se rendent non seulement dans ces grandes puissances mais aussi apprennent l’espagnol et l’anglais. Donc, la formation constitue un acquis qui doit être consolidée, poursuivie. On n’en finira jamais parce que la reforme ce n’est pas pour une ou deux années.

Et termes de défis maintenant ?

On le sait le monde évolue. En plus des menaces traditionnelles, il y a l’apparition de nouvelles formes de menace, elles font parties des défis à relever. Les menaces terroristes et surtout avec ce qui se passe à nos frontières et au-delà même. Les nouvelles menaces, c’est l’instabilité politique à l’intérieur du pays. Quand dans un pays, on n’arrive pas à s’entendre  et s’organise suivant les communautés ethniques, ça entraîne le chaos, le désordre. Donc, assurer l’unité nationale représente pour nous un des défis à relever. C’est-à-dire, faire en sorte que le territoire soit indivisible, que les fils de notre pays, quelles que soient leurs sensibilités et leur divergence d’opinion, retiennent la Guinée.

Parce qu’aujourd’hui, vous êtes au pouvoir, vous avez un mandat et si ça ne va pas, le peuple vous sanctionne à travers des élections libres et transparentes au lieu de descendre dans la rue, semer le chaos, l’anarchie et casser tout ce que les autres ont construit pendant des années et sur le dos du contribuable guinéen. Il faut donc assurer la stabilité parce l’instabilité nous éloigne les investisseurs.  Aucun investisseur ne prendra le risque de venir investir chez nous s’il n’y a pas la stabilité politique.

Autres menaces, c’est la criminalité transfrontalière de même qu’à l’intérieur du pays, la circulation des armes de tous genres, nous expose à des risques énormes. Il fut un moment où les guinéens n’arrivaient plus à dormir ou à circuler paisiblement même pendant la journée. Tous ceux-ci représentent des nouveaux défis qui sont accentués par la pauvreté qu’il faut vaincre par la redistribution équitable des revenus. C’est pourquoi, le président de la République a mis en place la politique de l’unicité des caisses. Il se bat pour qu’il y ait la transparence dans la gestion des revenus générés par nos mines. C’est dans cette perspective qu’il a doté notre pays d’un nouveau code minier. Sans la stabilité, sans cet effort en faveur d’un développement durable de la part de l’ensemble des Guinéens, il n’y aura aucun investisseur.

Au bout de ces nombreuses reformes, quelle armée ambitionnez-vous pour la Guinée de demain ?

C’est une armée totalement républicaine, une armée pleinement consciente de son devoir et de sa mission traditionnelle,  soumise à l’autorité civile conformément à la constitution, respectueuse des droits de l’homme, du droit international humanitaire, une armée qui sait défendre l’intégrité de son territoire mais également protéger ses citoyens, une armée qui sera en parfaite communion avec son peuple que nous voulons. Ce que je dis, je le tire du fond de moi-même et c’est cela la vision de monsieur le président de la République, le Pr Alpha Condé, du commandement et du ministère.

On annonce l’envoi d’un nouveau contingent au Mali au compte de l’ONU. C’est quand son départ ?

Pas de date pour l’instant. Parce que tout simplement cela relève d’un long processus. D’abord l’échange des accords avec les Nations unies puisque c’est elles qui sont demandeurs et la Guinée n’est qu’un pays contributeurs. Actuellement entre la Guinée et les nations unies, il y a un parfait accord.  Nous avons reçu le 31 octobre la note verbale notifiant la participation de la Guinée à ce contingent et le président de la République a donné des instructions pour que la Guinée marque son accord ce jour là même. Dès le 1er novembre, les Nations unies ont reçu l’accord formel de la Guinée. C’est une excellente chose qui marque le retour de la Guinée dans le concert des nations.

Dès la création de cette armée en 1958 et les années qui ont suivi dans le cadre des guerres de libération des pays voisins, la Guinée a contribué, également pour certaines missions notamment au Congo, ex-Zaïre, en Angola, Algérie et ailleurs, la Guinée y a participé. Mais depuis un certain nombre d’années, il y a rupture. Nous ne sommes plus présents dans les missions de l’ONU, de l’Union africaine.  Maintenant, c’est chose faite. Le président de la République veut renouer avec cette tradition dans le cadre strict du respect de nos engagements internationaux. L’Union Africaine a besoin d’une force en attente et la Guinée par le biais d’un contingent bien formé… Nous allons mettre en place un centre de perfectionnement qui va regorger d’un contingent de 850 à 900 personnes qui y seront formées et qui seront utilisées selon les besoins des Nations unies et de l’Union africaine.

