Faya Milimouno, BL: «l’opposition républicaine s’est égarée par rapport à ses propres convictions»

Faya Millimono BL
Faya Millimono BL

L’annonce de la reprise des manifestations politiques attise la division au sein de l’opposition républicaine. Dans cette interview, le président du Bloc libéral estime que ladite opposition s’est égarée par rapport à son objectif de combattre les dérives du régime Alpha Condé. En ce qui concerne la Ceni, pour Dr Faya Milimouno la destitution de Bakary Fofana est une solution institutionnelle. Sur la question d’une éventuelle modification constitutionnelle, l’opposant décrit trois scénarios possibles. Lisez!

Aminata.com: On constate depuis un certain temps une distance entre le Bloc Liberal (BL) et les autres partis de l’opposition notamment l’UFDG. Qu’est ce qui est à l’origine de cette situation?

Faya Milimouno: Si on peut parler de distance ce n’est pas du tout le choix de BL. Nous avons un parti qui a des convictions et qui se bat pour des principes et des valeurs qu’il considère importants. Nous étions au tour dialogue en septembre dernier pour représenter le BL, mais aussi l’opposition républicaine. Il y a eu le débat sur le fameux point 2 de l’Accord politique du 12 octobre 2016. Nous avions un point de vue différent de celui de l’opposition et du parti au pouvoir. Nous continuons à croire que c’est une erreur  d’enlever à la population le droit de choisir ses chefs de quartiers et districts. Alors, à cause ça, une partie de l’opposition républicaine s’est retrouvée en violation  de la Charte de l’opposition et a décidé de ne plus écouter le BL. Nous avions trouvé cela très dangereux. Alors, si quelqu’un devait  être exclu parce qu’il a un point de vue différent, on pourrait bien l’exiler et ou le jeter en prison quand on a le pouvoir. Alors, nous sommes inquiets.

Vous estimez donc que si l’UFDG accède au pouvoir, elle  va vous exclure?

Nous ne voulons pas particulariser  les choses sauf que  nous considérons qu’il y a des comportements à ne pas tenir en pareille circonstance. Pour moi, le respect de la loi est extrêmement important. Si je me bats en politique, c’est  parce que j’ai des convictions fortes que certaines choses doivent être abordées d’une certaine façon. En ce qui nous concerne, nous n’avons aucun problème particulier ni vis-à-vis d’un autre parti politique de l’opposition républicaine, ni vis-à-vis de l’UFDG. Mais, pour rien au monde nous ne cesserons de défendre nos convictions. Et si c’est à refaire, nous allons le faire parce que c’est notre raison.

Cette crise au niveau de l’opposition n’a pas commencé qu’avec l’accord du 12 octobre. On se rappelle aussi de la création de l’opposition extra-parlementaire dont vous étiez l’un des leaders. Mais, Concrètement, est-ce qu’il n’y a pas un problème entre Dr Faya et Cellou Dalein?    

Non ! Il n’y a rien de mauvais entre Cellou Dalein ou l’UFDG et moi. Mais quand je fais quelque chose que je crois être à l’avantage du peuple de Guinée, j’y mets tout mon cœur et tout mon esprit.

Aboubacar Sylla de l’UFC, Mouctar Diallo des NFD et Jean Marc Téliano du RDIG ont créé une alliance électorale le Front pour l’alternance démocratique (FAD). Ne vous sentez-vous pas isoler?

Je trouve que c’est normal de créer cette alliance. Le Bloc libéral n’est pas isolé. C’est pourquoi, tout ce jeu qui se joue au tour de nous, ne nous dérange pas tellement. En 2015, nous avions créé la Coalition des partis politiques pour la rupture (CPR) qui m’avait accompagné à la présidentielle. C’est vrai qu’on ne fait pas trop de bruits, mais ce n’est pas parce que nous ne sont pas en train de travailler pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés.

A vous entendre c’est comme s’il n’y avait plus d’unité au sein de l’opposition.

