Guéckédou, Toumba, communales: Jean Marc Telliano donne son point de vue

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Dans cette interview, le président du Rassemblement pour le développement intégré de la Guinée (RDIG) aborde des sujets brulants de l’actualité politique guinéenne. Jean Marc Telliano tient le chef de l’Etat comme responsable des récentes violences ayant fait 2 morts à Guéckédou, son bastion électoral. Il s’exprime également sur l’extradition de Toumba et les élections communales.

Aminata.com: Vous êtes accusé par le préfet de Guéckédou d’avoir été l’instigateur des violences meurtrières ayant récemment secoué la ville suite à une décision de justice condamnant certains de vos proches. Que répondez-vous?

Jean Marc Telliano: D’abord, c’est une fuite en avant parce que le préfet n’a rien à dire. Cela prouve encore à suffisance l’amateurisme avec lequel ce système gère le pays. Alpha a toujours a envoyé des résidus pour gérer la ville de Guéckédou. Ce préfet est un résidu, un sous-homme. Comment pourrai-je être à Conakry et être instigateur d’une injustice orchestrée par lui-même. Un préfet n’a pas qualité de porter plainte contre un maire parce qu’on est sensé le reconnaitre comme étant un élu du peuple. L’Etat a un agent judiciaire de l’Etat qui peut intenter de procédure contre toute personne sensée avoir gérer le bien public. Mais, ce qui m’étonne pour le cas de Désiré (maire de Guéckédou) c’est la démarche de la justice. Contrairement aux autres responsables qui ont été reprochés de détournement des montants colossaux: c’est le cas du ministre de l’Enseignement pré-universitaire, celui de la Fonction publique pour ne citer que ceux-là, ils n’ont été récompensés après avoir été coupables de détournement des milliards. Je me demande comment une mission nationale associée à une mission régionale peut aller faire une inspection ciblée dans une seule commune. Normalement, si on doit élargir l’inspection sur toutes les communes. Selon le rapport de la mission, il y a eu un excédent de 12 millions FG et il a été félicité pour cette gestion. Ils ont passé par tous les moyens y compris les tentations pour que Désiré rejoigne le RPG, mais il a refusé. Je ne condamne pas le préfet, mais le président Alpha Condé qui a pris une décision irresponsable. Quand le président est irresponsable, les conséquences sont fâcheuses. Lors d’une visite d’Alpha Condé au stade de Guéckédou, il a demandé de faire arrêter Désiré. Quand le chef de l’Etat prend des décisions sans avoir au préalable vérifié, les administrateurs territoriaux ne feront qu’exécuter les ordres de façon arbitraire. Aujourd’hui, Désiré est victime de son appartenance politique.

Le préfet vous reproche d’avoir déclaré que la jeunesse de Guéckédou ne pourra pas accepter un verdict condamnant le maire Désiré.  C’est selon lui, cette déclaration qui a provoqué les violences.

Je ne parle pas avec un préfet irresponsable.  C’est lui qui a provoqué tout ce qui se passe à Guéckédou. D’ailleurs lui-même est poursuivi pour un détournement de près de 14 milliards destinés à la reconstruction de l’hôpital de Guéckédou financé par l’Union européenne. Mais quand le financement est tombé, le préfet en complicité avec le directeur de l’hôpital, au lieu que ça soit une reconstruction, ils ont mis sur le volet rénovation. C’est moi-même qui ai découvert cela. Je suis parti à Guéckédou avec le DRH du ministère de la Santé et aujourd’hui, le directeur de l’hôpital est porté disparu. C’est ainsi que l’association des jeunes de Guéckédou à demander des comptes au préfet.

Reconnaissez-vous ce dont on vous reproche?

Je ne connais même pas le numéro du préfet. S’il dit que c’est moi qui ai incité les jeunes alors qu’il le prouve. Je vais me constituer partie civile pour porter plainte contre lui. Si j’avais fait une déclaration ce serait dans un journal ou dans une station de radio. Je ne le réponds pas parce que répondre aux coups de l’âne c’est de se mettre à sa place.

