Faya Bourouno du PEDN: «Alpha Condé ne veut pas que les élections communales se tiennent»

Avec un cadre juridique absent, le processus d’organisation des élections communales, initialement prévues cette année, reste incertaine. Pour exiger du gouvernement la tenue du scrutin a date, le porte-parole du Parti de l’espoir et du développement national (PEDN) en appelle à ‘‘un engagement fort’’ et à ‘‘l’unité d’action’’  de la classe politique’’ et de la Société civile. Faya Bourouno s’est aussi prononcé sur la recrudescence de l’insécurité qui a atteint son paroxysme avec l’autodafé d’un présumé voleur à Lambanyi dans la commune de Ratoma.    

Les élections communales, initialement prévues en 2017, ne sont toujours pas programmées. D’après vous est ce qu’elles sont tenables d’ici la fin de l’année?

Les calendriers électoraux sont très précis dans la Constitution guinéenne. Nous regrettons aujourd’hui que le gouvernement ne prenne pas des dispositions pour organiser les élections communales. En refusant de les organiser, le gouvernement s’inscrit automatiquement dans la logique de violer les bases du fonctionnement de la démocratie dans notre pays. La démocratie ne se limite pas à l’élection du président de la République, ni à l’élection des députés. Aujourd’hui, la forme démocratique la plus sollicitée c’est celle qui ferait vivre les pouvoirs au niveau local et qui ferait fonctionner très bien la décentralisation. On ne peut jamais développer un pays avec la déconcentration qu’est un appui technique à la décentralisation. Donc, si nous n’avons pas une politique de décentralisation axée sur des organes élus c’est-à-dire issus de la volonté populaire, on aura du mal à atteindre les objectifs de développement que nous nous fixons. Aujourd’hui, nous sommes au regret de constater que le gouvernement n’en fait pas une priorité. Depuis toujours, il faut des manifestations pour que des élections soient organisées dans le pays. On ne peut pas gouverner un pays et réussir à le développer, si à chaque fois qu’il faut prendre une décision majeure prévue par la Constitution, il faut que le président de la République soit dans les dispositions pour le faire. La Constitution doit être sa Bible, son élément de référence pour la bonne marche de notre démocratie.

Concrètement, pensez-vous qu’il est maintenant possible de tenir les communales d’ici la fin de l’année sachant que le Code électoral n’est pas encore promulgué?

Je ne vois pas Alpha Condé dans la logique d’avoir des maires élus dans ce pays. Il faut un fort engagement de la Société civile et de la classe politique dans son ensemble  pour  faire la pression nécessaire en vue d’obtenir la tenue de ces élections. Les élections communales ne sont pas qu’un enjeu politique politicien c’est aussi un enjeu de développement. Le combat doit être celui de tous les guinéens. Nous avons un défi de développement économique et social, alors il faut qu’on s’implique ensemble dans une nouvelle dynamique. Il faut qu’on arrête de faire croire que ceux qui dénoncent sont des ennemis de la Guinée. Il faut sortir de ce cycle et qu’on soit dans un cycle de vérité, d’objectivité. Je vous assure que le président Alpha Condé ne veut pas que ces élections se tiennent. Quand on parle d’élections, il faut d’abord un cadre juridique. Comment voulez-vous organiser des élections sans les lois? Le Code électoral n’existe pas et le Code des collectivités, pratiquement n’est pas à jour par rapport à ce que nous voulons. En plus, pour organiser des élections, il faut des moyens. La Loi de finances qui est l’expression chiffrée de la politique du gouvernement, la ligne organisation des élections, c’est zéro franc. Comment voulez-vous que la CENI organise ces élections, elle n’a pas des moyens? Dans sa carrure actuelle, je ne crois pas en la capacité de l’institution d’organiser des élections communales. Nous avons suivi les dysfonctionnements internes qui prouvent que la CENI n’est pas capable d’organiser des élections en toute transparence.

