Financer les petits exploitants agricoles [Par Zipporah Musau]

Rita Kimani, 28 ans, fait partie des jeunes leaders désignés par l’ONU pour promouvoir les 17 Objectifs de développement durable (ODD). Grâce à son initiative, FarmDrive, Rita utilise la téléphonie mobile pour relier les petits exploitants agricoles à des institutions de prêt dans les régions rurales du Kenya. Elle s’est entretenue avec Zipporah Musau d’Afrique Renouveau au sujet de son projet.

Afrique Renouveau: Pourquoi avez-vous été sélectionnée pour assister à cet événement à l’ONU?

Kimani: Je fais partie des jeunes leaders qui œuvrent pour la promotion des ODD. C’est exactement ce que je fais. J’ai cofondé l’entreprise FarmDrive qui aide les agriculteurs au Kenya à obtenir des crédits. Je suis donc ici pour aider la jeunesse à concevoir des programmes visant à engager les jeunes, notamment dans le secteur agricole.

Vous venez de dire que vous avez fondé FarmDrive. De quoi s’agit-il concrètement?

FarmDrive est un logiciel qui permet aux agriculteurs d’avoir accès aux informations concernant le financement grâce à une application mobile ou l’envoi d’un sms. Les agriculteurs inscrits peuvent solliciter des prêts bancaires. Ils répondent d’abord à quelques questions puis nous les mettons en relation avec les établissements de crédit.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous lancer ?

J’ai grandi dans une communauté agricole à Turbo, à environ 300 km au nord-ouest de la capitale, Nairobi, où la plupart des familles cultivent du maïs. Lorsque je me suis inscrite à l’université, j’ai rencontré mon cofondateur Peris Bosire. Nous avons tous deux étudiés l’informatique, mais ce qui nous a surtout rapproché c’est le fait d’avoir grandi dans des communautés agricoles. Nous avons réfléchi sur la manière dont nous pourrions utiliser la technologie pour résoudre certains problèmes des agriculteurs que nous avions constatés ou vécus. C’est ainsi qu’est née l’entreprise FarmDrive au cours de notre dernière année universitaire en 2014.

Qui accorde des crédits aux agriculteurs?

Nous travaillons avec diverses institutions financières. Pour les agriculteurs qui souscrivent à FarmDrive, le processus est assez simple. Nous extrayons toutes les données dont nous avons besoin, nous analysons les difficultés et dressons un profil de crédit pour chacun. Nous transmettons ensuite ces informations à diverses institutions financières pour leur permettre de prendre des décisions éclairées. Nous formulons également des propositions sur le montant du crédit que nous jugeons approprié pour chaque agriculteur et les modalités de remboursement.

Avec combien d’agriculteurs travaillez-vous? 

Plus de trois mille agriculteurs se sont inscrits jusqu’à présent. Parmi eux, environ 400 se sont vus attribuer un crédit grâce à notre intermédiaire depuis mai 2015, date à laquelle nous sommes devenus pleinement opérationnels. Nous avons des clients dans 16 des 47 comtés du Kenya. La majorité d’entre eux exerce dans l’horticulture, la volaille, les produits laitiers ou le maïs. Notre objectif est d’atteindre 100 000 agriculteurs.

Qu’est ce qui fait la spécificité de FarmDrive? 

Les agriculteurs au Kenya, et en Afrique plus largement, n’ont pas suffisamment accès au secteur financier et aux services bancaires. Nous les appelons les “dossiers maigres” : si vous recherchez des informations financières à leur sujet, vous en obtiendrez peu car les établissements de crédit exigent le plus souvent un historique de crédit, un relevé bancaire, et de sérieuses garanties. Mais cela ne signifie pas que les agriculteurs qui en sont dépourvus sont de mauvais emprunteurs. Nous nous sommes demandés comment les institutions financières pouvaient procéder autrement afin d’identifier ces agriculteurs, comprendre les risques et offrir des produits financiers adaptés. C’est pourquoi nous avons conçu cette technologie pour collecter des données sur ces agriculteurs et les mettre en relation avec ces institutions.

A quel niveau interviennent les ODD?

L’une des choses que je trouve intéressante avec les ODD c’est l’idée que personne n’est laissé pour compte.Voilà ce qui m’attire. Selon moi, cela signifie que plus personne ne souffrira de la faim et ne sera pauvre. C’est un immense défi.

Êtes-vous agricultrice vous-même?

Oui, bien que je ne possède pas de terres. Je loue une serre où je cultive des tomates et des poivrons.

Comment vous voyez-vous dans les 10 prochaines années?

Je suis passionnée par le développement de programmes qui fonctionnent réellement pour les agriculteurs africains, en particulier les jeunes. Notre vision chez FarmDrive est d’aider les agriculteurs à être autosuffisants en ayant accès aux ressources, non seulement pour nourrir leur famille mais également pour prospérer.

Comment éveiller l’intérêt des jeunes pour l’agriculture?

Je souhaite voir plus de jeunes engagés dans l’agriculture, parce que c’est là que se trouvent les opportunités. L’agriculture peut permettre à l’Afrique de sortir de la pauvreté et d’atteindre un grand nombre des 17 ODD. Nous exhortons les gouvernements et d’autres organisations à impliquer davantage les jeunes en mettant en place des programmes de soutien.

Pourquoi les jeunes ne s’intéressent pas à l’agriculture?

Quand je les écoute, ils disent clairement qu’ils ne veulent pas être de ceux qui effectuent des travaux manuels comme labourer la terre. Ils ne trouvent pas cela sexy, et on ne peut pas le leur reprocher. Ceux qui ont grandi dans une communauté agricole ont toujours lutté pour joindre les deux bouts, et ont passé tout leur temps à la ferme après l’école. Les parents  eux-mêmes ne souhaitent pas que leurs enfants s’engagent dans cette voie après l’obtention de leur diplôme. Mais ce qui est intéressant c’est qu’avec la technologie, les choses changent.

Comment pensez-vous que les jeunes puissent être amenés à devenir des citoyens plus productifs?

Il est fondamental de s’assurer que nous ne sommes pas uniquement là pour «appuyer» les jeunes, mais plutôt pour «travailler avec eux» afin qu’ils participent pleinement à la conception des programmes et des politiques qui les concernent, et qu’ils soient écoutés.

Par Zipporah Musau pour Afrique Renouveau

 

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked (required)

ACTUALITES GUINEE
RECHERCHE
Recherche personnalisée
Rejoignez-nous sur Facebook