Comptez-vous porter plainte?

J’ai déjà constitué, avec quelques leaders de la région forestière, un pool d’avocat pour demander que justice  soit rendu sur cette affaire. Désiré a été jugé et condamné avec d’autres personnes, mais comment se peut il que lui seul soit extradé de Guéckédou à Kissidougou? Les autres qui écopent la même peine que lui parce qu’ils sont du RPG, sont libres. Il faut que nous ayons une justice en Guinée.

Comment expliquez-vous ces violences meurtrières à répétition dans la région forestière?

Toutes ces violences  sont dues à l’incapacité du gouvernement parce qu’on ne peut gérer une nation en étant incapable d’appliquer les lois.

L’extradition de Toumba Diakité, inculpé dans le dossier du 28 septembre 2009, a été faite le 12 mars.  Quelle est votre réaction?

C’est une réaction de satisfaction par rapport aux victimes du 28 septembre. Mais, Toumba n’est qu’une graine de riz dans un lot. Il ne faut pas penser que Toumba est l’élément moteur. Dadis, je ne dis pas qu’il est responsable, est inculpé. Il a dit qu’il est prêt de répondre devant la justice guinéenne. Peut-être quelque part, il y a des mains noires qui ne veulent pas que la vérité soit dite. Il y a toujours des haut-cadres inculpés qui continuent à occuper des responsabilités. C’est par exemple : Pivi de la garde présidentielle d’Alpha Condé, Thiegboro de l’antifraude, Mathurin, gouverneur de la ville de Conakry etc. C’est bien vrai que l’extradition de Toumba est une avancée dans la procédure judiciaire, mais en attendant, je sollicite le retour de Dadis.  S’ils veulent la clarté dans cette affaire qu’ils acceptent que toutes les parties concernées  dans ce procès comparaissent devant les tribunaux. Mais, j’ai peur pour la sécurité de Toumba.

Selon vous pourquoi le gouvernement s’oppose au retour de Dadis?

C’est Alpha Condé qui sait pourquoi il ne veut pas que Dadis revienne. S’il ne se reprochait pas de quelque chose, Dadis serait déjà depuis longtemps. La justice qui va déterminer la part de chacun dans ce dossier.

Les élections communales sont prévues cette année. Comment le RDIG compte-t-il y participer?

Le RDIG a toujours participé aux élections sauf en 2015 parce que le scrutin était gagné d’avance. Il y avait eu une mascarade. Mais, cette fois-ci nous irons aux élections. Nous comptons présenter des candidats dans 2 communes à Conakry, à Coyah, à Kindia,  à Guéckédou, à Kissidougou, à Boké et à Forécariah.

Le paradoxe c’est que le fichier électoral, dont vous de l’opposition républicaine avez toujours dénigré, va servir de base à ces élections locales. Croyez-vous vraiment en la transparence du scrutin?

Le fichier électoral en dépit de ses manquements ne va pas avoir assez d’impacts. Les élections de proximité sont différentes des élections nationales. Lors des élections locales, on n’a pas besoin de centralisation des résultats de vote. Donc, la force de manœuvre de tricherie est réduite parce que chacun aura son représentant dans son quartier. Si nous avons accepté de partir avec ce fichier c’est parce que le risque est un peu amoindri. Par contre, à la présidentielle nous n’allons pas accepter d’aller avec ce fichier. C’est pourquoi, nous allons réformer la Ceni.

Vous pensez reformer la Ceni avant la fin de son mandat?

C’est déjà dans le programme de la prochaine session  parlementaire en avril. Nous allons changer la Ceni et chaque parti va déjà son représentant.

Admettez quand même que ça ne sera pas facile vu que la mouvance est opposée.

Si nous avons réussi à adopter le nouveau Code électoral rien ne nous empêchera de réformer la Ceni. Tout le monde est d’accord qu’il y a des insuffisances au sein de cette institution. La mission d’observation de l’UE l’a suggéré dans son rapport.

Réalisée par Abdoul Malick Diallo

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