 Quel est le nombre exact de militaires Guinéens qui vont être déployés au compte de cette mission onusienne ?

On demande un bataillon. Un bataillon peut-être composé de plusieurs manières. De toutes les façons, nous avons déjà prêts sur le site, près de 900. Les Nations unies nous demandent aujourd’hui qu’ils ont besoin de 300, 400 ou de 500, nous déployons tout de suite ce nombre. Mais présentement, nous sommes dans une logique de formation de ce bataillon de façon permanente.
Guinéenews : La carte du déploiement, c’est-à-dire le choix de la zone d’intervention dépend du pays contributeur ou des Nations unies ?
Me. Abdoul Kabèlè Camara : Le déploiement des soldats dépend des besoins des Nations unies et de l’Union Africaine et de la CEDEAO.

Certaines informations ont récemment fait état de la radiation d’une soixantaine de militaires au niveau de la garnison de camp. Qu’en est-il exactement ?

Les radiations sont entreprises par arrêté et très franchement je ne sais pas quel arrêté j’ai signé pour radier qui que ce soit encore. C’est-à-dire que s’il y a radiation, ça doit se faire par arrêté du ministre et pour l’instant, c’est moi le ministre délégué à la Défense. (Rire)

Il n’y a eu aucune radiation donc ?

Me. Abdoul Kabèlè Camara : Non, si vous avez un nom de militaire radié à votre connaissance, dites-le moi, je me prononce là dessus tout de suite.

Votre mot de la fin ?

J’encourage nos forces de défense et de sécurité ainsi que toutes les forces paramilitaires pour le grand sacrifice qu’ils ont consenti dans le cadre de cette reforme. On leur a demande beaucoup de sacrifices et ils les ont acceptés. Cependant, ce qui reste à faire est encore plus grand et c’est noble parce que les dividendes seront récoltés demain par nos jeunes. Car aujourd’hui, nous travaillons pour la progéniture. Il faut que ceux-là qui viendront après nous, se disent que leurs devanciers ont bien travaillé. D’où la nécessité pour tout chacun de  se lever et de travailler dans l’intérêt de la reforme conformément à la volonté et à la vision de monsieur le président de la République, Pr Alpha Condé. Demain quand aura tout mis en place, quand cette armée sera bien recadrée avec un format, avec une planification, une programmation des dépenses, nos jeunes qui auront la vie facile et pourront gérer cette armée sans difficulté.

Il n’y aura plus d’indiscipline, en tout cas ils pourront la gérer conformément aux textes parce que tout le monde aura les outils nécessaires pour travailler. Ce que je souhaite, c’est que cette armée continue de prendre conscience que sa mission traditionnelle, c’est protéger notre constitution avec monsieur le président de la République qui est le chef suprême des armées. Sa mission traditionnelle, c’est de protéger la population guinéennes, ne jamais sévir contre elles, faire en sorte que dans le stricte respect des principes humanitaires que l’armée guinéenne puisse évoluer dans les casernes et non dans les rues. Que le rôle de maintien d’ordre public soit dévolu exclusivement à la police et par à-coup à la gendarmerie. Donc, nous devons y contribuer. Je remercie le président de la République pour tout l’effort consenti, le Premier ministre, chef du gouvernement pour son appui inconditionnel. Quand on veut bâtir une nation forte, il faut consolider, rendre forte ses institutions. Car une nation forte repose sur des instituions fortes et l’arme constitue sa colonne vertébrale.

Une fois que la colonne vertébrale est touchée, c’est tout le corps qui va en ressentir. Donc, faisons en sorte que cette colonne vertébrale ne soit jamais affectée. Nous devons tous y travailler. Personne ne doit par contre manipuler l’armée, qu’on soit civil ou militaire. C’est pourquoi, l’armée est appelée la Grande Muette parce qu’elle est en dehors de toutes les turbulences politiques, sociales, de toutes les manipulations possibles. Elle se consacre exclusivement au pays, soumise à l’autorité civile légalement établie. C’est ce qui est notre vœu le plus ardent. C’est ce que nous avons compris et que nous allons poursuivre avec l’aide des médias qui portent les messages que nous souhaitons apaisants et conciliateurs et non des messages de haines et de division.

Interview réalisée par
Camara Moro Amara

En collaboration avec Aminata.com



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