Non ! Je veux dire que par moment, l’opposition dans son ensemble donne l’impression d’être désunie. Pour être objectif, il faut reconnaitre que l’opposition n’est pas actuellement une unité d’action. Les uns taxent les autres de ‘‘partis minuscules et sans voix’’. Le BL a choisi de garder la sérénité parce que nous avons la profonde conviction qu’un jour l’opposition devrait se regrouper sur des nouvelles bases pour réunir les forces nécessaire et donner une alternative au peuple de Guinée.

Qu’est-ce qu’il faut pour consolider cette opposition?

Il faut avoir un certain leadership, une certaine transparence, un certain respect mutuel. Honnêtement, je me trouve souvent très embarrassé de faire compagnie avec des partis politiques qui crient sur tous les toits d’être en trains de construire un Etat de droit et que ça ne leur dit pas grand-chose quand la loi est violée.

Pourvu que ce soit en leur avantage?  

Exactement! Je ne suis pas en politique pour mon avantage personnel. Si c’était le cas, je ne trouverais pas des difficultés à vivre. Mais, je pense que j’ai un devoir à accomplir vis-à-vis de ce pays.

Que reprochez-vous exactement aux autres partis de l’opposition?

Nous avons eu à dénoncer le fait que le président Alpha Condé ait dissout les conseils communaux illégalement puisque ça viole le Code des collectivités. Mais contre toute attente, il y a eu ensuite la mise en place des délégations spéciales. Normalement, la durée d’une délégation spéciale est 3 mois renouvelable une fois. Aujourd’hui, toute la gouvernance locale est assurée par des délégations spéciales, mais l’opposition n’en parle pas.

Vous êtes donc choqué que l’UFDG accepte de partager les délégations spéciales avec le RPG?

Oui! Il faut que l’on comprenne que souvent les gens semblent minimiser certaines choses qu’ils regrettent après. Celui qui viole un article d’un règlement intérieur d’une association peut violer la Constitution. Le constat et qu’on est en train de tourner en rond depuis l’arrivée d’Alpha Condé. On doit être plus rigoureux et plus ferme.

Parlant des réunions de l’opposition, qu’est ce qui explique l’absence du BL aux plénières?

Ce n’est pas nous qui avons choisi de ne pas participer. Les gens se sont retrouvés et ont décidé de ne pas nous inviter parce que nous avons un point de vue différent. J’ai le droit d’avoir des positions. Les gens ne comprennent pas le sens même de ce pourquoi on se bat. On se bat pour la liberté, mais qu’est-ce qu’on fait de ma liberté de choisir, de m’exprimer, d’avoir une position? Si quelqu’un me déteste parce que j’ai un point de vue, je ne le regarde pas parce que je ne veux pas discuter avec lui, si j’ai droit ou pas d’avoir ma liberté. Ce n’est pas nous BL qui refusons de participer à l’opposition républicaine. C’est l’opposition républicaine qui s’est retrouvée pour dire qu’on ne nous invite plus. Le BL a été un parti majeur dans la construction de cette opposition républicaine. On s’est senti choqué, mais on ne répond pas par l’émotion. Sinon, on aurait fait une déclaration pour dire que l’opposition républicaine ne nous intéresse plus. Mais nous avons gardé notre sang-froid. Un jour, on aura besoin de tout le monde pour arriver à Sékhoutoureyah. Et donc, l’opposition doit forcément se regrouper un jour, et être efficacement gérée dans la transparence, dans la confiance mutuelle pour que nous y arrivions c’est à quoi nous sommes en train de penser. Donc, nous ne cachons pas les marmites parce que les gens ont choisi de s’égarer. Je le dis en toute objectivité, peu importe le parti qui appartient à ce groupe de l’opposition républicaine, je suis convaincu qu’ils se sont tous égarés par rapport à leurs propres convictions.

Le président de la CENI, Bakary Fofana a été destitué. Est-ce que cela ne va pas influer négativement sur l’organisation des élections communales?

