Marie Yvonne Coumbassa de la FESABAG: « nous allons fermer toutes les banques en Guinée si … » (interview)

Lors d’un entretien accordé à quelques journalistes lundi 2 octobre 2017, la secrétaire générale adjointe de la FESABAG, Marie Yvonne Coumbassa, n’a pas mâché ses mots pour dénoncer certaines attitudes malsaines des patrons des Banques  vis-à-vis de certains travailleurs des entreprises bancaires de la place et certains membres actifs de la FESABAG.

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Au mois de mai  dernier, la FESABAG a déclenché une grève contre les patrons des banques dans le but d’améliorer les conditions salariales des travailleurs des entreprises bancaires, au cours de laquelle, les accords ont été signés. Dites-nous qu’en est-il aujourd’hui ?   

Marie Yvonne Coumbassa : Nous avons signé ces accords dans l’enceinte de la primature devant le Premier ministre et quelques membres du gouvernement vers 2 heures du matin.

Nous avons accepté de signer ces accords suite à un coup de fil du président de la République qui nous a demandé une doléance de suspendre la grève pour l’intérêt des musulmans suite au mois de ramadan.

A cet effet, nous avons considéré l’intérêt supérieur de la  nation et, en plus, les sociétés pétrolières avaient décidé de fermer le lendemain.

Nous avons demandé à nos patrons de signer ces accords à 2 heures du matin. Ces accords ont été signés sous une pression. Dans ces accords, nous avons exigé qu’on mette un point parce qu’au tour de la table, nous avons constaté que les patrons avaient des griefs contre les syndicalistes.

Dans ce point, il était mentionné que personne ne devait être inquiété, ni poursuivi pour de fait de grève.

A notre fort étonnement, ce mois là, nous avons vu des convocations qui tombaient dans les banques privées convoquant quelques syndicalistes qui étaient sur le terrain pour fait de grève. Ça a débuté à la société générale, il y a eu d’abord des sanctions qui sont tombées soit disant qu’il y a un des travailleurs de ladite société qui a écrit sur les réseaux sociaux que les Guinéens sont à la merci des français et des ivoiriens.

Sur ceux, la direction a dit que notre camarade a tenu des propos racistes, qu’est-ce que ça veut dire raciste ? Pour dire que les guinéens sont à la disposition des français et des ivoiriens, non, ça ne veut pas dire qu’ils sont racistes. Effectivement, c’est ce qui se passe dans nos institutions.

Les étrangers qui sont dans les institutions même s’ils ne connaissent rien, ce sont eux qui sont au dessus de tout. C’est ce que le jeune a dénoncé, à cause ça, il a été affecté à Dabola.

Le premier secrétaire de la communication de la FESABAG a été affecté  à Télémélé tout simplement parce qu’il communiquait avec les syndicalistes.

Lui aussi, il a été victime parce qu’il a reçu une convocation de la gendarmerie de Matam. Ils se sont déplacés de Conakry jusqu’à Télémélé pour aller auditionner notre camarade. Chose qui est très grave.

Aujourd’hui, il y a au moins 9 syndicalistes qui sont convoqués devant la justice pour fait de grève. Où on va ? L’autorité est où ? Nous avons mis une commission en place qui est partie rencontré le président de l’Association Professionnelle des Patronats de Banque, Monsieur Manga Fodé qui est le directeur de la Banque BICIGUI qui nous a renvoyés vers la Banque Centrale, en disant aller rencontrer le gouverneur de la banque centrale, c’est lui qui a la solution.

Cette commission s’est rendue à la Banque Centrale, le gouverneur nous a promis, mais au moment où je vous parle, rien n’est fait. Les convocations continuent à tomber. Il y a eu des camarades de la BCI qui sont passés trois jours à la justice. Et à la fin du mois les trois jours ont été prélevés sur leurs salaires à tort. Ça ne peut pas aller. L’acte que les patrons posent aujourd’hui, on ne peut pas céder à ça.

Nous avons appelé l’inspection générale du travail parce que c’est lui qui était le garant des accords qu’on respecte ici aujourd’hui. Il ne nous a pas répondus.

Si d’ici le 5 octobre, l’Etat ne nous appelle pas, nos patrons ne nous appellent pas également pour nous adresser un courrier, afin qu’ils  retirent  leur plainte devant la justice, nous allons fermer toutes les banques, assurance et micro finance de Conakry jusqu’à Yomou. Après ça, nous allons porter plainte contre nos patrons parce qu’on a été accusés.

Aucun patron n’a été insulté, aucun n’a été menacé, aucun n’a été inquiété pendant la grève. Et, la grève est vraiment reconnue par la constitution guinéenne.

Pourquoi aujourd’hui, on nous empêche ? Pourquoi on nous intimide ? Ce qui m’a fait très mal, les convocations ont commencé à tomber devant notre premier secrétaire général de la FESABAG qui est Monsieur Abdoulaye Sow de la BICIGUI qui était là et, qui devrait aussi être inquiété parce que c’est lui qui nous a demandé d’aller en grève.

Aujourd’hui, ses camarades sont convoqués, et il se permet de voyager, soit disant qu’il va assister au congrès de la CGT, c’est la CGT qui le regarde ou c’est sa mission tant que premier responsable de la FESABAG.

Est-ce que vous ne le soupçonnez pas d’avoir une main noire derrière cette intimidation dont vous êtes victimes de la part des patrons des Banques ?

Marie Yvonne Coumbassa : Je donnerai ma tête à couper, il est derrière ce problème parce qu’en Guinée, on peut dire qu’après l’Etat, c’est  la FESABAG. Mais, si aujourd’hui, notre mouvement syndical est en train de trainer dans les juridictions, ça veut dire que la FESABAG est corrompue quelque part, à la personne de notre premier secrétaire général, Abdoulaye Sow parce que si un travailleur du secteur financier est convoqué, je pense que c’est toute la FESABAG qui est convoquée.

Il devrait se rendre à la justice pour accompagner ses travailleurs pour dire que c’est lui qu’il faut convoquer, pas ces  syndicalistes, mais aujourd’hui, il est parti en France laissant ce problème là ici. Ça veut dire qu’il n’est pas inquiété.

Donc voulez-vous dire qu’il compose avec ces patrons des banques ?

Marie Yvonne Coumbassa : Bien sûr, il compose, je peux même le dire en face de lui.  Aujourd’hui la FESABAG a été  rajeunie, il y a eu de la révolution au sein de cette structure, les jeunes sont venus pour dénoncer les lacunes. Parce que nos patrons ont eu l’habitude d’acheter les négociations.

Aujourd’hui, les jeunes qui composent la FESABAG, on dit non à ces genres de corruption. Et, c’est ça qui pose ce problème. Au tour de la table, nos patrons nous ont dit qu’ils ont des difficultés cette fois-ci, c’est une première fois autour de la table que les négociations trainent pendant trois mois.

A cet effet, ces mêmes patrons nous qualifient des gens inexpérimentés au tour de la table. Et, à notre tour, nous les avons répondu  effectivement qu’on est inexpérimenté. Mais, nous sommes responsables à la base pendant 20 ans.

Aujourd’hui, nous sommes inexpérimentés sur la table de négociations parce qu’on refuse la corruption. C’est pourquoi, vous nous traitez d’inexpérimentés, mais on assume.

Les négociations, c’est l’intérêt des travailleurs qui prévaut autour de la table, pas l’intérêt d’un individu et, c’est ce qui nous suit aujourd’hui.

Ibrahima Sory BARRY pour Aminata.com

Tel : +224-654-79-50-63

 

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