Guinée : vivre le martyre ou mourir dans le mépris ?

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Pour tuer la bêtise, il faut tuer la bête. Entre les pleureurs professionnels et les éternelles victimes, tant qu’il y aura de martyrs, il y aura des bourreaux.

Fort d’un potentiel inédit de ressources hydro-agricoles avec une pluviométrie abondante et d’innombrables sites miniers, la Guinée, est un pays de près de  12 millions d’habitants,  qui est fort malheureusement un scandale par excellence de toutes les urgences. Tout est priorité, dû à un cumul d’échecs  des différentes politiques menées de l’indépendance jusque-là. De Boké à Siguiri en passant par Kamsar, Sangaredi, Kindia, Dinguiraye, etc. Ces localités à potentielles ressources du sol et du sous-sol se trouvent dans des situations de vie indescriptible qui les transforment en des poches de pauvreté extrême.

Vivre dans l’eau et périr de soif ou l’impossible destin des racines d’un rônier ? Cet arbre aux feuilles très épouvantails dont les racines et le tronc ne bénéficient jamais de son ombre, traduit en un mot le sombre destin des populations des zones minières.

Les richesses dotées par la bienfaisance de la nature sont devenues des malédictions ou catastrophes pour le peuple. Plus d’un million de tonnes de terre rouge est transportée chaque année, mais avec quelle retombée pour ces localités?  Des peuples se déciment par l’effet de l’exploitation minière abusive sans aucun bénéfice majeur qui incidente positivement leur mode de vie. Les demi-civilisés des esprits mal architecturés n’ont qu’une rhétorique ronflante, arguant la détérioration des cours mondiaux des matières premières pour expliquer cette catastrophe artificielle. Pour en dormir la conscience collective face à ce hold-up minier, les pamphlétaires n’ont d’arsenal que le verbe dans une gueule de bois.

Osons dire qu’un peuple qui ne souffre pas le martyre meurt dans le plus grand désastre des mépris.

Face à ce niveau de vie difficile qui relève du parcours d’un combattant, il faut inlassablement que de profondes réformes ou recompositions de la vie politique interviennent pour empêcher le pays de s’abimer dans une béante noirceur. Il n’existe de sociétés civilisées, de sociétés dont la survivance est souhaitable, que là où des individus écrivent et s’expriment correctement. Comment peut-on écrire comme un civilisé et parler comme un sauvage ? La défense de la culture et des libertés individuelles doit avoir des priorités que tout autre combat.

Pour tuer la bêtise, il faut tuer la bête.

Obama disait que l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes. Or, il oublie cependant que l’accessoire suit le principal. C’est dire ainsi que les institutions valent ce que valent exactement les hommes qui en sont le cœur et le cerveau.

Malgré la floraison d’institutions constituées sur du sable mouvant avec du cosmétique démocratique à la fois étincelant et sifflant, l’ameublement est d’une catastrophe intellectuelle sans précédent. C’est de la pure désolation !

Dans un monde politique où les uns et les autres sont dans une course démesurée vers le  gain rapide et facile, le bas peuple, au nom du quel on semble cravacher, devient le cadet des soucis de la classe dirigeante et politique. Le mépris est total et la réclamation du droit devient taboue. Le guinéen vivant dans la tourmente et la déchéance, opte pour la violence et par euphorie, détruit le minimum d’édifices qui représente sa gloire, héritage du colon. Que voulons-nous ?

On souffre le martyre ou on meurt tous dans le mépris ?

Vers un horizon à multiples couleurs, toutes sombres et encombrantes, l’on est en mesure de se demander vers quel désert faut-il qu’on s’en aille pour mourir paisiblement ?

Le tout a l’air de s’assombrir. On a comme l’impression que le pays tourne à contre sens de la terre. Les hommes politiques ont formé le bloc pour sucer le peuple jusque dans sa moelle.

La classe intellectuelle constitue drôlement un danger sur nos ressources et un cancer pour notre émergence. Les plus acerbes d’hier sont les plus dociles de nos jours et grands apôtres de la paix et de cohésion sociale. Ces professionnels pleureurs, avec trou de mémoires quand ils ne bénéficient pas du partage des strapontins, doivent tout simplement comprendre que le peuple n’est pas amnésique.

Le peuple doit agir sans émotion pour alterner à l’alternance. Il a à faire le choix entre deux générations de cadres du pays. La première est celle qui est issue de la révolution qui est d’ailleurs dépassée et nationaliste très dangereuse, et celle de 1990 qui est libérale, égoïste et corrompue.

La raison doit l’emporter sur l’émotion. Le choix, Oui, le très bon nous exige pour sortir de cette calamiteuse situation que nous traversons. Un peuple complice est sans objet. Son seul destin est la résignation.

Entre deux maux, on choisit le moindre. Mais entre le crapaud et la tortue, libre à vous ! N’attendons plus de Dieu un miracle. S’unir pour contraindre ou se résigner pour périr à jamais.

Wassalam !

Habib Marouane Camara.

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