La CENI est composée de 25 membres qui se retrouvent pour élire leur président. La première fois, ils ont élu Bakary Fofana. Du moment que la Constitution guinéenne a prévu que le président de la République peut être destitué en cas de parjure, mais on ne peut pas faire des rois quelque part.  Je crois que toute la classe politique, la mouvance, l’opposition, les partenaires au développement, tous ont reconnu que la CENI est mal gérée. On a pensé que les commissaires sont complices. Maintenant que les autres commissaires ont décidé de ne pas continuer à porter la responsabilité lorsque souverainement ils se retrouvent en plénière et qu’ils prennent des décisions, le président de la CENI refuse d’appliquer  et donc, ils l’ont débarqué. Pour moi, la destitution de Bakary n’est pas un problème. Cela ne va pas retarder le processus électoral. Ça aurait retardé, si on ne trouvait pas une solution, mais on en a trouvé. C’est la loi (l’article 17 de la loi portant création de la CENI) qui a prévu que si le président de la CENI ne se comporte pas bien, ne joue pas son rôle, ne respecte les fonds publics, n’applique pas les décisions issues de plénière qu’on peut l’enlever.

Quelle est la position du Bloc libéral par rapport à la reprise des manifs de l’opposition?

Au BL, nous considérons que c’est un droit légitime pour une organisation quelconque en Guinée de manifester quand elle n’est pas d’accord avec ce qui se passe. Par rapport à la manifestation dont on parle, pour une seule raison, nous ne sommes pas associés et donc nous ne pouvons pas être-là. Nous n’avons participé ni la conception de l’idée, on ne sait même pas pourquoi on manifeste et pour arriver à quel objectif. Pourquoi nous participerions? Nous sommes en train de préparer nos propres manifestations. Il peut y avoir une différence entre une manifestation et une autre. Ce qui est important, c’est est-ce que cela va permettre d’atteindre l’objectif ou pas. Et quel est le coût pour y arriver?  Nous souhaitons bonne chance à une partie de l’opposition républicaine qui en a confisqué la paternité au nom du droit de naissance ou encore je ne sais pas au nom de quel droit.

La question d’une éventuelle modification suscite des débats dans le pays. Quelle est votre analyse de la situation?

On doit comprendre deux choses. Ça peut être une manière de dérouter l’opposition. On peut comprendre aussi que c’est possible. Au BL, nous avons identifié trois scenarios qui pourraient être en construction. Premier scenario, c’est la modification qui sera un peu plus difficile puisque beaucoup des pays se sont prononcés. L’ambassadeur des Etats unis a déclaré qu’ils ne soutiendront pas quelqu’un qui modifie la Constitution pour s’éterniser au pouvoir. Le 2e scenario, c’est le glissement. C’est par exemple, on devait avoir les communales, mais elles n’ont pas eu lieu. En 2018, on doit avoir les législatives qu’on peut ne pas avoir. Il suffit de se référer à la déclaration de M. Damaro le jour qu’on a adopté la fameuse loi électorale. Il a demandé à la classe politique d’observer une année sabbatique en 2018. Peut-être en oubliant que 2018 était l’année de renouvellement de l’Assemblée nationale à laquelle il appartient. Ce qui veut dire qu’il ne va y avoir des législatives cette année-là. On a déjà des milliers des conseils communaux en situation d’illégalité. Maintenant, les 114 députés vont s’y ajouter et seront illégitimes. Si des milliers sont devenus illégitimes, il y a aussi un qui peut l’être. C’est-à-dire qu’on peut faire la République des illégitimes. Après les délégations spéciales, on peut bien avoir ‘‘une Assemblée nationale spéciale’’ et ‘‘une présidence spéciale’’ comme en RDC. Le 3e scenario c’est qu’en Guinée on est habitué aux gros mots, même si ça n’a pas de sens. Qu’est-ce que ça signifie pour nous qu’on soit appelé 3e ou 4e  République? Quelle est la différence pour le guinéen? Tu n’as pas eu de pain par le passé et tu n’en aura pas. Nous devons prêter attention en gardant à l’esprit que tous ces tintamarres c’est pour dérouter les gens.

Réalisée par Lamarana Diallo

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