"J'ai vu mon ami couler sous mes yeux"

Expulsé sur un cargo, Ibrahima Diallo, le jeune clandestin guinéen raconte le drame qui a coûté la vie à son ami d’enfance ce weekend…  Quand ils prenaient l’océan sur leur petite pirogue, les deux pêcheurs ne pouvaient s’empêcher de fantasmer chaque fois qu’ils croisaient un cargo en route vers d’autres rivages. Sous leurs yeux d’hommes à peine majeurs, forcément rêveurs, le mirage d’une nouvelle vie loin des côtes guinéennes et d’une mer devenue avare de poissons. Une pêche vitale pour ces populations, en partie confisquée par les filets attrape-tout des chalutiers japonais ou américains.

« On se disait qu’un jour on prendrait un de ces bateaux et qu’alors on pourrait s’en sortir », pleure Ibrahima Diallo, dans un Français limpide mais d’une voix à peine audible. Les deux amis d’enfance, âgés de 18 ans, en parlaient dans le vague. Jusqu’au jour où l’occasion s’est présentée. C’était un peu avant Noël, sous la forme d’un porte-conteneurs italien. « Nous étions au large de Dakar quand un gros bateau s’est approché, raconte-t-il. « On a alors décidé de l’accoster avec une corde et de tenter notre chance … »

 

Sans bagage ni change, les deux clandestins sont confinés dans une cabine étroite. « Les marins nous ont nourris et nous n’avons jamais été maltraités ». Au terme d’un périple inimaginable de 25 jours, les migrants guinéens ont finalement foulé le sol français. Un voyage qui les a successivement conduits en Belgique, en Italie, au Portugal. Refoulés, partout. « Dans chacun de ces pays, les autorités nous ont empêchés de descendre », constate Ibrahima.

 

K-Way sombre et regard fuyant, la marque des hommes traqués, le jeune adulte est pourtant seul, ce lundi matin, pour raconter cette histoire. Et pour cause : son ami, Mamadou Saydou, repose à la morgue. Il s’est noyé vendredi soir, à quelques mètres du but. « Quand le bateau est arrivé à Marseille », reprend Ibrahima, étranglé par l’émotion, des policiers nous ont fait descendre. Pour la première fois, on a touché la terre ferme… Au commissariat, on leur a expliqué qu’on ne voulait pas retourner en Guinée, que là-bas, on aurait droit à 3 ans de prisons pour clandestinité. Mais eux, nous ont fait signer un papier de refus d’entrée sur le territoire. Mamadou leur a alors dit qu’il préférait mourir que partir… » Les immigrés sont pourtant reconduits sur le cargo italien. Sonnés mais déterminés, ils prennent une décision désespérée. « On s’est caché sur le pont, sanglote Ibrahima, et quand le navire a commencé à s’éloigner, on a sauté à l’eau pour regagner le rivage ».

 

Il est 19 heures. Les deux hommes sont épuisés. L’eau du Port est gelée. « On nageait côte à côte. Mais à un moment, Mamadou m’a dit qu’il n’y arrivait plus. Je lui ai hurlé de s’accrocher… Ce sont les derniers mots que j’ai entendus de lui. Il a coulé sous mes yeux ». Une noyade qui, selon plusieurs associations, exige « des éclaircissements et une enquête. » « Ils auraient dû être placés en zone d’attente et informés de la possibilité de ne pas être renvoyés durant un délai de 24 heures », s’insurge Jean-Pierre Cavalié, délégué régional de la Cimade. C’est une violation manifeste de la convention de Genève ». Et de cogner : « On ne leur a même pas laissé enregistrer une demande d’asile ! Si la loi avait été respectée, un jeune serait encore en vie ».

 

Du côté de la préfecture de police, à l’inverse, on promet que « toutes les procédures ont été respectées et que les deux immigrés ont été placés en zone d’attente et avisés de leurs droits… Mais ils n’ont pas souhaité en bénéficier. » Après plusieurs jours de placement en centre de rétention, Ibrahima Diallo a finalement été libéré. Actuellement logé dans une paroisse, le Guinéen a obtenu un titre d’asile provisoire. Dans l’attente que son cas soit examiné, « sur le fond ».

 

la Provence pour Aminata.com

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