Ibrahima Sakho, président du parti Changement, progrès, unité pour la Guinée (CPUG)
Ibrahima Sakho, président du parti Changement, progrès, unité pour la Guinée (CPUG)

« Je pense sincèrement que ces deux formations politiques [RPG et l’UFDG, NDLR] ne pensent pas du tout à la population guinéenne ».

Né il y a 43 ans à Siguiri, Ibrahima Sakho a fait son enfance et toute sa carrière en France. Diplômé en droit privé à la Sorbonne Panthéon, M. Sakho est aussi un entrepreneur.

Marié et père de 4 enfants, il est rencontré au pays pour diriger le parti Changement, progrès, unité pour la Guinée. Cette semaine, votre quotidien en ligne l’a rencontré. Au cours de cet entretien, le président de CPUG accuse les deux principaux partis (RPG et UFDG) d’être à l’origine des crises qui assaillent le pays. Lisez.

Aminata.com : pourquoi vous êtes entré en politique ?

Ibrahima Sakho : je suis rentré en politique parce qu’il y a deux ans et demi, je suis venu en vacances juste pour trois mois pour voir mes parents. J’ai constaté beaucoup de misères sociales dans mon pays qui m’étaient insupportables. Ensuite je suis revenu deux ans après pour pouvoir faire le tour du pays. Le constat était très alarmant. Partout où je passais je voyais la misère sociale. A partir de là je me suis dit que ce n’était pas possible, je ne pouvais pas rentrer en France rester indifférent. C’est pour cela que j’ai décidé quelques mois plus tard de créer mon parti politique : Changement, progrès, unité pour la Guinée (CPUG).

Quelles sont les principales valeurs que vous défendez ?

Ce qui nous distingue des autres partis politiques traditionnels, l’UFDG et le RPG, c’est d’abord notre jeunesse. Nous sommes un parti très jeune où les membres à savoir les cadres, les militants et sympathisants l’âge varie entre 18 et 45 ans. Le deuxième élément, nous n’avons pas les mêmes valeurs avec l’UFDG et le RPG. Nous prônons la valeur de compétence, de l’expérience, d’intégrité de lutter farouchement contre la corruption. Ce qui n’est pas le cas de deux autres formations l’UFDG et le RPG.

Vous vous définissez de quel courant ?

Seulement avec l’évolution du monde moderne ces courants n’existent plus. Ce qui est important pour moi c’est de faire une politique du social. Le fait qu’il y ait une misère sociale dans notre pays je peux être parfois libéral ou socialiste ou autre chose. Mais en sommes je suis ni de gauche ni de droite. Tout simplement mon parti a pour objectif de lutter contre la misère sociale dans notre pays. Je mettrai tous les moyens qui sont à mon pouvoir pour que nous sortions de cette pauvreté que nous nous connaissons depuis une soixantaine d’années.

Quel est votre programme sur le problème d’infrastructures en Guinée ?

Lors que nous prenons aujourd’hui la Guinée, le plus grand problème par rapport à la construction de nos routes c’est les appels d’offres. La construction de toutes les routes est confiée à une famille qui fait partie du clan du président. Du coup, ça n’arrange pas parce que le travail effectué n’est jamais achevé et il est toujours mauvais. Quand je serai au pouvoir ça sera complètement différent. On va lancer un vrai appel d’offres et ça sera fait avec des entreprises sérieuses qui ont déjà prouvé leur compétence ailleurs.

Comment vous allez trouver les moyens pour financer votre politique d’infrastructures routières ?

Il va y avoir des moyens. Vous savez actuellement dans notre pays étant donné que 80% de la jeunesse guinéenne est au chômage, il est extrêmement difficile de faire des recettes ailleurs que les recettes minières. Quand ces recettes minières tombent tous les mois, elles servent uniquement au budget de fonctionnement de l’Etat. Ce que je vais faire c’est très différent. L’économie va être basée sur l’agriculture que nous allons développer. Ensuite les recettes minières serviront exclusivement pour construire les infrastructures routières, hospitalières, universitaires, des barrages. En plus de ça, nous demanderons également des prêts raisonnables à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international.

Que vous inspire la crise des enseignants ?

Je pense qu’il est raisonnable que le Chef de l’Etat s’implique dans la résolution de ce problème. Geler les salaires des mères et des pères de famille n’est pas du tout raisonnable. Quel que soit le problème il est important que nous soyons responsables. Il doit y avoir du dialogue, rien que le dialogue.

Est-ce que vous avez défini l’origine de la crise ?

L’origine, c’est les conditions de vie des enseignants qui sont déplorables. Condition qui n’est pas du tout acceptable. Il est clair qu’à un moment donné si nous voulons avoir de bons enseignants il va falloir qu’ils soient payés à la hauteur de leurs efforts.

Le gouvernement dit que le budget national ne peut pas supporter une éventuelle augmentation de salaire.

Je suis désolé de le dire, il y a des financements. Lorsqu’un ministre peut s’acheter une voiture à 400 millions de francs guinéens je pense que le minimum que les enseignants demandent c’est 8 millions de francs guinéens. Même si on ne peut pas leur donner ce salaire on peut négocier pour que ça soit à la baisse. Il ne faut pas jouer sur le pourrissement de cette situation pour qu’à la fin qu’ils abandonnent. S’ils n’abandonnent pas ce qu’ils sont sûrs et certains de la légitimité de leur réclamation.

Une autre crise qui secoue le pays c’est le bras de fer entre l’UFDG et le gouvernement. Quelle analyse faites-vous de ce bras de fer ?

C’est une crise imposée par l’UFDG et le RPG. Plusieurs manifestations depuis presque huit ans c’est du jamais vu. Je pense sincèrement que ces deux formations politiques ne pensent pas du tout à la population guinéenne. Manifester pour tout simplement réclamer des installations des conseillers communaux c’est peut-être légitime mais aller jusqu’à tuer nos concitoyens guinéens ce n’est pas bien pour l’image du pays. Aujourd’hui nous observons l’anarchie totale dans notre pays. Personne ne vient chez nous. Tout le monde fuit la Guinée. Alpha Condé et Cellou Dalein ne sont pas du tout prêts à se retrouver au tour de la table de négociation. Je pense que ce statu quo les arrange tous les deux. Ça permet d’avancer les élections législatives et peut-être ne jamais les organiser. C’est ce qui arrange ces députés qui sont là depuis longtemps, qui ont en moins d’âge de 65 ans et qui ne font rien. Par rapport à l’UFDG ça l’arrange, ça permet qu’on parle de son parti à travers le monde. Ils se victimisent, ça pourrait peut-être faire un bon coup pour eux en 2020. Les deux se trompent complètement parce qu’en 2020 il y aura une nouvelle donne. Les deux peuvent en être sûrs et certains, le parti CPUG fera tout pour que les anciens partis soient des partis dépassés parce qu’ils n’ont pas absolument rien depuis une soixantaine d’années. Il n’y a pas de raison qu’on les laisse la place

Votre mot de la fin pour mettre un terme à cet entretien.

Je dirai à mes militants par où ils se trouvent en Guinée de prôner la paix, l’unité et d’expliquer aux uns et aux autres les projets de société du parti CPUG parce que ce sont des projets de l’avenir et qui feront en sorte notre pays la Guinée sorte de cette pauvreté endémique qu’elle connait depuis une soixantaine d’années.

Entretien réalisé par Alpha Oumar Diallo pour Aminata.com

alphanyla@gmail.com

+224 628 38 98 39

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