Tantôt vous préconisiez ‘‘un engagement fort’’ de la classe politique dans son ensemble et de la Société civile pour exiger la tenue des communales. Qu’entendez-vous par là?

C’est-à-dire qu’il faut une unité d’action qui ne veut pas dire ici qu’on soit tous ensemble pour agir. Chacun peut agir de son côté en visant l’objectif de tenir les communales. Ce n’est pas contre quelqu’un c’est pour le bien de la Guinée. Nous voulons que les pouvoirs locaux soient élus. Voulez-vous qu’on développe ce pays avec une situation transitoire éternelle? Depuis quand le mandat des maires est expiré? Depuis quand les délégations spéciales ont été installées? Les présidents des délégations spéciales viennent dans l’espoir de se remplir les poches. Je crois qu’il faut qu’on soit désormais sur la ligne qui doit nous conduire vers le développement économique et social. Il faut qu’Alpha Condé arrête de jouer avec le sort des guinéens qui aspirent au mieux-être.

Il y a le phénomène d’insécurité qui prend des proportions inquiétantes en Guinée avec des assassinats au quotidien. Les vindictes populaires sont devenues fréquentes dont le dernier cas est l’autodafé d’un présumé bandit à Lambanyi en début de semaine. Qu’est-ce que cela vous inspire?

La vérité est que le gouvernement est complice  de tous les actes d’insécurité commis dans notre pays. J’ai été victime de vol chez et je suis allé me plaindre à la Direction de la police judiciaire (DPJ). J’ai même indiqué les pistes de soupçon. Mon objectif c’était que certaines personnes dans l’entourage soient interpellées et qu’elles puissent se justifier. Depuis que j’ai porté plainte, je n’ai pas eu la suite alors qu’ils m’ont fait payer des frais. Comment voulez-vous qu’on lutte contre l’insécurité quand les citoyens se plaignent, les institutions chargées de conduire les enquêtes pour établir la lumière ne jouent pas leur rôle? Ça, c’est une position de complicité.  Il y a combien d’assassinats non élucidés? Le cas de Mme Boiro, du commissaire Bangoura de Sonfonia et récemment Mme Nagnouma Faro qui vient d’échapper à une tentative d’assassinat etc. On a tiré sur le véhicule du président Lansana Kouyaté avec les trois grands leaders politiques à bord, quelle est la suite de notre plainte? C’est inquiétant ce que nous traversons puisqu’aujourd’hui le guinéen n’est plus en sécurité. L’Etat ne joue plus son rôle. Le gouvernement devient complice de ces actes d’insécurité, de barbarie, de lynchage que nous enregistrons tous les jours. Un jeune présumé voleur a été brulé à Lambanyi, mais ce n’est cela que prévoit notre Constitution. La justice a des principes, des règles et des institutions chargées de rétablir les citoyens dans leurs droits. Mais vu que ces institutions ne jouent pas leur rôle, les populations décident carrément de se rendre justice. La justice populaire est en train de primer sur la justice institutionnelle. On a un ministre de la Justice qui est plus qu’un artiste. Il parle, mais aucune action concrète. Ne serait-ce que l’équipement des palais de justice à travers le pays, ça n’existe pas. Le ratio du nombre des magistrats guinéens par rapport à la population, on est loin de la moyenne sous régionale à plus forte raison du standard international. Même le programme que M. Lansana Kouyaté avait mis en place celui du rajeunissement du personnel du secteur de la justice est en train de trainer. Pourtant, tout le financement est acquis. La Police aujourd’hui n’a pas d’outils pour intervenir. Ça veut dire que la sécurité n’est pas une priorité dans ce pays.

Du point de vue juridique, quelle est la réaction du PEDN suite au remariage de Cellou Dalein?

C’est un problème vraiment privé. Nous souhaitons que la personne qui l’a fait puisse apprécier en fonction de tous les contours. Au nom du PEDN, pas des commentaires à faire.

Abdoul Malick Diallo

+224 655 62 00 85

dialloabdoul110@gmail.com

 

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