Dr Lansana Soumah, syndicaliste: «l’éducation n’est pas attrayante en Guinée»

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Le Syndicat autonome des enseignants-chercheurs de Guinée (SAECG) a déclenché une grève de 7 jours de l’enseignement supérieur à partir du 1er février 2017. Son président le Dr Lansana Soumah revient dans cette interview sur les véritables causes de cette colère syndicale contre le gouvernement.  Lisez !

Aminata.com: Vous avez déclenché une grève le 1er février dites nous qu’est ce qui a suscité la colère du syndicat?

Dr Lansana Soumah: Cette grève est déclenchée à la suite de la non-prise en charge des textes réglementaires signés par l’administration. Premièrement, concernant la grille, le statut particulier de l’éducation signé depuis 2006 jusqu’à maintenant, il n’y a pas un salaire des enseignants. Deuxièmement, il y a des arriérés des salaires dument établies et contrôlées par l’Inspection générale des finances qui a recommandé le paiement des arriérés des titulaires de doctorat, DEA et DESS qui n’est toujours pas fait. Troisièmement, c’est la retraite. Lorsque les fonctionnaires sont allés en formation de 3 à 5 ans, ils ont eu le salaire coupé. Alors que le statut général de 1959, l’ordonnance 048 ordonne le paiement du salaire. Il y a eu les ordonnances 104 et 305 de 1984 et de 1985 qui ont accordé la moitié du salaire et le quart du salaire respectivement qui n’ont pas été payés. Selon le calcul fait par l’Inspection générale des finances, c’est plus de 11 milliards de FG pour tous les enseignants du primaire à l’université. Quatrièmement, les fonctionnaires sont formés bac+8, bac+10 ou bac+11. Pour que ces gens fassent une restitution,  l’Etat a besoin de les utiliser pour préparer la relève avant de les mettre à la porte. Aujourd’hui, on n’a que 62 professeurs. Or, le ratio c’est 3 professeurs par département. Donc, si nous considérons cela, nous ne sommes pas dans les normes. Il y a 18  instituts et universités publics et une quarantaine d’universités privées. Ce sont les mêmes personnes qui enseignent de gauche à droite.

Est-ce que la consigne de grève a été suivie à votre avis?

Nous sommes satisfaits et nous pouvons apprécier le pourcentage à une moyenne de 60% le premier jour et le 2e, à 80%. Vous-même avez vu à Gamal ici quelle est l’atmosphère. A Kankan, à Pita, à Mamou, à Labé, à Boké, à Kindia et à Sonfonia à Conakry, la consigne a été suivie. Les enseignants savent qu’ils ont intérêt parce que leur situation n’a pas été améliorée depuis 10 ans. Ils sont classés au dernier rang alors qu’ils doivent être au premier rang. Il n’y a que trois piliers dans le développement durable : le pilier social, économique et environnemental. Le plus social étant la santé et l’éducation donc si l’éducation est paralysée, le développement social ne peut avoir lieu.

Et dans les autres secteurs comme le commerce, le transport?

Les autres secteurs nous ne pouvons nous y aventurer parce que nous sommes un ensemble de 11 syndicats repartis chacun dans son domaine. Et nous nous occupons uniquement de l’enseignement supérieur. Nous avons l’impact parce que quand les étudiants ne sont pas enseignés, ils ne viennent pas à l’université.  Donc, ça ralenti le commerce et les conducteurs de taxi n’ont pas des passagers. Ensuite, les parents d’élèves ne sont pas à l’aise. Nous comptons atteindre les 100% parce que nous marquons la victoire samedi.    

Nous sommes au 2e  jour de votre grève. Est-ce que les autorités ont fait des démarches pour vous rencontrer?

L’ordre est donné par le ministre de l’Enseignement supérieur de nous rencontrer  et de lui rendre compte. C’est certains de ses agents qui se refusent. En l’occurrence, le DRH de l’Enseignement supérieur parce que j’ai vu le courrier, les annotations. Peut être que quand le ministre sentira que nous ne sommes pas invités à la négociation, il va nous appeler. Et quand il verra l’impact de notre activité que les gens nous accordent du respect, ils vont continuer la grève et quand nous leur dirons d’arrêter, ils vont le faire.

Avant d’aller en grève, est ce que vous avez cherché à informer le ministre de tutelle de votre situation?

Nous avons écrit officiellement et nous avons déposé le statut. Nous avons écrit, en plus du statut, une lettre officielle au ministre de l’Enseignement supérieur. En bref, dans ce document signé par les 3 fédérations et le président du syndicat, nous avons relaté l’âge de la retraite. Avant, tous les enseignants avaient 5 ans de plus. Maintenant que tous les fonctionnaires sont élevés à 65 ans l’âge de la retraite, il va de soi que dans le décret 176 ou le décret 086 qu’on augmente 5 ans de plus pour les enseignants pour permettre à l’éducation d’aller à 70 ans. Le problème n’est toujours pas réglé puisqu’il n’y a pas des textes officiels bien que le ministère de la Fonction publique admet que la retraite des enseignants est fixée à 70 ans. Alors, nous voulons d’un document officiel. Le décret 044 qui stratifie les diplômes le Doctorat, le Master et la Licence dont la nouvelle grille répond a été pervertie par la transposition dans la nouvelle grille. Les acquis en matière du statut du fonctionnaire ne sont pas à négliger, ni à détruire. Tous les docteurs qui étaient au grade 7, échelon 12 on été ramenés au grade 3, échelon 12. Non seulement, ils ont perdu parce qu’il y a 3 ou 4 ans, ils n’ont pas eu d’avancement. Les 6 échelons dont ils parlent, nous ne les voyons nulle part dans l’application. Le salaire n’a fait que diminuer au lieu d’augmenter. Le plus important dans tous cela, c’est que la fonction publique ne reconnait que 726 fonctionnaires dans la hiérarchie A3 alors qu’il y a près de 2000. Donc, les diplômes ne sont pas reconnus. D’où viennent leurs statistiques? Sur quoi, ils se sont basés pour ne pas reconnaitre certains diplômes? Je vous assure qu’il y a certains professeurs d’université et maitre de conférences avec le doctorat qui se sont retrouvés à A Licence et non A doctorat. Se sont-ils servis de la Commission nationale de reconnaissance des diplômes? Ou bien, ils ont une Commission à leur niveau à la fonction publique? En tout cas, en tant que membre de la Commission nationale de reconnaissance des diplômes où j’ai tout les arrêtés publiés, la liste de tous les gens parce que je suis membre fondateur. On se demande s’ils ont une Commission parallèle ou ils se sont servis de leur propre statistique pour ne pas reconnaitre? De toutes les façons, seul l’enseignement supérieur doit valider les diplômes et non la fonction publique. Les gens se servent de l’éducation pour intégrer d’autres ministères parce que l’éducation n’est pas attrayante en Guinée.

Que comptez-vous faire pour corriger ces anomalies?

Une fois qu’ils reconnaissent notre organisation, nous allons nous asseoir sur la table et faire des propositions. On sert d’interlocuteurs entre les travailleurs et le gouvernement pour proposer les meilleures solutions applicables, réalistes et réalisables.

Avant quand on parlait du syndicat des enseignants, c’était le  SLEG. Pourquoi le désaccord?

Le SLECG était le représentant de tous les enseignants chercheurs, mais à la suite de défection, de contrariété et des indifférences vis-à-vis de la situation surtout des enseignants du supérieur, nous nous sommes constitués pour former une centrale syndicale avec 3 fédérations. Malgré tout, à la création de notre syndicat, nous avons essayé de les approcher à plusieurs reprises afin d’harmoniser les points de vue. Nous sommes dans les épreuves des forces avec le SLECG maintenant. Mais quand vous n’avez pas lancé un avis de grève, mais vous ne pouvez allez en grève. Je demande   alors au ministre de la Fonction publique sa raison d’inviter la CNTG alors qu’elle n’a pas entamée une grève. C’est les grévistes qui doivent être appelés. Nous attendons dans tous les cas

Réalisée par Abdoul Malick Diallo

+224 655 62 00 85

dialloabdoul110@gmail.com

   

 

 

 

 

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